Dans cette tribune consacrée aux enjeux de la transition énergétique mondiale, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), estime que la République démocratique du Congo ne doit plus se limiter à un rôle de fournisseur de matières premières. Face à l’importance stratégique du lithium et des minerais critiques, il plaide pour une transformation locale des ressources, une industrialisation accélérée et une politique d’innovation capable de faire de ces richesses un levier de souveraineté et de puissance économique nationale.
TRIBUNE
SIÈCLE DU LITHIUM SERA-T-IL AUSSI LE SIÈCLE DE LA PUISSANCE CONGOLAISE ?
Chaque époque est marquée par une ressource qui redessine la hiérarchie des puissances.
Hier, le charbon a accompagné la révolution industrielle.
Puis le pétrole est devenu le moteur des équilibres géopolitiques du XXᵉ siècle.
Aujourd’hui, le lithium, aux côtés du cobalt, du cuivre, du nickel et des terres rares, ouvre une nouvelle ère : celle de la transition énergétique, des batteries, de la mobilité électrique, de l’intelligence artificielle et des technologies de pointe.
La République démocratique du Congo se trouve au cœur de cette mutation historique.
Jamais notre pays n’a disposé d’un tel potentiel pour peser sur l’économie mondiale.
Mais jamais non plus le risque de reproduire les erreurs du passé n’a été aussi grand.
Pendant des décennies, nous avons exporté nos richesses naturelles en important les produits finis issus de leur transformation.
Nous avons fourni les matières premières.
D’autres ont construit les usines.
Nous avons extrait les minerais.
D’autres ont développé les technologies.
Nous avons alimenté les chaînes de production mondiales.
D’autres ont accumulé la plus grande part de la valeur ajoutée.
Le véritable défi n’est donc pas de savoir si le lithium est une richesse.
Il l’est incontestablement.
La véritable question est de savoir si cette richesse transformera enfin la vie du peuple congolais.
Le siècle du lithium ne deviendra le siècle de la puissance congolaise que si notre pays adopte une vision nouvelle.
Cette vision doit reposer sur plusieurs piliers.
D’abord, une politique industrielle ambitieuse, capable d’encourager progressivement la transformation locale des ressources.
Ensuite, des investissements massifs dans l’énergie, condition indispensable de toute industrialisation durable.
Puis, une école et une université tournées vers les sciences, les technologies, l’ingénierie et les métiers de l’industrie.
Il faudra également renforcer la recherche, soutenir l’innovation, développer les infrastructures logistiques et créer un environnement juridique stable et prévisible pour les investisseurs.
Enfin, la République devra parler d’une seule voix lorsqu’il s’agira de défendre ses intérêts stratégiques.
Le monde ne nous attendra pas.
La compétition internationale autour des minerais critiques s’intensifie.
Les États qui réussiront seront ceux qui auront compris que la véritable richesse ne réside pas uniquement dans le sous-sol, mais dans l’intelligence, les institutions et la capacité de transformer cette richesse en prospérité.
La République démocratique du Congo possède aujourd’hui une occasion historique.
Elle peut demeurer un territoire d’extraction.
Ou devenir une Nation d’innovation, de transformation et de production.
Ce choix ne dépend pas de la géologie.
Il dépend de la volonté politique.
Il dépend de la qualité de nos institutions.
Il dépend de notre capacité à penser en générations plutôt qu’en échéances immédiates.
Le siècle du lithium sera peut-être le siècle d’une nouvelle révolution industrielle.
La seule question qui demeure est celle-ci :
La République démocratique du Congo participera-t-elle à cette révolution comme simple spectatrice, ou comme l’une de ses principales puissances ?
L’Histoire nous offre rarement deux fois la même chance.
Ne laissons pas passer celle-ci.
Le lithium ne doit pas seulement enrichir les statistiques de nos exportations.
Il doit devenir le fondement d’une économie productive, d’une industrie nationale compétitive et d’une souveraineté économique retrouvée.
C’est à cette condition que le siècle du lithium pourra véritablement devenir le siècle de la puissance congolaise.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du Front Commun pour le Congo (FCC)