Face à la dégradation du vivre-ensemble, aux crises de gouvernance et à la fragilisation des institutions démocratiques, la République démocratique du Congo se trouve confrontée à une question fondamentale : comment reconstruire une nation riche de ses ressources, mais dont une grande partie de la population peine à en bénéficier ? Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku dénonce les dérives morales, politiques et institutionnelles qui alimentent la défiance citoyenne, les frustrations sociales et les divisions nationales. Il plaide pour un sursaut des consciences, une formation politique et doctrinale des citoyens et la refondation d’un État souverain, juste et stratège. Son appel est sans équivoque : dépasser les querelles de personnes et les ambitions individuelles pour replacer la République et l’intérêt général au cœur du combat politique.
RDC : Cessons de subir, pensons République !
Mon pays va-t-il de plus en plus mal ? La paix est-elle en train de disparaître parce que nous avons progressivement perdu ce qui fait de nous des êtres humains conscients : la conscience, la dignité, le respect de l’autre et le sens du bien commun ?
Nous vivons dans une société où certains sont prêts à sacrifier leur propre peuple sur l’autel d’une gloire passagère, à salir la réputation d’autrui pour quelques secondes de supériorité, à haïr pour une opinion différente et à détruire pour satisfaire des ambitions personnelles.
Nous vivons dans un pays où le mensonge prend parfois le visage de la vérité, où l’hypocrisie se banalise, où l’arrogance se confond avec la force et où l’image fabriquée compte davantage que la valeur réelle de l’individu.
Les familles se déchirent, les citoyens deviennent des ennemis pour des divergences parfois insignifiantes et chacun s’empresse d’accuser l’autre, sans jamais interroger sa propre responsabilité. Nous écoutons de moins en moins, nous cherchons de moins en moins à comprendre et nous consacrons trop d’énergie à dominer, humilier et écraser.
Le véritable problème n’est donc pas seulement politique. Il est aussi moral, intellectuel, institutionnel et profondément humain.
Mais lorsqu’on parle de la crise de notre pays, nous ne pouvons pas faire l’économie d’une analyse rigoureuse de ses causes politiques et institutionnelles.
La République démocratique du Congo souffre d’une crise profonde de gouvernance. La mauvaise gouvernance, les choix politiques hasardeux, les mensonges d’État, la marginalisation des institutions d’appui à la démocratie, l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire et la confiscation du pouvoir fragilisent la confiance des citoyens dans les institutions républicaines.
Lorsque les voies démocratiques et légales d’accès au pouvoir sont entravées, lorsque l’exclusion et l’intimidation remplacent le débat contradictoire, lorsque les institutions cessent d’être des arbitres impartiaux pour devenir des instruments de domination, les frustrations s’accumulent. Et lorsque ces frustrations ne trouvent plus d’expression pacifique, elles peuvent nourrir la colère, la radicalisation et les violences.
Aucune nation ne peut durablement construire la paix sur l’injustice, la peur et le mensonge. Aucune République ne peut prospérer lorsque ses institutions sont fragilisées au profit des ambitions individuelles.
Le drame congolais est d’autant plus douloureux que notre pays dispose d’immenses ressources naturelles, d’un potentiel humain exceptionnel et de formidables possibilités de développement. Pourtant, trop de Congolais ont le sentiment d’être étrangers dans leur propre pays, privés des bénéfices légitimes de leurs richesses et des perspectives auxquelles ils devraient pouvoir aspirer.
Comment expliquer qu’un pays aussi riche puisse laisser tant de ses enfants dans la précarité ? Comment accepter que les ressources qui devraient financer l’éducation, la santé, la justice, la sécurité et le développement deviennent parfois des enjeux de prédation et de compétition pour le pouvoir ?
Le mal qui ronge notre République ressemble à une tumeur maligne qui se propage jusque dans les profondeurs de notre organisation sociale et politique. Mais cette métaphore ne doit pas nous conduire au fatalisme. Ce qui a été dégradé par des choix humains peut être transformé par des décisions courageuses, des institutions solides et une volonté collective de changement.
La RDC ne renaîtra pas uniquement par le remplacement de quelques individus à la tête de l’État. Elle renaîtra lorsque nous aurons le courage de transformer les règles du jeu politique, de restaurer l’indépendance de la justice, de garantir la liberté d’expression, de protéger les institutions démocratiques et de faire de la responsabilité publique une exigence non négociable.
Elle renaîtra aussi lorsque le citoyen cessera d’être un simple spectateur, un instrument de propagande ou un partisan aveugle, pour devenir un acteur conscient de la vie nationale.
C’est pourquoi l’éveil des consciences doit constituer une priorité. Cet éveil passe notamment par la formation civique, politique et doctrinale, par l’éducation à la citoyenneté, par la culture du débat contradictoire et par la transmission des valeurs républicaines.
Former politiquement un citoyen, ce n’est pas lui apprendre à applaudir un individu ou à défendre aveuglément un camp. C’est lui apprendre à comprendre les institutions, à analyser les politiques publiques, à distinguer l’intérêt général des intérêts particuliers, à défendre ses convictions sans haïr ceux qui ne les partagent pas et à exiger des comptes de ceux qui exercent le pouvoir.
Nous devons rompre avec cette culture qui transforme les divergences en inimitiés, les ambitions en conflits permanents et la politique en instrument d’humiliation et d’exclusion.
Le Congo a besoin d’une nouvelle culture politique : une culture de responsabilité, de compétence, de discipline républicaine, de justice sociale et de respect de la dignité humaine.
Pour ma part, je continue de croire en une République souveraine et durable, en un État stratège, juste, efficace et travailleur, capable de protéger ses citoyens, de valoriser ses ressources et de préparer l’avenir des générations futures.
Je crois en un État dans lequel le pouvoir n’est pas une propriété privée, mais une responsabilité temporaire ; dans lequel les institutions sont plus fortes que les individus ; dans lequel la loi s’impose à tous et dans lequel la richesse nationale devient un levier de transformation sociale plutôt qu’un instrument d’asservissement.
Notre responsabilité historique est immense. Nous ne pouvons pas continuer à commenter indéfiniment le naufrage de notre pays tout en reproduisant les comportements qui le précipitent.
Il est temps de sortir des querelles stériles, des discours de circonstance et des discussions de salon. Il est temps de passer de l’indignation à la réflexion, de la réflexion à l’organisation et de l’organisation à l’action citoyenne et politique.
Car un pays ne se reconstruit ni par les incantations ni par les seules dénonciations. Il se reconstruit par des idées claires, des institutions crédibles, des citoyens formés, des dirigeants responsables et une volonté collective de servir la nation.
Le Congo n’a pas seulement besoin de nouveaux dirigeants. Il a besoin d’une nouvelle conscience républicaine, d’une nouvelle exigence morale et d’un nouveau contrat entre l’État et le citoyen.
L’heure n’est plus à la résignation. L’heure n’est plus à l’adoration des hommes. L’heure n’est plus à la politique des émotions, des mensonges et de l’exclusion.
L’heure est à la reconstruction de la République.
Cessons de subir. Cessons de nous détruire. Cessons de confondre la politique avec la conquête des privilèges.
Formons les consciences. Restaurons les institutions. Défendons la démocratie. Réhabilitons le mérite. Faisons de la justice une réalité et du bien commun notre boussole.
Ne nous contentons plus de parler du Congo. Pensons République, construisons l’État et agissons pour la nation.
Car le Congo que nous voulons ne naîtra pas de notre silence, de notre résignation ou de nos divisions. Il naîtra de notre capacité à nous élever au-dessus de nos intérêts particuliers pour faire enfin triompher l’intérêt général.
La renaissance congolaise sera républicaine, citoyenne et institutionnelle, ou elle ne sera qu’une nouvelle illusion politique.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC