Ni les pluies de balles dans l’Est de la RDC, ni les longs cortèges de manifestants des opposants de la C64, encore moins les tractations judiciaires de la Belgique contre sa famille biologique ne peuvent obstruer la volonté ferme de Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, de toucher à la Constitutiondu pays. Il a dit et répété, d’un ton imperturbable, aux élus de l’Union sacrée de la nation, sa famille politique, lors d’une réunion de « haute importance » ce samedi à Kinshasa, qu’il n’aimait pas l’actuelle constitution.
Tshisekedi a clairement avoué à ses compères qu’il ne portait pas dans son coeur l’actuelle Constitution, celle-là même qu’il jurait, quelques années plus tôt, de protéger, la garder et la respecter. Pour la changer, il a renvoyé la balle à ses députés et sénateurs de l’USN. « Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez… Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « J’ai une mission : mettre le pays sur les rails, installer une paix véritable et durable. »
Un pari déjà gagné d’avance
Cette position tombe moins de 24 heures après l’adoption de la loi sur l’organisation du référendum par l’Assemblée nationale. Le vendredi 23 octobre, sur 347 députés votants, 346 ont dit oui, aucun non, et un s’est abstenu, après le réexamen de 13 articles reformulés pour tenir compte des réserves de la Cour constitutionnelle. L’opposition a boycotté le vote. Christian Mwando, un des élus de l’opposition, a dénoncé sur le champ cette “manoeuvre Tshisekediste”.
Après cette étape, le texte va retourner au Sénat pour une seconde lecture, avant sa transmission au chef de l’État pour promulgation.
Ce vote dissipe le doute qui rôdait autour de la réussite des stratégies de l’Union sacrée de changer la constitution. Cela parce que, outre toute raison, la Constitution du 18 février 2006 n’est pas la bien-aimée du président, et elle mérite donc qu’on la change. Le pari est d’avance gagné pour la famille politique tshisekediste, qui domine largement les deux chambres du Parlement. Le président lui-même avait renvoyé la loi devant les députés, par une lettre du 10 août, après l’arrêt de la Cour constitutionnelle du 28 juillet. Pour l’opposition, c’est un indice de plus que la machine est lancée. Selon elle, ce texte vise à contourner la limitation des mandats : il permettrait de modifier les clauses verrouillées en cas de « dysfunctionnement majeur » des institutions, par référendum.
Une opposition bousculée, mais pas éteinte
La C64 va-t-elle réagir ? Née en mai 2026 pour défendre l’ordre constitutionnel, elle est muette depuis que Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncé le 12 octobre à Goma. Ce mouvement politico-militaire absorbe l’AFC/M23. Selon nos informations, ce front se réunit à Rome, en Italie, pour se prononcer sur la situation sécuritaire et politique du pays.
Au cours de cette messe politique avec ses colistiers de l’Union sacrée, Félix Tshisekedi s’en est pris à son à tout le monde. Meme à son prédécesseur : « Pour le peu que j’ai eu à le pratiquer, je peux vous assurer que Joseph Kabila est un peureux. Et là, il doit se demander s’il a fait un bon choix ». Une première réaction du président Tshisekedi après la prise d’arme par Kabila, qui chapote depuis le 12 octobre récent un mouvement politico-militaire.
La rue, elle, a déjà payé le prix fort. Le 12 juin, un sit-in devant le Palais du peuple a été réprimé : Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund ont été blessés à la tête, Delly Sesanga aux jambes. Le 15 septembre, la marche de la C64 a encore tourné à la dispersion et aux interpellations, à Kinshasa comme en province.
Sur le front judiciaire, des perquisitions ont visé le 14 octobre, à Bruxelles et dans ses environs, des résidences de membres de la famille présidentielle, dans une enquête pour blanchiment liée aux revenus miniers du Katanga. À ce stade, il s’agit de soupçons relevant d’une instruction. Aucune charge n’est établie.
Et si Tshisekedi jouait à la montre ?
Tarder à organiser le dialogue au format complet, auquel prendraient part opposition armée et non armée, pour gagner du temps et rempiler au-delà de 2028 : c’est ce que pensent bien des observateurs congolais. La technique a déjà servi. Joseph Kabila, alors président, avait gagné deux ans de plus, de 2016 à 2018, en faisant glisser le calendrier électoral à coups de pourparlers.
Ce samedi, le chef de l’État a justement annoncé, pour la semaine prochaine, la mise en place de l’équipe préparatoire du dialogue national : coordination nationale, coordinations provinciales, superviseurs par province, et deux cofacilitateurs de l’Union africaine, un homme et une femme. Il a demandé aux élus d’expliquer le sens de cette initiative à la population, en jurant qu’il ne cherche pas à prolonger son séjour au pouvoir. Mais l’opposition prévient déjà que le passage en force de la loi, sans elle, fermerait brutalement la porte du dialogue. Le dialogue sera-t-il un cadre de sortie de crise, ou un chronomètre ? La réponse tient dans le calendrier.
FIDEL SONGO