RDC : Moussa Kalema exhorte le FCC à sortir de l’immobilisme et à reprendre l’initiative politique

Alors que les tensions politiques s’accentuent en RDC, sur fond d’inquiétudes autour des libertés publiques, de la guerre persistante dans l’Est et du débat sur l’avenir de la Constitution, Moussa Kalema Sangolo-Zaku appelle le Front commun pour le Congo (FCC) à sortir de l’attentisme. Dans une tribune politique, le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC exhorte les responsables des partis membres à renouer avec la concertation, à engager une restructuration profonde de leur plateforme et à définir une stratégie commune pour la reconquête démocratique du pouvoir.

FCC : FACE À LA PEUR ET À LA FRAGMENTATION POLITIQUE, L’HEURE DU COURAGE, DE L’UNITÉ ET DE LA REFONDATION A SONNÉ

Tribune politique de Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC

Le Congo ne peut pas devenir une République de la peur

Notre pays traverse une période de profonde inquiétude politique, institutionnelle et sécuritaire. Le climat de confiance nécessaire au fonctionnement normal d’une démocratie s’érode, tandis que les tensions entre le pouvoir et l’opposition prennent une tournure préoccupante.

Des acteurs politiques dénoncent des menaces, des pressions, des arrestations et des entraves à leur liberté de mouvement. Les services de renseignement et de sécurité, dont la mission première doit être la protection de la Nation et de ses citoyens, ne sauraient être perçus comme des instruments de surveillance politique ou d’intimidation des adversaires du pouvoir. De même, aucune milice, aucun groupe de militants et aucune structure partisane ne devraient se substituer aux institutions chargées de faire respecter la loi.

Quand les tensions politiques mettent à l’épreuve les garanties institutionnelles

Le malaise politique actuel mérite d’être examiné à la lumière des événements qui ont marqué ces dernières années la vie de nos institutions.

Alexis Tambwe Mwamba, proche de Joseph Kabila, a occupé d’importantes fonctions publiques sous différents régimes, notamment sous le maréchal Mobutu et durant la présidence de Joseph Kabila. Il a également exercé les fonctions de président du Sénat pendant la période de la coalition FCC-CACH, jusqu’en 2021-2022. Son départ de cette fonction s’inscrit dans le contexte du basculement de la majorité parlementaire consécutif aux ralliements de sénateurs à l’Union sacrée de la Nation.

Ce parcours rappelle combien les recompositions de majorité peuvent transformer les rapports de force politiques.

Mais ces changements ne devraient jamais remettre en cause les garanties attachées aux droits des personnes ni le fonctionnement régulier des institutions.

Un autre épisode mérite, à cet égard, d’être rappelé : l’interpellation de la sénatrice Carole Agito membre de la majorité de l’Union sacrée de nation par des agents des renseignements militaires alors qu’elle se déplaçait en cours de route. Selon les informations rapportées , elle a été appréhendée en dépit des immunités attachées à son mandat, puis libérée tard dans la nuit. Cet incident avait suscité une protestation du Sénat.

Au-delà des appartenances politiques, cet épisode pose une question fondamentale : que valent les immunités parlementaires si elles peuvent être méconnues par des agents de l’État, et quelle protection effective les institutions peuvent-elles garantir à leurs propres membres ?

La question ne concerne pas seulement les personnalités proches de l’opposition ou de Joseph Kabila. Elle concerne tous les élus, toutes les sensibilités politiques et, plus largement, chaque citoyen qui doit pouvoir compter sur la protection de la loi.

Les immunités parlementaires ne constituent pas un privilège personnel destiné à soustraire un élu à la justice. Elles sont des garanties institutionnelles dont la portée et les modalités doivent être respectées conformément à la Constitution et aux lois applicables. Lorsqu’un incident fait apparaître un possible manquement à ces règles, il appartient aux institutions compétentes d’en établir les circonstances et de tirer les conséquences qui s’imposent.

C’est précisément pourquoi les inquiétudes exprimées aujourd’hui au sujet des pressions, des arrestations et des restrictions visant des acteurs politiques doivent être examinées avec sérieux. Il ne saurait y avoir deux régimes de protection, l’un pour les proches du pouvoir et l’autre pour ses adversaires.

La République ne peut être solide que si la loi protège chacun, si les services de sécurité restent dans les limites de leurs compétences et si les institutions peuvent exercer leurs prérogatives sans intimidation.

La République ne peut fonctionner durablement sous le règne de la peur, de la suspicion et de l’intimidation. Elle ne peut davantage se construire sur la marginalisation systématique de l’opposition, car celle-ci constitue une composante légitime de la démocratie et un instrument essentiel du contrôle de l’action publique.

La sécurité de l’État ne doit jamais servir de prétexte à l’insécurité politique des citoyens.

La crise politique ne doit pas faire oublier la guerre à l’Est

Pendant que les acteurs politiques s’observent, s’affrontent ou se replient, la guerre se poursuit dans l’Est de la République démocratique du Congo. Des populations vivent dans la détresse, des familles sont déplacées, des territoires demeurent confrontés à l’insécurité et la souveraineté nationale reste mise à rude épreuve.

Cette réalité devrait imposer au sommet de l’État comme à l’ensemble de la classe politique un devoir supérieur de responsabilité, de rassemblement et de recherche de solutions durables.

Comment justifier que notre énergie nationale soit absorbée par les rivalités de pouvoir alors que l’intégrité du territoire, la sécurité des populations et la cohésion nationale demeurent des urgences absolues ?

Comment prétendre défendre la souveraineté du Congo si, dans le même temps, les institutions perdent leur crédibilité, les citoyens leur confiance et les responsables politiques leur capacité à dialoguer ?

Le pouvoir ne peut pas demander à la population de faire preuve de patriotisme tout en laissant s’installer une fracture politique qui affaiblit la Nation.

L’opposition, de son côté, ne peut se contenter de constater les échecs : elle doit se donner les moyens de proposer une alternative crédible, organisée et capable de gouverner.

La guerre à l’Est ne doit être ni un instrument de diversion politique ni un motif de suspension indéfinie des libertés. Elle appelle une mobilisation nationale fondée sur la vérité, la responsabilité, la défense du territoire et la recherche d’une paix durable.

Constitution et référendum : la République n’est pas un patrimoine personnel

L’adoption en deuxième lecture de la loi référendaire par l’Assemblée nationale, telle qu’elle est rapportée, intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Elle ravive les préoccupations de ceux qui redoutent que la question constitutionnelle ne devienne un instrument de prolongation ou de confiscation du pouvoir.

Nous devons être clairs : la Constitution n’appartient ni à un président, ni à une majorité parlementaire, ni à une famille politique. Elle est le pacte fondamental qui organise la vie de la République et garantit la continuité de ses institutions.

Toute initiative référendaire ou constitutionnelle doit être appréciée à la lumière de la Constitution elle-même, des compétences des institutions et des limites expressément protégées par le texte fondamental, notamment son article 220. Aucun mécanisme juridique ne saurait légitimement être utilisé pour contourner une disposition constitutionnelle intangible.

La majorité parlementaire a le droit de défendre ses orientations, mais elle ne détient pas un droit illimité de modifier les règles fondamentales de la République. Le Parlement doit rester un lieu de délibération nationale, et non devenir une simple chambre d’enregistrement des volontés de l’Exécutif.

Les élections et la représentation nationale doivent également reposer sur la crédibilité des institutions électorales, la transparence des procédures et le respect de la volonté populaire. Les contestations relatives à cette crédibilité appellent des réponses institutionnelles sérieuses, et non des discours de défi.

Face à toute tentative avérée de contourner les garanties constitutionnelles, notre opposition doit être ferme, résolue, pacifique et irréductible dans la défense de l’ordre constitutionnel. Cette résistance doit s’exercer par les voies démocratiques et légales : mobilisation citoyenne, interpellation parlementaire, action judiciaire, dialogue politique et toutes les formes de contestation pacifique reconnues par la loi.

Notre combat n’est pas celui d’un camp contre un autre. Il est celui de la République contre l’arbitraire, de la règle commune contre la volonté individuelle et de la souveraineté populaire contre toute confiscation du pouvoir.

Chefs des partis du FCC : sortons du silence et de l’attentisme

C’est ici que je voudrais m’adresser directement à mes compagnons de lutte, aux chefs des partis membres du Front commun pour le Congo et à tous ceux qui demeurent attachés aux valeurs républicaines que nous défendons.

L’heure n’est plus aux hésitations prolongées, aux initiatives isolées, aux calculs individuels ou aux déclarations sans lendemain. L’heure est à la responsabilité collective.

Je comprends les inquiétudes que peuvent susciter les menaces, les arrestations, les pressions et les restrictions de déplacement rapportées par certains acteurs politiques. Le courage ne consiste pas à nier les risques. Il consiste à les regarder en face, à protéger les personnes, à organiser l’action collective et à ne pas abandonner ses convictions démocratiques sous la pression.

Je lance donc un appel pressant aux dirigeants des partis du FCC : retrouvons-nous rapidement, évaluons lucidement l’évolution de la situation politique et décidons ensemble d’une nouvelle organisation de notre combat.

Nous devons parler d’une seule voix, non pour imposer une pensée unique, mais pour donner à notre engagement une cohérence, une lisibilité et une force politique.

Nous devons rétablir des mécanismes réguliers de concertation, renforcer la coordination entre les partis membres, clarifier nos responsabilités, renouveler nos méthodes de travail et définir une feuille de route commune.

Le FCC ne peut demeurer prisonnier de l’incertitude. Il doit sortir du discrédit qui l’affaiblit, dissiper les ambiguïtés qui entretiennent les divisions et démontrer qu’il est capable de se réformer pour répondre aux attentes du peuple congolais.

La fidélité à une histoire politique ne dispense jamais de l’obligation de se renouveler. Notre expérience passée doit être une ressource, et non une excuse pour l’immobilisme.

Réorganiser et réformer le FCC pour redevenir une force d’alternative

Notre restructuration ne doit pas se limiter à un changement de responsables ou à une redistribution des fonctions. Elle doit être une véritable réforme politique, organisationnelle et doctrinale.

Je préconise, à cet effet, une démarche rapide autour de cinq priorités :

Premièrement : rétablir la concertation politique permanente. Les chefs des partis membres doivent pouvoir se retrouver régulièrement, analyser les événements, arrêter des positions communes et prévenir les initiatives contradictoires.

Deuxièmement : renforcer les structures du FCC. Il nous faut des organes fonctionnels, des responsabilités clairement définies, des mécanismes de coordination efficaces et une présence politique organisée sur l’ensemble du territoire national.

Troisièmement : adopter une feuille de route démocratique commune. Celle-ci devra préciser nos positions sur la Constitution, le processus électoral, la guerre à l’Est, les libertés publiques, les détenus politiques lorsque leur détention est établie, la gouvernance économique et la restauration de l’État de droit.

Quatrièmement : mettre en place une vigilance citoyenne et institutionnelle rigoureuse. Face aux allégations de détournement, de pillage des ressources publiques, de mauvaise gestion et d’irrégularités dans la conduite des affaires de l’État, nous devons exiger des enquêtes indépendantes, des contrôles effectifs et des comptes rendus publics. La dénonciation politique ne remplace pas la preuve ; elle doit conduire à la manifestation de la vérité et à l’établissement des responsabilités.

Cinquièmement : reconstruire notre crédibilité auprès du peuple. Le FCC doit écouter les citoyens, notamment les jeunes, les femmes, les travailleurs, les entrepreneurs, les agriculteurs et les populations meurtries par la guerre. Il doit présenter des propositions concrètes, mesurables et applicables, plutôt que se limiter à la critique du pouvoir en place.

La réorganisation du FCC doit donc être l’occasion de réaffirmer son identité, de renouveler ses méthodes et de démontrer qu’il peut contribuer à une alternance démocratique responsable.

À la déconfiture de l’État, opposons un projet de renaissance nationale

La crise que nous traversons dépasse les rivalités entre formations politiques. Elle touche à la capacité même de l’État à assurer ses missions fondamentales : protéger les citoyens, garantir la justice, défendre le territoire, administrer les ressources publiques et créer les conditions du bien-être collectif.

Face à la fragilité des institutions, à la guerre, aux soupçons de mauvaise gouvernance, à la fracture sociale et aux tensions politiques, nous ne pouvons nous contenter d’un discours de remplacement des personnes. Il nous faut porter un projet de transformation de l’État.

C’est précisément le sens du combat que mène le Parti des Vertus Républicaines : la renaissance et la refondation nationales.

Pour nous, la renaissance n’est pas un slogan destiné à endormir le peuple. Elle est une exigence de vérité, de responsabilité, de dignité et de justice. La refondation n’est pas une formule de circonstance. Elle suppose des réformes réelles, des institutions solides, une administration compétente, une justice indépendante et une gestion transparente du bien commun.

Nous voulons contribuer à l’avènement d’une Nation souveraine et durable, portée par un État stratège, juste, travailleur et pourvoyeur de bien-être collectif.

Un État qui protège sans persécuter.

Un État qui sanctionne sur la base de la loi et des preuves, et non selon les appartenances politiques.

Un État qui gère les ressources nationales dans l’intérêt général.

Un État qui investit dans la sécurité, l’éducation, la santé, les infrastructures et la production.

Un État qui garantit à chaque Congolais sa dignité et sa place dans la communauté nationale.

Un État qui ne repose pas sur la force d’un homme, mais sur la solidité de ses institutions.

Telle est la perspective que nous devons défendre, avec patriotisme et abnégation, pour restaurer le vivre-ensemble, la cohésion nationale et la confiance dans la République.

La reconquête du pouvoir doit passer par les voies démocratiques et légales

Nous avons été, à notre manière, des acteurs et des témoins des combats qui ont jalonné l’histoire de l’alternance politique dans notre pays. Nous savons que la démocratie est une conquête difficile, mais nous savons également qu’elle ne peut être durable si ses règles sont constamment fragilisées.

Le FCC doit aujourd’hui assumer pleinement sa responsabilité dans la défense de l’alternance. Il ne s’agit pas de reconquérir le pouvoir pour reproduire les erreurs du passé, ni de remplacer une domination par une autre.

Il s’agit de convaincre le peuple congolais qu’une autre gouvernance est possible, que les institutions peuvent être restaurées, que la justice peut être indépendante, que les ressources du pays peuvent bénéficier à tous et que le pouvoir peut être exercé dans le respect des libertés.

Notre ambition doit être démocratique dans ses moyens, républicaine dans ses principes et nationale dans ses objectifs.

Nous devons mobiliser les citoyens par la parole, la pédagogie, l’organisation, la proposition et l’action pacifique. Nous devons combattre les abus sans reproduire les méthodes que nous dénonçons. Nous devons défendre nos convictions sans céder à la haine, à la violence ou aux provocations.

La véritable force d’une opposition ne se mesure pas uniquement à sa capacité de dénoncer. Elle se mesure aussi à sa capacité de rassembler, de proposer, de protéger les libertés et de préparer une gouvernance crédible.

Conclusion : l’histoire nous jugera sur notre courage et notre capacité à agir

Chefs des partis membres du FCC, compagnons de lutte, responsables politiques attachés à la démocratie et à la souveraineté nationale, nous sommes à un moment où l’attentisme peut coûter cher à notre pays.

Le silence face aux menaces, l’isolement face aux pressions et la dispersion face aux enjeux constitutionnels ne sauraient constituer une réponse durable. Nous devons retrouver le sens de notre responsabilité historique et nous donner les moyens d’agir ensemble.

Face aux tentatives avérées de contournement de la Constitution, opposons la fermeté du droit.

Face aux détournements et au pillage présumé des ressources publiques, opposons la vigilance, l’enquête et l’exigence de reddition des comptes.

Face à la caporalisation éventuelle des institutions, opposons la défense de leur indépendance.

Face à la marginalisation de l’opposition, opposons une mobilisation citoyenne pacifique et organisée.

Face à la peur, opposons le courage civique.

Face à la division, opposons l’unité dans la diversité.

Face à l’improvisation et à l’affaiblissement de l’État, opposons un projet sérieux de renaissance et de refondation nationales.

Je demande donc que les responsables des partis membres du FCC prennent, sans délai, l’initiative d’une concertation politique destinée à évaluer la situation, à définir une stratégie commune et à engager la restructuration de notre plateforme. Cette démarche doit être ouverte, responsable et tournée vers l’avenir, avec une feuille de route claire et des engagements vérifiables.

Nous n’avons pas le droit de décevoir davantage un peuple qui aspire à la paix, à la justice, à la sécurité et au bien-être. Nous n’avons pas le droit de laisser les rivalités politiques compromettre davantage la cohésion nationale. Nous n’avons pas le droit de renoncer à l’alternance démocratique ni à l’idéal d’une République au service de tous.

Le FCC doit se réorganiser pour retrouver sa crédibilité, se rassembler pour retrouver sa force et se réformer pour redevenir une véritable alternative démocratique.

Le Congo n’appartient à aucun clan. La République n’est la propriété de personne. Le pouvoir est un mandat confié par le peuple et soumis à la Constitution.

Notre combat est celui de la reconquête démocratique du pouvoir, mais surtout celui de la reconquête de l’État, de la dignité nationale et du bien commun.

L’heure du courage a sonné. L’heure de l’unité a sonné. L’heure de la refondation nationale ne peut plus être différée.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC

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