Réagissant à la position de l’ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo, qui estime que le problème de la RDC est avant tout sécuritaire, Moussa Kalema Sangolo-Zaku défend une lecture plus globale de la crise congolaise. Pour le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), la guerre et l’agression extérieure doivent être combattues, mais elles ne peuvent occulter les fragilités politiques, institutionnelles, judiciaires, économiques et sociales qui minent le pays. Il plaide ainsi pour un Dialogue inclusif destiné à renforcer l’État, restaurer la confiance et consolider durablement la souveraineté nationale.
DIALOGUE OU DÉNI DE LA CRISE ? LA RDC SOUFFRE D’UNE CRISE GLOBALE, PAS SEULEMENT SÉCURITAIRE
J’ai suivi et lu avec attention la communication de l’Ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo affirmant que « le problème de la République démocratique du Congo n’est pas politique, il est sécuritaire ».
Je voudrais respectueusement, mais fermement, lui dire que cette affirmation procède d’un diagnostic incomplet de la situation nationale.
Oui, la République démocratique du Congo est victime d’une grave crise sécuritaire. Oui, notre pays subit une guerre dans sa partie orientale. Oui, la défense de l’intégrité territoriale, le soutien à nos Forces armées et la restauration de l’autorité de l’État constituent des impératifs nationaux qui devraient transcender les appartenances politiques.
Sur cela, aucune ambiguïté.
Mais non, la crise congolaise n’est pas uniquement sécuritaire.
Elle est politique, institutionnelle, sécuritaire, judiciaire, économique, sociale, morale et identitaire.
Même les analyses internationales consacrées à la RDC ne réduisent pas sa fragilité à la seule guerre : elles mettent également en évidence la faiblesse institutionnelle, les difficultés de gouvernance, la pauvreté, les déplacements massifs et les profondes vulnérabilités sociales du pays.
Voilà pourquoi je considère que le raisonnement développé par l’Ambassadeur Monsenepwo repose sur une fausse alternative : comme s’il fallait choisir entre combattre l’agression et dialoguer entre Congolais.
Nous devons faire les deux.
Défendre la patrie contre toute agression extérieure et, simultanément, réparer ce qui ne fonctionne plus à l’intérieur de la République.
Car une armée forte ne se construit pas dans un État institutionnellement faible.
La sécurité ne peut être durable dans un pays où la justice est contestée.
La cohésion nationale ne peut être décrétée lorsque des compatriotes se sentent marginalisés, discriminés ou exclus.
Le patriotisme ne consiste pas à demander aux citoyens de taire leurs préoccupations sous prétexte que le pays est en guerre.
Le véritable patriotisme consiste précisément à rendre la République suffisamment forte, juste et unie pour gagner cette guerre et empêcher qu’elle recommence.
L’Ukraine, Israël, le Hamas et le Hezbollah ne répondent pas à la question congolaise
Je suis également surpris par les comparaisons faites avec l’Ukraine, Israël, le Hamas ou le Hezbollah.
Elles n’éclairent pas notre débat.
La RDC n’est ni l’Ukraine ni Israël. Son histoire institutionnelle, ses frontières, son système constitutionnel, la nature de ses conflits, son environnement régional et les causes de sa fragilité sont spécifiques.
Nous n’avons pas besoin d’aller chercher à Kyiv, Tel-Aviv ou ailleurs les réponses aux fractures de l’État congolais.
Nous devons regarder notre propre histoire.
Depuis plus de trois décennies, notre pays connaît des guerres répétitives, des rébellions successives, des déplacements de populations, des interventions étrangères et une succession de processus de paix.
La question sérieuse devrait donc être :
pourquoi l’État congolais demeure-t-il aussi vulnérable après tant d’années ?
Voilà la question du Dialogue.
Pourquoi notre armée peine-t-elle encore à exercer durablement le monopole de la force sur l’ensemble du territoire ?
Pourquoi notre économie, malgré l’immensité de ses ressources minières, ne transforme-t-elle pas suffisamment cette richesse en puissance nationale et en prospérité collective ?
Pourquoi les fractures communautaires et régionales ressurgissent-elles régulièrement ?
Pourquoi la justice demeure-t-elle l’objet d’une profonde défiance ?
Pourquoi les institutions suscitent-elles autant de controverses ?
Pourquoi tant de jeunes Congolais ne trouvent-ils ni emploi, ni perspectives, ni véritable espérance économique ?
Pourquoi notre administration demeure-t-elle si faible dans de vastes parties du territoire ?
Ce sont aussi des questions de sécurité nationale.
Soutenir les FARDC ne signifie pas suspendre la démocratie
Je refuse également cette idée dangereuse selon laquelle, parce que la République est agressée, tout débat démocratique devrait être reporté à plus tard.
Une République ne devient pas plus forte parce que son opposition se tait.
Elle devient plus forte lorsque ses institutions fonctionnent, lorsque la justice inspire confiance, lorsque les libertés sont respectées et lorsque majorité et opposition reconnaissent ensemble les règles de la République.
L’unité nationale ne signifie pas l’unanimisme politique.
On peut soutenir totalement les FARDC et demander simultanément le respect de la Constitution.
On peut condamner l’agression extérieure et dénoncer des dysfonctionnements internes.
On peut défendre l’intégrité territoriale et réclamer un Dialogue inclusif.
Il n’existe aucune contradiction entre ces positions.
Quant à la Constitution, ne renversons pas le problème
Dire que l’opposition, les Églises ou la société civile ne peuvent pas demander que la question constitutionnelle soit écartée sous prétexte que la Constitution prévoit elle-même ses mécanismes de révision manque également le cœur du débat.
La vraie question n’est pas seulement :
« Est-il juridiquement possible de modifier la Constitution ? »
La vraie question est :
« Est-il politiquement responsable, dans les circonstances actuelles, d’engager le pays dans une bataille constitutionnelle supplémentaire ? »
Un pouvoir peut disposer juridiquement d’une prérogative et considérer politiquement qu’il est plus sage de ne pas l’exercer dans une période donnée.
C’est cela, la responsabilité d’État.
Lorsqu’un pays affronte une guerre, une profonde fracture politique, une crise sociale et une défiance institutionnelle, la priorité devrait être de rechercher ce qui rassemble plutôt que ce qui divise davantage.
Le Dialogue n’est pas une capitulation
Personne ne devrait présenter le Dialogue comme la victoire d’un camp sur un autre.
Le Dialogue que nous appelons de nos vœux ne doit être ni le dialogue de la reddition du pouvoir, ni celui de la revanche de l’opposition.
Il doit être le rendez-vous de la République avec elle-même.
Il doit permettre une radiographie sans complaisance de nos fragilités historiques et institutionnelles.
Nous devons y parler :
- de la guerre et de la souveraineté ;
- de la reconstruction de l’armée ;
- de la justice et de l’État de droit ;
- de la gouvernance électorale ;
- du fonctionnement des institutions ;
- de la cohésion nationale ;
- du tribalisme et des discriminations ;
- des ressources naturelles ;
- de l’économie et de l’emploi ;
- de l’administration publique ;
- de la diplomatie ;
- et surtout de la reconstruction de la confiance entre l’État et le citoyen.
Car on ne sauvera pas durablement la RDC seulement en remportant une bataille militaire.
Nous la sauverons lorsque nous aurons simultanément reconstruit l’État, l’armée, la justice, l’économie, les institutions et la conscience nationale.
À mon compatriote Jean Thierry Monsenepwo
Cher compatriote,
vous avez raison d’appeler les Congolais au patriotisme.
Vous avez raison de demander le soutien à nos soldats.
Vous avez raison de rappeler la gravité de l’agression.
Mais vous avez tort d’en déduire que la crise congolaise n’est pas politique.
Elle l’est aussi.
Et reconnaître cette dimension n’affaiblit ni l’armée, ni le Président de la République, ni les institutions.
Au contraire.
Un État qui accepte de regarder lucidement ses propres faiblesses est plus fort qu’un État qui les dissimule derrière la guerre.
Le patriotisme ne consiste pas à nier nos fractures.
Le patriotisme consiste à avoir le courage de les réparer.
Et le Dialogue inclusif n’est pas destiné à faire disparaître miraculeusement les ambitions de Kigali ou de quelque puissance étrangère que ce soit.
Il doit accomplir quelque chose de beaucoup plus fondamental :
faire en sorte que plus jamais les faiblesses internes du Congo ne puissent devenir les portes d’entrée de ses ennemis.
Voilà le véritable enjeu.
La guerre doit être combattue.
L’agression doit être repoussée.
Notre souveraineté doit être restaurée.
Mais parallèlement, la République doit être refondée.
Parce qu’au fond, la meilleure défense contre les agressions extérieures restera toujours un État légitime, une armée républicaine puissante, une justice crédible, une économie souveraine et un peuple réconcilié avec ses institutions.
C’est précisément pour cela que la RDC a besoin de se parler.
Dialoguer n’est pas capituler.
Dialoguer, c’est reconstruire la Nation afin qu’elle devienne suffisamment forte pour ne plus jamais être mise à genoux.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC