Le Groupe de contact international (GCI) pour la région des Grands Lacs a pris position ce vendredi 30 octobre. Dans une déclaration conjointe, le groupe, présidé par la France, rejette catégoriquement la poursuite d’objectifs politiques par la violence, telle que prônée selon lui par le Front pour la Refondation de la Nation (FRN), récemment créé. Il réunit l’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et l’Union européenne. Il appelle aussi toutes les parties à respecter l’état de droit et la Constitution, et défend un dialogue inter-congolais pacifique et inclusif, impliquant toutes les parties prenantes clés, comme condition essentielle d’une paix durable.
Un mouvement né il y a dix-huit jours
Le FRN a été annoncé le 12 octobre 2026 à Goma. Il absorbe l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et le M23. Joseph Kabila en est le président, et d’anciens responsables de l’AFC/M23 sont ses adjoints. Le mouvement reproche au pouvoir de Félix Tshisekedi des institutions faibles, l’insécurité, la discrimination ethnique, la corruption, des irrégularités électorales et la dégradation des conditions de vie. Ses promoteurs s’appuient aussi sur l’article 64 de la Constitution, qui impose à tout Congolais de faire échec à une prise de pouvoir contraire à la loi fondamentale.
Kinshasa dénonce un « proxy » du Rwanda
Le pouvoir congolais y voit la confirmation de ses accusations. Devant les parlementaires de sa majorité, Félix Tshisekedi a présenté Kabila comme un « proxy » du Rwanda et a parlé d’un camp acculé. Kabila est par ailleurs condamné à la prison à vie par un tribunal militaire, par contumace, depuis septembre 2025. Le FRN a, de son côté, pris la place de l’AFC/M23 dans les pourparlers de Doha avec Kinshasa. L’avenir de ce processus reste incertain.
Une communauté internationale qui répète sa ligne
Le message du GCI s’inscrit dans une position constante. Dès juin, le groupe affirmait qu’il ne peut y avoir de solution militaire au conflit et plaidait pour une médiation dirigée par l’Afrique. En août, il avait rappelé aux parties leur obligation de protéger les civils et de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, et salué l’échange de prisonniers entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Un dialogue encore à construire
Le dialogue réclamé par le GCI fait déjà débat. Selon Afrique XXI, la présidence Tshisekedi est marquée par un recul démocratique, notamment le projet de révision constitutionnelle visant à prolonger la durée du mandat présidentiel, et par la répression de l’opposition, ce qui a renforcé les appels à une concertation nationale. Kabila réclame lui aussi une concertation réellement inclusive, tandis que le pouvoir l’accuse de contribuer à la déstabilisation du pays. Le FRN reste enfin fragile politiquement : sans base plus large dans d’autres régions ou auprès d’autres partis, il lui sera difficile de gagner en popularité.
Reste à savoir si Kinshasa et le FRN accepteront de s’asseoir à la même table. Comme l’écrivait Cicéron : « Cedant arma togae »
F.S.