Après l’allocution présidentielle du 27 août 2026 annonçant un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le Parti des Vertus Républicaines (PVR) appelle à revoir profondément la méthode proposée par le Chef de l’État. Tout en réaffirmant son attachement au principe d’un véritable dialogue national, le parti estime que la multiplication des consultations provinciales et des structures préparatoires risque de retarder les réponses urgentes à la crise sécuritaire, politique et institutionnelle que traverse la République démocratique du Congo. Pour le PVR, il ne s’agit plus d’organiser « un dialogue avant le dialogue », mais de réunir rapidement, dans un cadre consensuel et réellement inclusif, les forces politiques et sociales capables de s’attaquer aux causes profondes de la fragilité de l’État et de poser les bases d’une véritable Renaissance nationale.
TRIBUNE
DIALOGUE NATIONAL : LE PVR REFUSE TROIS MOIS DE DIVERSION — LA RDC A BESOIN D’UN VRAI DIALOGUE DE REFONDATION
Quand la maison brûle, on ne commence pas par organiser pendant trois mois la consultation des occupants pour savoir où se trouve l’incendie. On éteint le feu, on réunit les responsables, on établit les causes et l’on reconstruit immédiatement sur de nouvelles fondations.
Le Parti des Vertus Républicaines a suivi avec la plus grande attention l’allocution prononcée le 27 août 2026 par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, annonçant l’ouverture du processus du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ».
Nous voulions croire que, devant la gravité exceptionnelle de la situation nationale, le Chef de l’État saisirait enfin l’occasion historique qui lui était offerte pour réunir autour d’une même table toutes les forces politiques, sociales, religieuses, intellectuelles et patriotiques du pays.
Malheureusement, le mécanisme annoncé nous inspire davantage d’inquiétudes que d’espérance.
Car derrière des mots auxquels personne ne peut s’opposer — paix, cohésion, dialogue, refondation, unité nationale — apparaît un dispositif dont les contradictions risquent de transformer une occasion historique en une nouvelle perte de temps, d’énergie et de ressources publiques.
LE CONGO N’A PLUS LE TEMPS D’ORGANISER UN DIALOGUE AVANT LE DIALOGUE
La République démocratique du Congo traverse l’une des périodes les plus dangereuses de son histoire contemporaine.
Une partie du territoire national échappe à l’autorité effective de l’État.
Des populations sont déplacées.
La guerre continue de meurtrir l’Est.
L’insécurité s’étend.
Les institutions traversent une profonde crise de confiance.
La justice est contestée.
Le processus électoral a laissé de profondes fractures.
Le tribalisme et les discriminations fragilisent la cohésion nationale.
La pauvreté demeure massive malgré les immenses richesses du pays.
Le chômage frappe particulièrement la jeunesse.
Notre économie demeure dépendante de l’exportation de matières premières insuffisamment transformées.
L’administration publique reste faible sur une grande partie du territoire.
Dans une telle situation, fallait-il réellement commencer par organiser des consultations dans les 26 provinces, mobiliser administrations, délégations, missions, transports, hébergements, per diem, commissions et structures successives avant même de réunir les principaux protagonistes de la crise nationale ?
Le PVR répond clairement : non.
Le Congo connaît déjà ses problèmes.
Ils ont été documentés par des dizaines de rapports, des institutions publiques, des universités, les confessions religieuses, la société civile, les organisations professionnelles, les partis politiques et les partenaires internationaux.
Nos populations les vivent chaque jour.
Ce dont la République manque aujourd’hui n’est pas d’un diagnostic supplémentaire.
Elle manque de décisions.
Elle manque de courage politique.
Elle manque d’un consensus national sur les grandes réformes permettant de reconstruire l’État.
Organiser un interminable préalable au dialogue avant le véritable dialogue risque donc de devenir une manière de gagner du temps alors que le pays, lui, en perd chaque jour.
L’HISTOIRE CONGOLAISE DEVRAIT NOUS SERVIR D’AVERTISSEMENT
Notre pays a déjà connu des consultations populaires organisées par le pouvoir alors que montait dans la Nation l’exigence d’un véritable débat politique.
À la fin du régime du Président Mobutu, des consultations furent organisées à travers le pays avant que la dynamique politique n’aboutisse finalement à la Conférence nationale souveraine.
Nous ne prétendons pas que les contextes sont identiques.
Mais l’histoire nous enseigne une chose essentielle :
aucune consultation administrative du peuple ne peut remplacer la confrontation politique franche entre les véritables protagonistes d’une crise nationale.
On ne contourne pas une crise politique en multipliant les commissions.
On ne reconstruit pas la confiance par des missions provinciales.
On ne refonde pas une République par accumulation de rapports.
Les grandes crises nationales se résolvent lorsque ceux qui s’opposent acceptent de se regarder, de se parler, d’entendre les vérités qui dérangent et de rechercher ensemble un compromis supérieur à leurs intérêts particuliers.
LE PARADOXE DE L’AFC/M23
C’est probablement la contradiction la plus difficile à comprendre dans le dispositif annoncé.
Le pouvoir congolais reconnaît l’AFC/M23 comme interlocuteur dans les processus internationaux destinés à rechercher la cessation des hostilités.
Il accepte de négocier avec ses représentants dans des cadres internationaux.
Il considère le processus de Doha comme le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions liées au conflit.
Mais lorsqu’il s’agit de réunir les Congolais autour d’une table nationale où seraient présents les partis politiques, la société civile, les confessions religieuses, les jeunes, les femmes, les intellectuels, les autorités coutumières et la diaspora, cette même organisation devrait en être absente tant qu’elle demeure engagée dans les armes.
Le PVR condamne sans ambiguïté toute prise des armes contre la République.
Nous refusons également que la violence devienne un moyen d’acquérir une légitimité politique.
Mais une question demeure :
comment peut-on considérer une organisation comme suffisamment partie prenante à une crise pour négocier avec elle à l’étranger, tout en estimant qu’elle ne peut être confrontée politiquement aux autres Congolais devant la Nation ?
Qu’avons-nous à perdre à ce que les Congolais entendent directement les positions de chacun ?
Qu’avons-nous à craindre d’un débat contradictoire devant les forces politiques, religieuses et sociales de la Nation ?
La vérité ?
Les responsabilités ?
Les erreurs commises par les uns et les autres ?
Les mauvaises décisions accumulées depuis plusieurs années ?
Un dialogue national n’a précisément de sens que s’il permet de poser sur la table les vérités qui dérangent.
ON NE PEUT PAS PROCLAMER L’INCLUSIVITÉ ET ORGANISER L’EXCLUSION
Le Président affirme que nul ne sera exclu en raison de ses opinions ou de son appartenance politique.
Nous prenons acte.
Mais le PVR demande maintenant des réponses concrètes.
Joseph Kabila pourra-t-il participer librement et en toute sécurité au processus ?
Les responsables politiques aujourd’hui en exil pourront-ils rentrer librement ?
Les opposants poursuivis ou privés de liberté bénéficieront-ils de mesures de décrispation préalables ?
Les partis du FCC participeront-ils sur un pied d’égalité avec ceux de l’Union sacrée ?
Les plateformes de l’opposition pourront-elles désigner elles-mêmes leurs représentants ?
Les confessions religieuses joueront-elles un véritable rôle de médiation ou simplement un rôle d’accompagnement ?
Qui déterminera l’ordre du jour ?
Qui choisira les membres des organes préparatoires ?
Qui présidera les assises ?
Selon quelle règle les conclusions seront-elles adoptées ?
Voilà les véritables questions.
Car l’inclusivité n’est pas un adjectif que l’on ajoute au mot dialogue.
C’est une architecture politique.
LE POUVOIR NE PEUT PAS ÊTRE À LA FOIS PARTIE, ORGANISATEUR, ARBITRE ET GARANT
Le dispositif annoncé prévoit successivement un Comité d’organisation institué par le Chef de l’État, un rapport remis au Chef de l’État, une ordonnance du Chef de l’État, puis une Commission préparatoire dont la composition découlera de ce mécanisme.
C’est précisément là que naît la méfiance.
Le pouvoir actuel est lui-même l’un des acteurs de la crise politique congolaise.
Il ne peut raisonnablement prétendre être simultanément :
partie au différend ;
organisateur du dialogue ;
concepteur de ses règles ;
sélectionneur de ses participants ;
garant de son indépendance ;
et principal exécutant de ses conclusions.
Les règles du dialogue doivent elles-mêmes être négociées.
Avant les assises, les principales forces politiques et sociales doivent s’accorder sur le format, la médiation, la représentation, l’ordre du jour et les mécanismes de décision.
C’est le préalable à la confiance.
TROIS MOIS POUR QUOI FAIRE ?
Le Président annonce que le processus entier sera limité à 3 mois.
Mais 3 mois consacrés à quoi ?
À parcourir les 26 provinces ?
À recueillir des milliers de mémorandums ?
À organiser des forums provinciaux ?
À produire une synthèse ?
À installer ensuite les assises nationales ?
À discuter enfin des problèmes ?
Et à adopter un Pacte ?
Pendant ce temps, la guerre continuera-t-elle ?
L’économie attendra-t-elle ?
Les déplacés attendront-ils ?
La fracture politique attendra-t-elle ?
La précarité des Congolais attendra-t-elle ?
Le Trésor public doit-il financer une vaste mécanique administrative pour découvrir ce que la Nation connaît déjà ?
Le PVR considère qu’en période de guerre, de crise économique et de fragilité budgétaire, chaque franc public doit être défendu.
Le dialogue ne doit pas devenir une industrie politique.
ON PARLE DE REFONDATION : MAIS QUE VEUT-ON REFONDER ?
Le Président utilise désormais le mot « refondation ».
Nous nous en réjouissons, car depuis plusieurs mois le PVR porte précisément dans le débat national la nécessité d’une Renaissance et d’une Refondation de l’État.
Mais la Refondation n’est pas un slogan.
Elle est une doctrine.
Refonder suppose d’abord de déterminer ce qui s’est effondré.
Refonder l’État, c’est reconstruire :
l’autorité publique ;
la République de la loi ;
une justice réellement indépendante ;
une administration professionnelle et méritocratique ;
une armée républicaine ;
la souveraineté territoriale ;
la souveraineté économique ;
une économie productive ;
l’école ;
la science ;
la culture de l’État ;
la responsabilité des élites ;
l’unité nationale ;
la gouvernance électorale ;
la confiance entre le citoyen et les institutions.
La Refondation suppose surtout de répondre à une question préalable :
quel État voulons-nous reconstruire ?
Pour le Parti des Vertus Républicaines, la réponse est claire.
La République démocratique du Congo doit devenir :
un État souverain, juste, stratège, travailleur et durable.
Souverain, parce qu’aucune Nation ne peut construire son avenir sous dépendance permanente.
Juste, parce qu’aucune République ne survit lorsque la loi protège les puissants et abandonne les faibles.
Stratège, parce qu’un État ne peut gouverner seulement dans l’urgence et l’improvisation.
Travailleur, parce que l’État doit organiser la production, libérer les capacités nationales et créer les conditions du bien-être collectif.
Durable, parce que gouverner signifie préparer les générations futures et penser en décennies plutôt qu’en mandats.
Voilà ce que signifie réellement refonder.
LA RENAISSANCE NATIONALE N’APPARTIENT À PERSONNE
Si aujourd’hui les mots « refondation de l’État » entrent dans le langage politique national, nous devons nous en réjouir.
Le Parti des Vertus Républicaines n’en revendique aucun monopole.
La Renaissance nationale n’est pas la propriété du PVR.
Elle n’est pas la propriété du FCC.
Elle n’est pas la propriété de l’opposition.
Elle ne doit pas davantage devenir la propriété du pouvoir.
La Renaissance nationale appartient au Congo.
Depuis plusieurs mois, le PVR soumet au débat public des réflexions sur la reconstruction de l’État, la République de la loi, l’État stratège, la souveraineté, la justice, l’économie productive, la crise des élites, la jeunesse, la culture de l’État et l’organisation de la puissance nationale.
Nous avons également porté auprès des forces politiques, sociales et religieuses la nécessité d’un Dialogue national inclusif de la Renaissance et de la Refondation.
Si ces idées circulent désormais dans le pays, tant mieux.
Les idées appartiennent à la Nation lorsqu’elles deviennent utiles à son avenir.
Nous ne demandons aucune paternité.
Nous demandons leur mise en œuvre.
LE PVR NE CAUTIONNERA PAS UN DIALOGUE D’APPARENCE
Le Parti des Vertus Républicaines, membre du Front Commun pour le Congo, réaffirme son soutien au principe d’un véritable Dialogue national.
Mais nous le disons avec la même clarté :
le PVR ne participera pas à un dialogue qui ne serait pas réellement inclusif.
Nous ne participerons pas à un processus dont les règles essentielles seraient déterminées unilatéralement par l’une des parties à la crise.
Nous ne cautionnerons pas 3 mois de consultations coûteuses si elles doivent simplement conduire à une assemblée dont les conclusions seraient préalablement enfermées dans des limites décidées par le pouvoir.
Nous ne servirons pas de figurants à une opération destinée à produire l’apparence du consensus national.
Notre pays est trop fragile pour cela.
NOUS REFUSONS LE RISQUE DE L’IMPLOSION NATIONALE
Le PVR mesure la gravité des fractures actuelles.
C’est précisément pour cette raison que nous refusons les accusations sans preuve et les procès d’intention.
Nous n’affirmerons pas que tel dirigeant aurait reçu une mission de balkaniser la République démocratique du Congo sans disposer d’éléments établissant une accusation aussi grave.
Mais nous affirmons quelque chose de plus important :
les mauvaises décisions, les exclusions, les injustices, les fractures identitaires, la faiblesse de l’État, l’occupation territoriale et l’absence de consensus peuvent produire objectivement les mêmes conséquences qu’un projet délibéré de désintégration.
C’est ce danger qu’il faut combattre.
Le Congo ne doit pas imploser.
Le Congo ne doit pas être fragmenté.
Le Congo ne doit pas devenir une addition de territoires, d’ethnies, de zones d’influence et d’administrations concurrentes.
Le Congo doit redevenir une Nation organisée autour d’un État puissant et républicain.
NOTRE PROPOSITION EST SIMPLE
Au lieu de consacrer plusieurs mois et d’importantes ressources à un dialogue avant le dialogue, réunissons rapidement les principales forces politiques, sociales et religieuses pour convenir d’un cadre consensuel.
Confions la facilitation à une autorité morale réellement acceptable par les parties.
Prenons préalablement des mesures vérifiables de décrispation politique.
Garantissons la sécurité et la liberté des participants.
Déterminons ensemble l’ordre du jour.
Mettons sur la table, sans sujets interdits :
la paix et la sécurité ;
l’intégrité territoriale ;
la crise politique ;
l’État de droit ;
la justice ;
les libertés publiques ;
la réforme électorale ;
la CENI ;
les institutions ;
la gouvernance ;
la lutte contre le tribalisme ;
la réforme de l’armée et des services de sécurité ;
l’économie et les mines ;
l’emploi ;
la jeunesse ;
la question foncière ;
la décentralisation ;
la souveraineté nationale ;
et la reconstruction de l’État.
Les provinces, la société civile, les femmes, la jeunesse, les travailleurs, les universitaires, la diaspora et les autorités coutumières doivent évidemment participer.
Mais leur participation doit enrichir le dialogue et non servir de substitut à la confrontation politique nationale nécessaire.
LE CONGO N’A PLUS BESOIN D’UN DIALOGUE DE PLUS
Notre pays a déjà organisé de nombreux dialogues.
Le problème n’est donc pas d’ajouter un dialogue à la liste.
Le problème est d’organiser le bon dialogue.
Celui qui aura le courage de traiter les causes plutôt que les symptômes.
Celui où personne ne choisira ses interlocuteurs.
Celui où chacun acceptera d’entendre ce qu’il ne souhaite pas entendre.
Celui où le pouvoir ne demandera pas à l’opposition de lui faire confiance avant d’avoir créé les conditions de cette confiance.
Celui où l’opposition elle-même devra accepter ses responsabilités.
Celui où les armes ne donneront aucun privilège politique, mais où la paix exigera néanmoins de parler à tous ceux dont dépend réellement son rétablissement.
Celui qui ne cherchera ni à sauver un régime ni à installer un autre camp au pouvoir.
Celui qui cherchera à sauver la République.
Le temps des arrangements superficiels doit prendre fin.
Le temps des consultations sans lendemain doit prendre fin.
Le temps des dialogues destinés à gérer les crises plutôt qu’à reconstruire l’État doit prendre fin.
Notre choix est celui de la Renaissance nationale.
Notre méthode est celle de la Refondation.
Notre objectif est la République.
Et notre conviction demeure :
les hommes passent, les institutions demeurent.
La République démocratique du Congo est plus grande que chacun de nous.
Elle mérite mieux qu’un dialogue organisé pour donner l’impression que l’on agit.
Elle mérite un véritable sursaut national.
Elle mérite un État.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du Front Commun pour le Congo (FCC)