Le départ du premier navire transportant des concentrés de lithium depuis Kalemie vers Kigoma, en Tanzanie, est présenté comme une avancée économique. Pourtant, derrière cette opération se cache une réalité plus préoccupante : le lithium de Manono, l’un des plus importants gisements de roche dure au monde, quitte la République démocratique du Congo sans être transformé localement. Pour Moussa Kalema Sangolo-Zaku, cette situation illustre l’échec d’un modèle économique qui continue d’exporter les matières premières tout en laissant à d’autres pays les emplois, les technologies et la plus grande part de la valeur ajoutée. Il appelle, dans cette tribune dont l’intégralité est à découvrir ci-dessous, à une rupture en faveur d’une véritable industrialisation nationale.
MANONO PILLÉ, LA RDC APPLAUDIT : LE SCANDALE D’UN LITHIUM QUI ENRICHIT LES AUTRES
Réquisitoire : le procès d’une souveraineté économique abandonnée
Il y a des images qui devraient susciter la fierté.
Et d’autres qui devraient provoquer l’indignation.
Le premier navire transportant des concentrés de lithium a quitté Kalemie en direction de Kigoma.
Les autorités applaudissent.
Le peuple congolais, lui, devrait s’interroger.
Car ce navire n’emporte pas seulement du minerai.
Il emporte une partie de notre avenir.
Il emporte des milliers d’emplois.
Il emporte des milliards de recettes futures.
Il emporte notre capacité à industrialiser la Nation.
Il emporte une part de notre souveraineté économique.
Ce lithium provient de Manono, territoire que les spécialistes considèrent comme l’un des plus grands gisements de lithium de roche dure au monde.
Dans un monde engagé dans la transition énergétique, où le lithium est devenu aussi stratégique que le pétrole l’était au siècle dernier, Manono aurait dû être le berceau d’une nouvelle révolution industrielle congolaise.
Au lieu de cela, la RDC se contente d’expédier des concentrés.
Les véritables profits seront réalisés ailleurs.
Les batteries seront fabriquées ailleurs.
Les voitures électriques seront assemblées ailleurs.
Les brevets seront déposés ailleurs.
Les ingénieurs seront formés ailleurs.
Les recettes fiscales les plus importantes seront perçues ailleurs.
Et demain, le peuple congolais achètera à prix d’or des batteries produites avec le lithium extrait de son propre sous-sol.
Quel paradoxe !
Quelle tragédie économique !
Quelle faillite stratégique !
Depuis plus d’un siècle, notre pays répète la même erreur : exporter des matières premières et importer des produits finis.
Nous avons connu cela avec le caoutchouc, le cuivre, le diamant, le cobalt et le coltan.
Aujourd’hui, l’histoire se répète avec le lithium.
Nous changeons de minerai.
Nous ne changeons pas de modèle.
Nous demeurons prisonniers d’une économie d’extraction qui enrichit les autres tout en maintenant notre peuple dans la pauvreté.
À quoi sert de posséder l’un des plus grands gisements de lithium du monde si la richesse créée par cette ressource est captée à l’étranger ?
À quoi sert de proclamer notre souveraineté politique si notre souveraineté économique est ainsi abandonnée ?
La Constitution impose pourtant que les ressources naturelles soient gérées dans l’intérêt exclusif du peuple congolais.
Cet intérêt ne peut se limiter à l’encaissement de redevances minières.
Il exige une véritable politique nationale d’industrialisation : des raffineries, des usines de transformation, des industries de batteries, des centres de recherche, des universités spécialisées et un contenu local fort.
C’est ainsi que les grandes nations bâtissent leur puissance.
Pas en exportant leur avenir.
Mais en le transformant chez elles.
Le véritable scandale n’est donc pas le départ d’un navire depuis Kalemie.
Le véritable scandale est qu’en 2026, la République démocratique du Congo continue de célébrer l’exportation de ses richesses au lieu de célébrer la naissance de son industrie.
Le véritable patriotisme économique commande une rupture immédiate avec ce modèle extractif.
Le lithium de Manono doit devenir le moteur de la renaissance industrielle congolaise, et non le carburant du développement des économies étrangères.
Une Nation qui laisse partir le lithium de Manono sans le transformer ne perd pas seulement une richesse.
Elle hypothèque son avenir, compromet son indépendance économique et renonce à la place que l’Histoire lui réserve parmi les grandes puissances industrielles de demain.
Fait à Kinshasa, le 25 juillet 2026
Pour la Renaissance Nationale
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC