Après les informations d’Africa Intelligence sur 122,3 millions de dollars comptabilisés en 2025 pour les missions et déplacements de la Présidence, des chiffres que la Banque centrale du Congo conteste avoir produits, le Parti des Vertus Républicaines (PVR) demande la clarification des données, un audit indépendant et, si des irrégularités sont établies, des sanctions conformément à la loi. Dans cette tribune, son président national, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, appelle Félix Tshisekedi à réduire les voyages sans valeur ajoutée démontrable et interpelle la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances. Il reconnaît la nécessité de la sécurité présidentielle, mais affirme que la transparence sur l’argent public est une obligation. Ci-dessous, l’intégralité de la tribune 👇
I. 122,3 millions de dollars : une information qui exige des comptes
La publication, le 21 octobre 2026, par Africa Intelligence d’un article faisant état de 122,3 millions de dollars, soit environ 283 milliards de francs congolais, comptabilisés en 2025 au titre des missions et déplacements de la Présidence de la République, soulève une question majeure de gouvernance publique.
La Banque centrale du Congo a contesté être à l’origine des données publiées, affirmant n’avoir produit ni publié de rapport officiel contenant ces chiffres. Cette divergence rend indispensable une clarification rigoureuse de leur provenance, de leur exactitude et de leur signification comptable.
Il ne s’agit donc ni de condamner sans preuve ni de banaliser une information d’une telle ampleur. Il s’agit d’exiger que la vérité soit établie par des institutions compétentes, sur la base de documents vérifiables.
Si ce montant est confirmé, les Congolais auront le droit de savoir comment il a été constitué, quelles dépenses il recouvre, qui en a assuré l’engagement et le paiement, et quels résultats concrets les missions concernées ont produits pour la Nation.
Si, au contraire, ce chiffre est inexact ou repose sur une interprétation erronée des documents financiers, les éléments permettant de le démontrer devront être rendus publics.
La vérité financière ne peut être déterminée ni par la communication présidentielle ni par le démenti d’une institution. Elle doit être établie par la vérification indépendante des faits.
II. Un pays en guerre peut-il se permettre une telle opacité ?
La République démocratique du Congo traverse une crise sécuritaire, humanitaire, sociale et économique dont les conséquences pèsent lourdement sur les populations.
Dans l’Est, des familles sont arrachées à leurs foyers, des innocents perdent la vie et des communautés vivent sous la menace permanente de la violence. Dans d’autres parties du territoire, des citoyens peinent à accéder aux soins, à une éducation de qualité, à l’eau potable et aux services essentiels.
Nos hôpitaux manquent de moyens, nos écoles ont besoin d’investissements, nos infrastructures demeurent insuffisantes et notre jeunesse attend des perspectives concrètes d’avenir.
Dans ces conditions, l’annonce d’un montant aussi considérable consacré aux missions et déplacements de la Présidence impose une interrogation légitime : quelle est la proportion entre les ressources consacrées au fonctionnement du sommet de l’État et celles mobilisées pour répondre aux besoins vitaux de la population ?
Nous ne contestons pas le principe des déplacements présidentiels. Un chef d’État doit défendre les intérêts de son pays, négocier des partenariats, mobiliser des investissements et porter la voix de sa Nation dans les instances internationales.
Nous ne méconnaissons pas davantage les exigences de sécurité qui entourent ses déplacements, particulièrement dans le contexte actuel.
Mais ces impératifs ne sauraient justifier automatiquement n’importe quel niveau de dépense. Ils doivent être accompagnés d’une planification rigoureuse, d’une évaluation des coûts, d’objectifs précis et d’une reddition des comptes.
Un déplacement officiel doit servir la République. Il doit produire des résultats diplomatiques, économiques, sécuritaires ou stratégiques mesurables.
Le prestige d’un chef d’État ne se mesure pas au nombre de ses voyages, mais à la capacité de son action à améliorer les conditions de vie de son peuple.
III. Monsieur le Président, prêchez par l’exemple !
Monsieur Félix Tshisekedi,
La fonction présidentielle impose des responsabilités qui dépassent la personne qui l’occupe. Elle exige une conduite exemplaire, une discipline dans la gestion des ressources publiques et une volonté constante de préserver la confiance des citoyens.
Vous ne pouvez pas appeler la population à consentir des sacrifices, invoquer la solidarité nationale et promettre la renaissance du Congo sans accepter que les dépenses de la Présidence soient soumises à des exigences élevées de transparence et de justification.
Le pays a besoin d’une politique de sobriété budgétaire au sommet de l’État.
Nous vous demandons donc de réduire drastiquement les déplacements présidentiels qui ne présentent pas de valeur ajoutée clairement démontrable pour la Nation, de rationaliser les délégations officielles et de soumettre les dépenses de mission à des critères stricts d’utilité, de proportionnalité et de résultats.
Il ne s’agit pas d’isoler le Congo du monde. Il s’agit de mettre fin à toute conception du voyage officiel comme une dépense dont le coût et l’utilité échapperaient à l’examen public.
Chaque mission devrait faire l’objet d’une justification préalable, d’un encadrement budgétaire et d’un compte rendu des résultats obtenus, dans le respect des impératifs légitimes de sécurité nationale.
Le premier magistrat du pays doit être le premier à donner l’exemple. La lutte contre le gaspillage et les irrégularités ne peut être crédible si elle épargne le sommet de l’État.
IV. Aux institutions de contrôle : le courage et le patriotisme doivent prévaloir
La Constitution congolaise, en son article 180, confie à la Cour des comptes le contrôle de la gestion des finances de l’État et des biens publics. La législation relative aux finances publiques prévoit également le contrôle des opérations de recettes, de dépenses et de trésorerie.
Ces dispositions ne sont pas de simples déclarations de principe. Elles constituent des garanties républicaines destinées à protéger les ressources nationales contre la mauvaise gestion et les abus éventuels.
Nous interpellons solennellement la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances et toutes les institutions légalement compétentes : faites preuve de courage institutionnel, d’indépendance et de patriotisme.
Nous leur demandons d’examiner ce dossier avec la même rigueur que tout autre dossier impliquant des ressources publiques, sans considération de rang, de fonction ou de proximité avec le pouvoir.
Cette démarche doit commencer par un audit des dépenses concernées, la confrontation des pièces comptables avec les paiements effectivement réalisés, la vérification des procédures d’engagement et de décaissement ainsi que l’identification des responsabilités éventuelles.
La Cour des comptes doit pouvoir exercer pleinement ses compétences constitutionnelles. L’Inspection générale des finances doit contribuer aux vérifications relevant de son mandat. Si des indices d’infractions apparaissent, les autorités judiciaires compétentes devront en être saisies conformément à la loi.
Nous ne demandons pas une condamnation politique anticipée. Nous exigeons une enquête impartiale, des conclusions motivées et, le cas échéant, des sanctions légales.
Le courage patriotique ne consiste pas à protéger un responsable parce qu’il détient le pouvoir. Il consiste à protéger la République, y compris lorsque la vérité dérange ceux qui la gouvernent.
V. Quand les contre-pouvoirs s’affaiblissent, la confiance publique recule
Ce dossier soulève une interrogation plus large sur l’équilibre des pouvoirs dans notre pays.
Lorsque le Parlement paraît privé d’une capacité suffisante de contrôle de l’exécutif, lorsque la justice est soupçonnée de subir des pressions politiques et lorsque les institutions de contrôle financier peinent à exercer pleinement leur mission, le citoyen peut légitimement douter de l’effectivité des mécanismes de responsabilité publique.
Nous considérons que la concentration excessive du pouvoir et l’affaiblissement des contre-pouvoirs exposent l’État à des dérives graves. Un Parlement ne doit pas devenir une chambre d’enregistrement ; la justice ne doit pas être instrumentalisée ; la Cour des comptes ne doit pas être marginalisée.
Ces institutions n’appartiennent ni au Président de la République ni à une famille politique. Elles appartiennent à la République et doivent servir l’intérêt général.
La Banque centrale, pour sa part, doit pouvoir clarifier publiquement la portée de son démenti sans subir de pression, tandis que les auteurs de l’information doivent être invités à préciser les documents sur lesquels ils se sont fondés.
L’indépendance des institutions ne se proclame pas seulement dans les textes. Elle se démontre lorsqu’elles peuvent vérifier, questionner et, lorsque la loi le commande, mettre en cause la gestion de toute autorité publique.
La crédibilité de l’État dépend de cette capacité à soumettre l’exercice du pouvoir au droit.
VI. L’opacité fragilise le prestige du Congo et nourrit les désordres
La mauvaise gestion réelle ou perçue des finances publiques a des conséquences qui dépassent les comptes de l’État.
Elle érode la confiance des citoyens, nourrit le sentiment d’injustice, affaiblit le consentement à l’impôt et accentue la défiance envers les institutions.
À l’extérieur, elle peut également porter atteinte à la réputation du pays auprès de ses partenaires, des investisseurs et des organismes de financement. Lorsque des soupçons financiers demeurent sans réponse convaincante, ils fragilisent la crédibilité des engagements publics et peuvent susciter des contentieux.
Il faut donc prévenir les risques de procédures judiciaires et de plaintes à l’étranger lorsqu’ils peuvent être évités par une gestion régulière, une traçabilité des fonds et des mécanismes de contrôle crédibles. Il ne s’agit pas d’affirmer que le dossier actuel entraînera nécessairement de telles procédures, mais de comprendre qu’une transparence préventive protège mieux l’État qu’une justification tardive.
Notre pays ne peut prétendre défendre sa souveraineté tout en négligeant les exigences de bonne gouvernance qui fondent la confiance dans ses institutions.
La souveraineté ne se réduit pas à la défense du territoire. Elle implique également la maîtrise des ressources nationales, la responsabilité des dirigeants et la capacité de l’État à démontrer que chaque dépense publique répond à l’intérêt général.
VII. La renaissance et la refondation nationale doivent cesser d’être des slogans
Le Parti des Vertus Républicaines défend la renaissance et la refondation nationale comme un projet de transformation profonde de la République.
Cette vision repose sur quatre exigences indissociables : la dignité, la sécurité, la prospérité et le bien-être.
Mais comment parler de dignité lorsque les citoyens ne peuvent obtenir des réponses précises sur l’emploi de sommes considérables ? Comment parler de prospérité lorsque les ressources publiques ne sont pas accompagnées de résultats clairement démontrés ? Comment parler de bien-être lorsque les besoins essentiels demeurent immenses et que la population est appelée à supporter des sacrifices sans pouvoir apprécier l’usage de l’argent public ?
La renaissance ne peut servir de couverture rhétorique à des pratiques contraires à ses propres ambitions.
La refondation nationale ne consiste pas à changer les mots du discours politique tout en laissant intactes les habitudes de gestion. Elle exige une rupture avec le gaspillage, les privilèges injustifiés, l’impunité et les conflits d’intérêts éventuels.
Elle impose la primauté de la loi, la séparation effective des pouvoirs, la transparence budgétaire, l’obligation de rendre compte et l’égalité de tous devant la justice.
Les gouvernants doivent veiller à se tenir au-dessus de tout soupçon raisonnable de mauvaise gestion, non par une communication soigneusement préparée, mais par des actes vérifiables et une conduite exemplaire.
Il faut aussi distinguer clairement les responsabilités : une mauvaise gestion alléguée n’est pas équivalente aux crimes commis par ceux qui tuent des innocents pour conquérir ou conserver le pouvoir. Mais les autorités de la République ont le devoir de ne pas alimenter, par l’opacité, l’injustice ou l’impunité, la défiance qui fragilise la cohésion nationale.
On ne combat pas les ennemis de la République en affaiblissant les principes qui la fondent. On la défend en faisant respecter la loi, en protégeant les citoyens et en préservant les ressources de la collectivité.
VIII. Nos exigences républicaines
Au regard de ce qui précède, le Parti des Vertus Républicaines demande :
- La clarification officielle et documentée du montant de 122,3 millions de dollars attribué aux missions et déplacements de la Présidence en 2025, ainsi que de la provenance exacte des données publiées.
- L’ouverture d’un audit indépendant et approfondi des dépenses concernées, conduit par les institutions compétentes et dans le respect de leurs mandats respectifs.
- La publication des conclusions de cet audit, avec les réserves strictement nécessaires à la protection des informations opérationnelles sensibles.
- La transmission à la justice de tout indice sérieux d’infraction, afin que les responsabilités soient établies et que les sanctions prévues par la loi soient appliquées.
- La réduction drastique des voyages présidentiels insuffisamment justifiés, la rationalisation des délégations et la publication de comptes rendus portant sur les résultats des missions officielles.
- Le renforcement de l’indépendance du Parlement, de la justice et des organes de contrôle, afin que nul ne puisse soustraire sa gestion à l’examen de la loi.
- L’adoption d’une véritable politique de sobriété et de redevabilité publiques, donnant la priorité aux besoins urgents des populations, à la sécurité, à la santé, à l’éducation et aux infrastructures.
Ces demandes ne constituent ni une condamnation préalable ni une entreprise de règlement de comptes. Elles expriment une exigence élémentaire : l’argent public doit être géré dans l’intérêt public et les responsabilités doivent être établies sur la base de preuves.
Conclusion : la République avant les privilèges
Le Congo n’a pas seulement besoin de dirigeants qui parlent de renaissance. Il a besoin d’institutions capables de la rendre réelle.
Le Président de la République doit comprendre que l’autorité ne dispense jamais de rendre compte. Les institutions de contrôle doivent se souvenir que leur fidélité première va à la Constitution et à la Nation, et non aux personnes qui les dirigent. Les responsables publics doivent savoir que les ressources de l’État ne sont ni leur propriété ni une réserve destinée à financer des habitudes de pouvoir échappant à tout examen.
Le peuple congolais n’exige pas l’impossible. Il exige que ses sacrifices aient un sens, que les ressources nationales servent le développement du pays et que les règles républicaines s’appliquent à tous.
Nous voulons une République où la sécurité présidentielle est garantie sans devenir un prétexte à l’opacité ; où la diplomatie sert la souveraineté et la prospérité ; où les dépenses publiques sont justifiées ; où les contrôleurs ne craignent pas de contrôler et où les dirigeants acceptent d’être contrôlés.
La renaissance nationale ne sera crédible que lorsqu’elle se traduira dans les comptes publics, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les infrastructures, dans la sécurité des populations et dans l’indépendance des institutions.
Le Congo n’a pas besoin de slogans plus lourds de promesses. Il a besoin de comptes vérifiables, de dirigeants exemplaires et d’institutions libres.
Regarder le passé avec lucidité. Expliquer le présent avec honnêteté. Dénoncer avec courage. Dialoguer pour rassembler. Bâtir pour transmettre.
C’est à cette condition que la renaissance cessera d’être un discours et que la refondation nationale deviendra une réalité.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC