À l’heure où la République démocratique du Congo s’apprête à engager un dialogue national présenté comme inclusif, le débat sur ses contours reste entier. Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku défend l’idée qu’aucune sortie durable de la crise ne peut être envisagée sans la participation de toutes les principales forces politiques et institutionnelles. Selon lui, ce rendez-vous doit dépasser la recherche d’un simple compromis politique pour s’attaquer aux causes profondes des crises qui secouent le pays et jeter les bases d’une véritable refondation de l’État.
Tribune de Moussa Kalema Sangolo-Zaku
DIALOGUE NATIONAL EN RDC : L’INCLUSION N’EST PAS UNE OPTION, ELLE EST LA CONDITION DE LA PAIX
Depuis plusieurs mois, notre pays traverse l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine. La guerre se poursuit à l’Est, l’insécurité gagne plusieurs provinces, les fractures politiques s’approfondissent et la confiance entre les institutions et les citoyens s’effondre.
Dans ce contexte, les Églises, à travers la CENCO et l’ECC, ont accepté la lourde responsabilité de conduire un dialogue national. Cette mission est historique. Elle engage non seulement leur crédibilité, mais également l’avenir de la République.
Mais une question fondamentale s’impose dès aujourd’hui :
Quel dialogue voulons-nous réellement ?
Un dialogue destiné à résoudre la crise nationale ?
Ou un dialogue destiné uniquement à donner une apparence de consensus ?
La réponse à cette question déterminera le destin de notre Nation.
Un dialogue ne peut exclure les principaux protagonistes de la crise
Par définition, un dialogue national n’est pas une réunion entre alliés.
Ce n’est pas davantage une rencontre entre ceux qui pensent déjà la même chose.
Le dialogue devient nécessaire précisément parce que des acteurs sont en conflit.
Si les principaux protagonistes sont absents, il ne reste qu’une conférence politique sans portée nationale.
C’est pourquoi toute initiative qui conduirait à exclure des forces politiques majeures compromettrait gravement la crédibilité du processus.
Il ne s’agit pas de partager les idées des uns ou des autres.
Il s’agit de reconnaître une évidence politique : on ne construit pas une paix durable en dialoguant uniquement avec ceux qui sont déjà d’accord.
La République a besoin de vérité avant d’avoir besoin d’accords
Depuis des années, notre pays accumule les crises sans jamais en traiter les causes profondes.
Chaque crise produit un nouvel accord.
Chaque accord reporte les vraies questions.
Chaque report prépare une nouvelle crise.
Le dialogue attendu par le peuple congolais ne doit pas être un exercice de communication politique.
Il doit être une véritable commission nationale de vérité politique sur les causes de l’effondrement progressif de l’État.
Les Congolais veulent comprendre.
Ils veulent entendre toutes les versions.
Ils veulent confronter les analyses.
Ils veulent que chacun explique les décisions majeures qui ont conduit notre pays à la situation actuelle.
Ce dialogue doit permettre à chaque acteur d’apporter sa lecture de l’histoire récente afin que la Nation puisse établir collectivement les responsabilités politiques, institutionnelles et historiques, dans le respect des droits de chacun et sans préjuger d’éventuelles responsabilités judiciaires.
Aucun responsable politique ne doit être privé de la parole
L’ancien Président de la République Joseph Kabila Kabange a dirigé le pays pendant dix-huit années avant d’organiser la première alternance pacifique de notre histoire.
Que l’on partage ou non son action politique, son expérience appartient désormais à l’histoire nationale.
Il serait difficilement compréhensible qu’un dialogue destiné à analyser les causes de la crise congolaise se déroule sans entendre celui qui a dirigé l’État avant la période actuelle.
De la même manière, le Président Félix Tshisekedi, les responsables des institutions, les représentants des forces politiques, les groupes concernés par le conflit et l’ensemble des composantes nationales doivent pouvoir être entendus dans un cadre organisé, pacifique et républicain.
Le dialogue n’est pas un tribunal.
Il n’a pas vocation à condamner.
Il a vocation à comprendre.
La Nation doit regarder son histoire en face
Le peuple congolais mérite des réponses sur les grandes décisions qui ont marqué ces dernières années.
Comment certaines décisions ont-elles été prises ?
Pourquoi certains choix politiques ont-ils été opérés ?
Quels effets ont-ils produits sur la sécurité nationale, la cohésion de l’État et la stabilité institutionnelle ?
Ces questions ne doivent pas être posées pour humilier des personnes.
Elles doivent être posées parce qu’aucune Nation ne peut construire son avenir en refusant d’examiner son passé.
La vérité n’est jamais une menace pour la République.
Le silence, lui, peut le devenir.
La mission historique de la CENCO et de l’ECC
À la CENCO et à l’ECC, je voudrais adresser un appel solennel.
Vous n’êtes pas appelées à organiser un dialogue de convenance.
Vous êtes appelées à sauver une Nation.
L’Histoire retiendra votre courage ou vos renoncements.
Le peuple attend de vous une impartialité absolue.
La confiance que les Congolais placent en vous repose précisément sur votre capacité à accueillir toutes les sensibilités politiques sans exclusion arbitraire.
Votre responsabilité est immense.
Vous devez résister à toutes les pressions.
Vous devez garantir que personne ne soit exclu pour des considérations politiques.
L’inclusion est la première condition de la crédibilité.
L’heure de la Renaissance nationale
Le véritable objectif du dialogue ne doit pas être la préparation des prochaines élections.
Il doit être la reconstruction de l’État.
La République démocratique du Congo doit enfin apprendre à penser en décennies plutôt qu’en échéances électorales.
Notre ambition doit être plus grande.
Nous devons poser les fondations d’un État stratège.
Un État souverain.
Un État juste.
Un État fort.
Un État capable de protéger son territoire, de valoriser ses immenses ressources naturelles, de garantir l’indépendance de sa justice, de professionnaliser son armée et de préparer l’avenir des générations futures.
Le dialogue national ne doit donc pas être la conclusion d’une crise.
Il doit être le point de départ de la Renaissance nationale.
Conclusion
L’histoire offre rarement une seconde occasion aux Nations.
La République démocratique du Congo se trouve aujourd’hui devant un choix décisif.
Ou bien nous organisons un dialogue véritablement inclusif, sincère et courageux, capable d’affronter les causes profondes de notre crise.
Ou bien nous organisons une rencontre incomplète qui laissera subsister les mêmes fractures et préparera les conflits de demain.
La paix durable ne naît jamais de l’exclusion.
Elle naît du courage de regarder ensemble la vérité, d’assumer les responsabilités de chacun et de bâtir, dans le respect de la Constitution et de la République, un avenir commun.
C’est à cette condition que le dialogue deviendra le premier acte de la Renaissance nationale congolaise.
« Les grandes Nations ne se reconstruisent pas en choisissant leurs interlocuteurs ; elles se reconstruisent en choisissant la vérité, la justice et l’intérêt supérieur de la Nation. »
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC