Alors que l’Est de la RDC continue de s’enfoncer dans la guerre et que la population fait face à une crise multidimensionnelle, la polémique autour d’un mémorandum réclamant des sanctions contre des évêques de la CENCO soulève de nombreuses interrogations. Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), dénonce une stratégie de diversion qui, selon lui, détourne l’attention des véritables urgences nationales et fragilise davantage le débat démocratique. Il appelle les Congolais à privilégier la vérité, la responsabilité et l’unité autour de l’intérêt supérieur de la Nation.
Tribune
« Quand la manipulation remplace le débat : le mémorandum adressé au Pape contre la CENCO, une diversion face aux véritables défis de la Nation »
Je suis profondément attristé de constater le degré de manipulation auquel est aujourd’hui exposé notre peuple.
La République démocratique du Congo a toujours été une nation profondément croyante, attachée à ses valeurs spirituelles, coutumières, morales et éthiques. Notre peuple a longtemps cultivé le respect des anciens, des autorités religieuses, des institutions traditionnelles et de toutes les personnes qui consacrent leur vie au service du bien commun.
Malheureusement, depuis plusieurs années, nous assistons à une dégradation préoccupante du débat public. Le mensonge tend à remplacer l’argument. L’invective supplante la réflexion. La propagande se substitue à la vérité. Toute contradiction devient suspecte. Toute voix discordante est présentée comme ennemie de la nation.
Cette dérive est dangereuse.
Une démocratie ne se construit pas sur l’unanimisme forcé mais sur le débat contradictoire. Elle ne prospère pas dans la flatterie du pouvoir mais dans la confrontation pacifique des idées. Lorsqu’une société devient allergique à la critique, elle ouvre la porte aux erreurs les plus graves.
Plus préoccupant encore, certains tentent aujourd’hui de faire croire à nos compatriotes que les solutions à nos problèmes viendront nécessairement de Washington, de Doha, de Paris, de Londres ou de Rome.
L’histoire enseigne pourtant une vérité fondamentale : aucun peuple n’a été sauvé durablement par des solutions importées. Les partenaires extérieurs peuvent accompagner, soutenir ou faciliter certaines démarches, mais ils ne remplaceront jamais la volonté nationale, le patriotisme, le sens de l’État et la responsabilité des dirigeants et des citoyens.
La paix au Congo sera d’abord l’œuvre des Congolais.
La cohésion nationale sera d’abord l’œuvre des Congolais.
La renaissance du Congo sera d’abord l’œuvre des Congolais.
C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier avec lucidité la campagne dirigée contre plusieurs évêques de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), notamment le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu et d’autres prélats engagés au sein de la CENCO.
Prétendre que le Saint-Siège pourrait relever ces évêques de leurs fonctions parce qu’ils ont défendu la Constitution de la République ou exprimé leurs préoccupations face à l’évolution de la situation nationale relève d’une profonde méconnaissance de la mission de l’Église et du rôle de ses pasteurs.
Depuis l’indépendance, l’Église catholique a souvent été l’une des rares institutions à rester aux côtés du peuple dans les moments les plus difficiles de notre histoire. Elle a construit des écoles, des universités, des hôpitaux et des centres de santé. Elle a formé des générations de cadres. Elle a défendu les droits de l’homme lorsque beaucoup se taisaient. Elle a accompagné les processus démocratiques et contribué à préserver l’unité nationale lorsque celle-ci était menacée.
On peut être en désaccord avec certaines prises de position de la CENCO. Cela relève du débat normal dans une société démocratique.
Mais vouloir discréditer les évêques parce qu’ils rappellent les principes constitutionnels ou parce qu’ils estiment que les priorités du moment sont la paix, l’unité nationale, la cohésion sociale et l’amélioration des conditions de vie de la population constitue une grave erreur politique.
Il convient de rappeler que la position de la CENCO n’est ni nouvelle ni circonstancielle.
Hier, sous le régime du Président Joseph Kabila, les évêques ont également exprimé des critiques parfois très fermes lorsqu’ils estimaient que l’intérêt supérieur de la nation l’exigeait.
Aujourd’hui comme hier, leur constance démontre qu’ils ne défendent pas un camp politique mais une certaine idée du Congo, fondée sur la paix, la justice, le respect de la Constitution et la dignité humaine.
La RDC n’a pas besoin de nouvelles polémiques artificielles.
Elle n’a pas besoin de campagnes de dénigrement contre les autorités religieuses.
Elle n’a pas besoin d’opposer les Congolais les uns aux autres.
Elle a besoin d’un sursaut de responsabilité.
Pendant que nos compatriotes meurent à l’Est, pendant que des millions de familles vivent dans la précarité, pendant que notre souveraineté demeure confrontée à de multiples défis, les énergies nationales devraient être mobilisées autour des véritables priorités : la paix, la sécurité, la réconciliation nationale, la justice sociale et le développement.
Le temps est venu de sortir de la politique de l’émotion, de la manipulation et des diversions.
Le temps est venu de retrouver le sens de l’essentiel.
Le temps est venu de respecter ceux qui, quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec eux, consacrent leur vie au service du peuple congolais.
Car aucune nation ne se construit durablement contre ses consciences morales.
Et aucun peuple ne peut espérer sa renaissance en faisant taire les voix qui l’invitent à la réflexion, à la vérité et à la responsabilité.
La République démocratique du Congo mérite mieux.
Elle mérite un débat digne.
Elle mérite une politique de vérité.
Elle mérite des institutions respectées.
Elle mérite l’unité autour de l’intérêt supérieur de la Nation.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC