Après plus de sept années de pouvoir, Moussa Kalema Sangolo-Zaku estime que le temps des justifications liées à l’héritage du passé, aux infiltrations, aux ingérences extérieures, à la Constitution ou à la « mentalité » du peuple est révolu. Dans une nouvelle tribune, le président national du PVR appelle le pouvoir à assumer son bilan et à engager une refondation de l’État fondée sur la souveraineté, la réforme de l’armée, de la justice et de l’administration, la relance de l’économie et un Dialogue de la Renaissance et de la Refondation nationale.
TRIBUNE
RDC : LE TEMPS DES EXCUSES EST TERMINÉ, LE TEMPS DE LA REFONDATION EST VENU
Il faut aujourd’hui avoir le courage de regarder la République démocratique du Congo en face et de dire les choses telles qu’elles sont.
Notre pays souffre depuis trop longtemps d’un mal profond : il a été gouverné trop souvent sans doctrine d’État, sans véritable vision stratégique de long terme, sans continuité des politiques publiques et sans projet cohérent de construction nationale.
Nous avons administré les urgences au lieu de construire l’État.
Nous avons géré les crises au lieu d’en éliminer les causes.
Nous avons distribué les responsabilités au gré des coalitions, des fidélités et des circonstances politiques au lieu d’organiser durablement la puissance nationale.
Or la RDC a besoin d’autre chose.
Elle a besoin d’un État souverain, stratège, juste et durable, fondé sur l’autorité effective de l’État, la gouvernance républicaine, la primauté de la Constitution et de la loi, la sécurité nationale, une armée véritablement républicaine et une économie productive capable de transformer nos immenses richesses en prospérité pour notre peuple.
C’est précisément sur ce terrain que l’expérience du pouvoir exercé depuis 2019 doit désormais être examinée.
L’UDPS avait promis de démontrer qu’une autre gouvernance était possible
Pendant près de quatre décennies d’opposition, l’UDPS avait construit son discours autour d’une conviction : les difficultés du Congo provenaient essentiellement d’un déficit de volonté politique.
À entendre ses dirigeants et ses militants, les réponses étaient connues.
Ils promettaient l’État de droit.
Ils dénonçaient la corruption.
Ils condamnaient le détournement des ressources publiques.
Ils dénonçaient les injustices, les arrestations arbitraires, le clientélisme, le tribalisme et la mauvaise gouvernance.
Ils nous expliquaient que diriger le Congo était avant tout une question de volonté politique.
Et leur slogan résonnait partout :
« Le peuple d’abord. »
Une grande partie de la population congolaise a donc attendu beaucoup de l’alternance politique de 2019.
Cette attente était légitime.
Mais après plus de sept années de pouvoir, une question devient incontournable :
où est le modèle de gouvernance promis ?
Où est la transformation structurelle de l’État ?
Où est la grande réforme administrative ?
Où est l’armée républicaine reconstruite ?
Où est la justice indépendante ?
Où est l’économie productive capable de réduire notre dépendance extérieure ?
Où est cette République nouvelle qui devait naître de décennies de combat politique ?
Lorsque les résultats ne correspondent pas aux promesses, un pouvoir responsable doit procéder à son autocritique.
Malheureusement, nous assistons trop souvent à une autre méthode : la politique permanente du bouc émissaire.
Première excuse : « Nous avons hérité d’un pays détruit »
Cette explication pouvait être entendue au commencement.
Tout gouvernement hérite nécessairement des forces et des faiblesses de ceux qui l’ont précédé.
Mais une majorité arrivée au pouvoir en 2019 ne peut, en 2026, continuer à expliquer systématiquement ses propres insuffisances par ce qu’elle aurait trouvé avant elle.
Gouverner, c’est précisément recevoir une situation imparfaite et la transformer.
Après sept années de pouvoir, le rétroviseur ne peut plus constituer un programme politique.
Une majorité qui dirige la Présidence de la République, le Gouvernement, le Parlement et une grande partie des institutions territoriales doit accepter d’être jugée sur ses propres décisions.
Deuxième excuse : « Nous sommes infiltrés »
À chaque défaillance grave de l’appareil d’État, le mot revient : infiltration.
Mais lorsque l’on gouverne depuis plusieurs années, que l’on désigne les principaux responsables politiques, administratifs, militaires et sécuritaires, l’argument de l’infiltration permanente finit par poser une question plus grave encore :
qui est responsable de l’organisation de l’État ?
Si l’appareil est constamment infiltré, il appartient au pouvoir d’expliquer pourquoi il n’a pas été capable de le sécuriser, de le professionnaliser et de le réformer.
L’infiltration ne peut devenir une doctrine de gouvernement.
Elle ne peut servir éternellement à effacer les responsabilités politiques.
Troisième excuse : « La communauté internationale complote contre nous »
La RDC doit évidemment rester vigilante face aux intérêts étrangers.
Elle doit défendre sa souveraineté avec fermeté.
Mais la souveraineté ne consiste pas simplement à dénoncer l’étranger lorsqu’une stratégie échoue.
Elle consiste d’abord à construire sa propre capacité nationale de décision, de défense et d’action diplomatique.
Pendant trop longtemps, notre sécurité a été pensée à travers des mécanismes extérieurs, des forces régionales, des accords successifs et des médiations internationales.
Lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, accuser exclusivement les partenaires étrangers ne suffit pas.
La première question doit être :
quelle était notre propre stratégie ?
Une grande Nation ne sous-traite pas indéfiniment sa sécurité.
Elle reconstruit son armée.
Elle réforme son renseignement.
Elle maîtrise ses frontières.
Elle définit ses alliances en fonction de ses intérêts.
Elle développe une diplomatie de puissance.
Quatrième excuse : « C’est la faute de la Constitution »
Voilà peut-être l’un des raisonnements les plus préoccupants.
On voudrait désormais faire croire aux Congolais que certaines difficultés économiques, sociales et institutionnelles proviendraient de la Constitution de 2006.
Mais quelle disposition constitutionnelle empêche de construire des routes ?
Quelle disposition empêche de fournir de l’eau et de l’électricité ?
Quelle disposition interdit de combattre la corruption ?
Quelle disposition empêche de professionnaliser l’administration publique ?
Quelle disposition interdit de mieux gérer les entreprises publiques ?
Quelle disposition constitutionnelle empêche de reconstruire l’armée ?
Aucune Constitution sérieuse ne remplacera jamais la compétence, la discipline budgétaire, la planification et la responsabilité politique.
Changer les textes ne corrigera jamais les erreurs de gouvernance si les méthodes demeurent les mêmes.
Cinquième excuse : « C’est la mentalité du Congolais »
Celle-ci est sans doute la plus douloureuse.
Après avoir mobilisé le peuple pendant des décennies au nom de la démocratie, comment peut-on ensuite expliquer les difficultés de gouvernance par la mentalité de ce même peuple ?
Oui, toute Nation doit construire une culture civique.
Oui, les citoyens ont des devoirs.
Mais l’exemple doit venir d’en haut.
Lorsque l’État respecte la loi, le citoyen apprend à respecter la loi.
Lorsque les dirigeants sont responsables, la responsabilité devient une valeur nationale.
Lorsque le mérite remplace le clientélisme, la société change.
Lorsque l’administration devient professionnelle, les comportements évoluent.
On ne transforme pas un peuple en le culpabilisant. On le transforme par l’exemple, l’éducation, la justice et la qualité des institutions.
Le peuple congolais n’est donc pas le problème.
Il est la première victime des insuffisances de notre système politique.
Le véritable débat n’est plus celui des excuses
Notre pays ne peut continuer ainsi.
Le problème fondamental de la RDC n’est pas uniquement celui d’un gouvernement ou d’un parti.
Il est plus profond.
C’est celui d’un État historiquement fragile qu’aucune génération politique n’a encore réussi à reconstruire complètement.
Nous devons avoir l’humilité de le reconnaître.
Mais ceux qui ont promis de faire mieux doivent également accepter d’être évalués plus sévèrement lorsque leurs propres engagements ne sont pas respectés.
Ce n’est ni de la haine ni de l’acharnement.
C’est le principe même de la responsabilité démocratique.
Voilà pourquoi le dialogue devient indispensable
Mais pas n’importe quel dialogue.
Pas un dialogue destiné à distribuer quelques postes.
Pas un arrangement entre personnalités politiques.
Pas une cérémonie destinée à sauver les apparences.
Pas un mécanisme permettant simplement de prolonger le statu quo.
Nous parlons d’un Dialogue de la Renaissance et de la Refondation nationale.
Un dialogue capable de poser les vraies questions :
Comment reconstruire l’autorité de l’État ?
Comment refonder l’armée nationale ?
Comment restaurer une justice réellement indépendante ?
Comment dépolitiser l’administration ?
Comment combattre le tribalisme et le clientélisme ?
Comment construire une économie productive et souveraine ?
Comment reprendre le contrôle stratégique de nos ressources naturelles ?
Comment réformer durablement notre système électoral ?
Comment renforcer les institutions plutôt que les individus ?
Comment réconcilier les Congolais ?
Comment reconstruire la confiance entre l’État et la Nation ?
Comment rendre enfin la République plus forte que les intérêts particuliers ?
Voilà les questions qui méritent un dialogue national.
Le pouvoir ferait une erreur historique en refusant cette opportunité
Le Président de la République et sa majorité disposent encore d’une possibilité : transformer la crise actuelle en occasion historique de refondation.
Mais pour cela, il faut abandonner les réflexes de justification permanente.
Il faut accepter la contradiction.
Il faut écouter les frustrations du pays.
Il faut reconnaître les erreurs commises.
Il faut comprendre que l’opposition politique n’est pas nécessairement l’ennemie de la République.
Et surtout, il faut comprendre qu’un dialogue véritable n’est pas une capitulation du pouvoir.
Il peut être un acte de responsabilité nationale.
L’expérience de l’opposition ne donne à personne un brevet permanent de bonne gouvernance.
Avoir combattu hier un mauvais système ne garantit pas automatiquement que l’on gouvernera mieux demain.
Le pouvoir révèle les hommes.
Il révèle les doctrines.
Il révèle les capacités.
Il révèle également les contradictions.
Nous continuerons donc à maintenir la pression
Une pression républicaine.
Une pression politique.
Une pression intellectuelle.
Une pression démocratique.
Non pour détruire l’État, mais précisément pour empêcher son affaiblissement.
Non pour humilier ceux qui gouvernent, mais pour leur rappeler qu’ils exercent un mandat au nom du peuple.
Non pour remplacer une propagande par une autre, mais pour remettre au centre du débat le bilan, la responsabilité, la Constitution, l’intérêt national et l’avenir des générations futures.
Nous continuerons à le dire :
les excuses ne gouvernent pas un pays.
Les slogans ne construisent pas une Nation.
Les accusations ne remplacent pas une stratégie.
La propagande ne remplace pas les résultats.
Et l’histoire ne retiendra pas les justifications données par les dirigeants.
Elle retiendra ce qu’ils auront réellement construit.
La République démocratique du Congo est arrivée à un moment où elle doit choisir.
Continuer à administrer ses crises.
Ou enfin construire son État.
Continuer à rechercher des boucs émissaires.
Ou accepter collectivement la responsabilité de la reconstruction nationale.
Continuer dans les affrontements stériles.
Ou ouvrir courageusement le Dialogue de la Renaissance et de la Refondation nationale.
Notre choix est fait.
Nous choisissons la République.
Nous choisissons la souveraineté.
Nous choisissons la justice.
Nous choisissons l’État stratège.
Nous choisissons la primauté de la loi.
Nous choisissons la reconstruction nationale.
Et nous continuerons, avec fermeté, à rappeler au pouvoir que le Congo ne peut plus attendre.
Le temps des excuses est terminé.
Le temps de la responsabilité a commencé.
Le temps de la Renaissance nationale est venu.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC