RDC : Au-delà du rapport de l’ONU, les questions que la guerre continue de poser ( Par Moussa Kalema)

À mesure que la crise en République démocratique du Congo s’aggrave, les rapports internationaux se multiplient tandis que la paix semble toujours plus lointaine. Le récent rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur les liens présumés entre Joseph Kabila, la plateforme « Sauvons la RDC » et l’AFC/M23 relance le débat. Mais, au-delà de ce document, d’autres interrogations demeurent : pourquoi la guerre perdure-t-elle malgré des décennies d’implication internationale ? Qui profite du pillage des ressources congolaises ? Pourquoi un dialogue véritablement inclusif tarde-t-il à voir le jour ? Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku livre sa lecture de la situation et appelle à une recherche de la vérité, de la souveraineté et de la renaissance de la République démocratique du Congo.

RDC : RÉFLEXIONS SUR UN RAPPORT, UNE GUERRE ET LES QUESTIONS QUE L’ON REFUSE DE POSER

La situation de la République démocratique du Congo n’inquiète plus seulement ; elle est devenue profondément complexe, préoccupante et porteuse de graves incertitudes pour l’avenir de la Nation.

Chaque jour qui passe semble alourdir davantage l’atmosphère politique. La confrontation prend progressivement le pas sur le dialogue. Les institutions se crispent. Les camps se radicalisent. La méfiance s’installe. Pendant ce temps, la guerre continue de déchirer l’Est du pays, des millions de compatriotes vivent dans la peur, l’exil ou l’errance, et l’unité nationale apparaît plus fragile que jamais.

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le récent rapport du Groupe d’experts des Nations unies établissant des liens entre Joseph Kabila, la plateforme « Sauvons la RDC » et l’AFC/M23.

Ce rapport doit être pris au sérieux. Mais il ne saurait être considéré comme une vérité judiciaire définitive. Il appelle au contraire à une réflexion critique, contradictoire et responsable.

Première interrogation : à qui profite réellement cette guerre ?

Depuis plus de trente ans, la RDC est le théâtre de conflits récurrents qui ont coûté la vie à des millions de Congolais.

Les acteurs armés changent de nom, les alliances évoluent, les accords se succèdent, mais une réalité demeure : les ressources stratégiques de notre pays continuent d’alimenter les circuits économiques mondiaux.

Le Rwanda est régulièrement accusé par les Nations unies de soutenir des mouvements armés opérant sur le territoire congolais. Pourtant, malgré les condamnations, les sanctions et les rapports successifs, le phénomène persiste.

Comment expliquer qu’un pays présenté comme acteur central du conflit puisse simultanément faire l’objet de sanctions et conclure des partenariats stratégiques de haut niveau avec certaines grandes puissances ?

Cette contradiction nourrit inévitablement des interrogations.

Deuxième interrogation : quel est le bilan réel de la présence internationale ?

Depuis des décennies, la communauté internationale est présente en RDC sous différentes formes.

Pourtant, l’occupation de portions importantes du territoire national demeure une réalité.

Les massacres continuent.

Les groupes armés prolifèrent.

Les minerais stratégiques continuent de quitter le pays dans des conditions souvent opaques.

Face à ce constat, de nombreux Congolais s’interrogent :

  • Pourquoi tant de présence internationale et si peu de résultats durables ?
  • Pourquoi les mécanismes internationaux semblent-ils plus efficaces pour documenter les crises que pour les résoudre ?

Ces questions méritent d’être posées sans tomber dans les théories du complot ni dans les simplifications excessives.

Troisième interrogation : le dialogue inclusif fait-il peur à certains acteurs ?

Une autre question mérite d’être examinée.

  • Un véritable dialogue inclusif réunissant toutes les sensibilités politiques, sociales et régionales du pays pourrait-il mettre en lumière des responsabilités que certains préféreraient voir demeurer dans l’ombre ?
  • Pour la première fois depuis longtemps, un dialogue souverain pourrait permettre aux Congolais eux-mêmes de poser les questions fondamentales :
  • Qui finance les guerres ?
  • Qui profite réellement du pillage des ressources ?
  • Quels intérêts économiques internationaux bénéficient de l’instabilité chronique de la RDC ?
  • Quels réseaux régionaux alimentent le conflit ?
  • Quels acteurs nationaux et étrangers portent une responsabilité dans les tragédies que connaît notre peuple ?

Ces interrogations ne visent pas à disculper qui que ce soit. Elles visent simplement à rechercher la vérité dans sa totalité.

Quatrième interrogation : pourquoi cette focalisation sur Joseph Kabila ?

Sans remettre en cause le contenu du rapport des experts, certains Congolais s’interrogent sur ce qu’ils perçoivent comme une attention particulière portée à Joseph Kabila depuis plusieurs années.

Cette perception s’est renforcée après l’adoption du Code minier de 2018, qui avait accru la participation de l’État congolais aux revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles.

Elle s’est également nourrie de certains débats liés à la souveraineté économique et à la maîtrise des richesses stratégiques du pays.

Il ne s’agit pas ici d’affirmer l’existence d’un complot.

Il s’agit simplement de constater que cette perception existe dans une partie de l’opinion et qu’elle mérite d’être analysée plutôt que méprisée.

Cinquième interrogation : les responsabilités du pouvoir actuel

De nombreuses questions demeurent également sans réponse concernant les choix opérés depuis 2019.

  • Pourquoi avoir engagé des contacts avec certains anciens responsables du M23 alors que ce mouvement avait été militairement défait en 2013 ?
  • Pourquoi certains officiers liés à cette rébellion ont-ils retrouvé une place dans les dispositifs sécuritaires alors que le pays demeurait confronté à de graves menaces ?
  • Pourquoi le dialogue politique national continue-t-il d’être repoussé alors que la cohésion nationale se fragilise ?
  • Pourquoi vouloir engager un processus référendaire ou constitutionnel alors qu’une partie importante du territoire national échappe encore au contrôle effectif de l’État ?

Ces questions ne sont pas celles d’un camp politique contre un autre.

Ce sont des questions de gouvernance nationale.

Sixième interrogation : la souveraineté congolaise est-elle encore la priorité ?

Au fond, toutes ces interrogations convergent vers une seule question :

Qui décide réellement du destin de la RDC ? Les Congolais eux-mêmes ou des intérêts extérieurs plus puissants que leurs institutions ?

La souveraineté ne se proclame pas.

Elle se démontre.

Elle se mesure à la capacité d’un État à contrôler son territoire, protéger sa population, défendre ses ressources, garantir l’application de sa Constitution et faire prévaloir l’intérêt national sur toute autre considération.

C’est précisément sur ce terrain que les inquiétudes de nombreux compatriotes se concentrent aujourd’hui.

Conclusion : rechercher la vérité entière

Le rapport des Nations unies ne doit ni être rejeté d’emblée ni être considéré comme parole d’Évangile.

Il doit être confronté aux faits, aux preuves et à un débat contradictoire.

La RDC n’a pas besoin de nouvelles divisions.

  • Elle a besoin de vérité.
  • Toute la vérité.
  • La vérité sur les groupes armés.
  • La vérité sur les soutiens extérieurs.
  • La vérité sur les responsabilités nationales.
  • La vérité sur les réseaux économiques qui prospèrent sur le malheur du peuple congolais.
  • La vérité sur les choix politiques qui ont conduit notre pays dans l’impasse actuelle.
  • Car sans vérité, il ne peut y avoir ni justice.

Sans justice, il ne peut y avoir ni paix.

Et sans paix, il ne peut y avoir ni souveraineté véritable ni Renaissance nationale.

Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku

Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)

Membre du Bureau politique du FCC

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