RDC : Moussa Kalema appelle Félix Tshisekedi à entendre la colère des Katangais et à répondre à leurs doléances (Tribune)

Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du bureau politique du FCC, invite le président Félix Tshisekedi à prendre au sérieux les doléances exprimées au Katanga, notamment sur la gestion des richesses minières, l’accès à l’emploi, la sous-traitance, le favoritisme et la gouvernance. Pour lui, ces frustrations traduisent une crise de confiance qui dépasse les enjeux régionaux et interpelle l’ensemble de la République. Il plaide ainsi pour un dialogue national inclusif capable d’aborder les fractures économiques, sociales, politiques et institutionnelles qui fragilisent la cohésion nationale.

TRIBUNE

LE KATANGA NOUS PARLE : ENTENDRE LA COLÈRE AVANT QU’ELLE NE DEVIENNE UNE FRACTURE NATIONALE

Tribune politique — Pour que le dialogue national soit aussi celui de la justice économique, des mines, de l’emploi et de la cohésion nationale

Monsieur le Président, écoutez ce que dit le Katanga

Les doléances remises à M. Katebe Katoto sont poignantes.

Elles doivent interpeller tous les responsables de la République, à commencer par le Président de la République et sa majorité de l’Union sacrée.

Il serait politiquement dangereux de considérer ces paroles comme les simples récriminations de quelques mécontents.

Lorsque des citoyens disent qu’ils se sentent progressivement étrangers aux richesses produites sur leur propre territoire ; lorsqu’ils s’interrogent sur les conditions d’accès aux emplois ; lorsqu’ils dénoncent certaines pratiques dans la sous-traitance minière ; lorsqu’ils soupçonnent des réseaux politiques ou familiaux de s’approprier des opportunités économiques ; lorsqu’ils estiment que la parole critique expose à l’intimidation ou à l’arrestation, nous ne sommes plus devant de simples doléances.

Nous sommes devant les symptômes d’une crise de confiance entre l’État et une partie de ses citoyens.

Et une République responsable ne combat pas les symptômes : elle traite leurs causes.

Le paradoxe katangais est devenu insoutenable

Le Katanga historique compte parmi les principaux poumons miniers de notre pays.

Son sous-sol participe considérablement à la puissance économique de la RDC et à son importance géostratégique internationale.

Et pourtant, au milieu de cette immense richesse surgit une question redoutable :

Que reste-t-il réellement aux populations vivant là où cette richesse est produite ?

Cette question dépasse le Katanga.

Elle se pose au Lualaba.

Elle se pose dans le Haut-Katanga.

Elle se pose dans les provinces productrices d’or, de diamant, de pétrole, de coltan, d’étain et d’autres ressources.

Elle se pose partout où la République extrait énormément mais transforme insuffisamment, exporte sa richesse et laisse trop souvent derrière elle chômage, pauvreté, infrastructures insuffisantes et frustrations.

Voilà le véritable scandale congolais :

un pays immensément riche dont trop de citoyens vivent encore comme si leur terre ne possédait rien.

Les mines ne peuvent devenir des territoires de privilèges

Parmi les accusations formulées figurent des allégations concernant la présence de personnes bénéficiant de protections sécuritaires dans certaines activités minières.

Ces accusations doivent être vérifiées.

Mais précisément parce qu’elles sont graves, elles ne peuvent être balayées d’un revers de main.

Si des éléments appartenant aux forces chargées de protéger les institutions de la République étaient effectivement impliqués dans la sécurisation d’intérêts privés ou économiques, les autorités compétentes devraient établir les faits, déterminer les responsabilités et appliquer la loi.

La force publique appartient à la République. Elle ne peut devenir l’instrument d’intérêts particuliers.

Nos militaires doivent défendre le territoire national.

Nos policiers doivent protéger les citoyens.

Nos institutions doivent servir la République.

Voilà ce que signifie l’État de droit.

Sous-traitance : à qui profite réellement la richesse congolaise ?

La sous-traitance minière représente un enjeu économique considérable.

Mais derrière les milliards évoqués, une question fondamentale demeure :

combien reviennent réellement aux entrepreneurs congolais, aux PME locales, aux travailleurs, aux territoires producteurs et finalement à l’économie nationale ?

Le contenu local ne doit devenir ni un slogan ni un mécanisme permettant de substituer une clientèle politique à une autre.

Nous devons construire un système transparent dans lequel les entreprises congolaises compétentes peuvent participer effectivement aux chaînes de valeur.

Les marchés doivent être attribués selon des règles connues.

Les bénéficiaires effectifs des sociétés intervenant dans la sous-traitance doivent pouvoir être identifiés conformément à la loi.

Les conflits d’intérêts doivent être combattus.

Les prête-noms doivent être traqués.

Et les communautés locales doivent pouvoir constater concrètement que l’exploitation de leurs ressources contribue à leur développement.

Mais attention : ne répondons pas au tribalisme par le tribalisme

C’est ici que notre responsabilité politique doit être particulièrement grande.

Les frustrations exprimées au Katanga doivent être entendues.

Mais elles ne doivent jamais conduire à considérer qu’un Congolais serait étranger dans une autre province de son propre pays.

Un Kasaïen doit pouvoir travailler au Katanga.

Un Katangais doit pouvoir travailler à Kinshasa.

Un Kinois doit pouvoir travailler au Kivu.

Un Kivutien doit pouvoir travailler dans le Kongo Central.

La République appartient à tous les Congolais.

Mais cette unité nationale ne doit pas non plus servir de prétexte au favoritisme.

Le remède est donc clair :

ni préférence tribale, ni exclusion régionale, ni clientélisme politique : compétence, mérite, transparence et équité territoriale.

C’est cela, la République.

Monsieur le Président, le silence ne fera pas disparaître les frustrations

On peut empêcher une manifestation.

On peut contester une déclaration.

On peut combattre politiquement une opposition.

Mais aucune autorité ne peut durablement emprisonner une frustration collective.

Lorsqu’un peuple pense ne plus être entendu, il finit par chercher d’autres moyens de se faire entendre.

Voilà pourquoi la sagesse politique consiste à écouter avant l’explosion et à réformer avant la rupture.

Monsieur le Président de la République,

votre majorité doit comprendre qu’il ne suffit plus de proclamer l’unité nationale.

Il faut administrer la République de manière à ce que chaque Congolais puisse la ressentir.

L’unité nationale ne se décrète pas.

Elle se construit par la justice.

Elle se consolide par l’équité.

Elle se protège par l’impartialité de l’État.

Voilà pourquoi nous exigeons un véritable dialogue national

Les doléances venues du Katanga démontrent une nouvelle fois que le dialogue dont la RDC a besoin ne peut être une simple rencontre entre responsables politiques chargés de régler leurs différends.

Nous refusons un dialogue cosmétique.

Nous refusons un dialogue destiné à redistribuer quelques postes.

Nous refusons un dialogue dont les conclusions seraient écrites avant même son ouverture.

Nous voulons les États généraux de la République.

Un dialogue capable de mettre sur la table les véritables fractures nationales :

  • la guerre et la souveraineté ;
  • la Constitution et l’État de droit ;
  • la justice et les libertés publiques ;
  • les mines et la souveraineté économique ;
  • l’emploi et la préférence pour la compétence ;
  • la sous-traitance et le contenu local ;
  • la décentralisation ;
  • la gouvernance des entreprises publiques ;
  • la lutte contre la corruption ;
  • le tribalisme et le favoritisme ;
  • la réforme des institutions ;
  • et la reconstruction de la confiance entre l’État et les citoyens.

Il faut un nouveau pacte minier national

La Renaissance nationale que nous défendons propose qu’au sortir du dialogue soit établi un nouveau pacte national sur les ressources naturelles.

Ce pacte devra répondre à quelques questions simples mais décisives :

Qui possède ?

Qui exploite ?

Qui transforme ?

Qui décide ?

Qui bénéficie ?

Et que transmettons-nous aux générations futures ?

La RDC ne peut continuer à mesurer sa puissance au nombre de tonnes de cuivre, de cobalt, de lithium ou d’or quittant son territoire.

La véritable puissance se mesure à ce que nous transformons.

À nos industries.

À nos emplois.

À nos ingénieurs.

À nos entrepreneurs.

À nos infrastructures.

À nos écoles.

À nos hôpitaux.

Et à la part de souveraineté que chaque tonne extraite ajoute à la Nation.

Le Katanga ne demande pas de sortir de la République : il demande à être entendu dans la République

Voilà le message que le pouvoir devrait comprendre.

Nous devons combattre avec la même détermination deux dangers :

la marginalisation réelle ou ressentie des communautés locales et la tentation de transformer cette frustration en rejet d’autres Congolais.

La Renaissance nationale refuse les deux.

Parce que nous voulons reconstruire une République où aucune province ne se considère comme une colonie économique de Kinshasa et où aucun Congolais ne soit considéré comme étranger sur une partie du territoire national.

C’est cela notre conception de la Nation.

Monsieur le Président, il est encore temps

Il est encore temps d’écouter.

Il est encore temps de corriger.

Il est encore temps de réunir les Congolais.

Mais il faut comprendre une chose :

on ne réconciliera pas la Nation en refusant d’entendre ce qui la fracture.

Les cris qui viennent aujourd’hui du Katanga peuvent demain venir d’une autre province.

Parce que derrière le problème katangais apparaît le problème congolais :

celui d’un État qui possède d’immenses richesses mais qui n’a pas encore construit un système suffisamment juste, transparent et souverain pour les transformer en prospérité partagée.

Voilà pourquoi nous voulons le dialogue.

Non pour sauver une majorité.

Non pour sauver une opposition.

Non pour distribuer des fonctions.

Mais pour sauver la République et refonder l’État.

Que le Président de la République entende donc ces doléances.

Que l’Union sacrée les entende.

Que l’opposition les entende également.

Et que nous ayons collectivement le courage de regarder la vérité en face.

Car lorsque les frustrations économiques rencontrent les frustrations politiques, que les frustrations politiques rencontrent les fractures identitaires et que toutes rencontrent le sentiment d’injustice, la cohésion nationale elle-même finit par être menacée.

Nous voulons empêcher cela.

C’est précisément pour cela que nous demandons un dialogue inclusif, sérieux et refondateur.

Le temps n’est plus à étouffer les colères.

Le temps est venu d’en supprimer les causes.

Et de reconstruire enfin une République dans laquelle les richesses du Congo deviennent la puissance du Congo et la prospérité des Congolais.

Pour la Renaissance nationale.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC

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