Moussa Kalema réagit apres les propos incendiaires de Fils Mukolo : “Quand les armes menacent le droit, seul le dialogue peut sauver la République”

Alors que des propos attribués à Fils Mukoko, cadre de l’UDPS, évoquent la distribution d’armes à Kinshasa et des menaces contre les ressortissants occidentaux, le Parti des Vertus Républicaines (PVR) alerte sur le risque d’escalade. Dans cette tribune, son président national, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, appelle le chef de l’État à engager sans délai un dialogue inclusif des vérités, de la renaissance et de la refondation nationale, et à garantir l’égalité de tous devant la loi.

1. Une procédure judiciaire ne constitue pas une déclaration de guerre

La perquisition menée en Belgique dans le cadre d’une procédure judiciaire concernant des proches du président Félix Tshisekedi, selon les informations rapportées, a suscité de vives réactions dans les milieux politiques congolais.

Que cette procédure soulève des interrogations, qu’elle appelle des explications ou qu’elle fasse l’objet de contestations, les voies judiciaires et diplomatiques existent pour faire valoir les droits des personnes concernées et défendre les intérêts de la République démocratique du Congo.

Mais une procédure judiciaire, aussi sensible soit-elle politiquement, ne constitue pas en elle-même une déclaration de guerre contre le Congo.

La présomption d’innocence doit être respectée. La légalité des actes judiciaires doit être appréciée au regard des règles applicables. Et la réponse des autorités doit demeurer à la hauteur de leurs responsabilités institutionnelles.

On ne défend pas la souveraineté nationale en transformant un différend judiciaire en affrontement entre les peuples.

2. Distribuer des armes : une ligne rouge républicaine

Dans une vidéo devenue virale, des propos attribués à Fils Mukoko, présenté comme un cadre de l’UDPS, évoquent la distribution d’armes dans les terrains de football, les églises et les universités. Il y annonce également une possible confrontation généralisée et affirme que les ressortissants occidentaux présents à Kinshasa pourraient éprouver des difficultés à quitter la capitale.

Si ces propos sont authentifiés dans leur intégralité et leur contexte, ils appellent une clarification urgente.

Qui distribuerait ces armes ? Sous quelle autorité ? Dans quel cadre légal ? Avec quelles garanties pour les populations civiles ?

Un terrain de football est un lieu de rassemblement populaire. Une église est un lieu de culte. Une université est un espace de formation, de recherche et de réflexion. Aucun de ces lieux ne doit devenir un espace d’armement de civils au gré des tensions politiques.

La défense nationale relève des institutions légalement habilitées. Elle ne peut être confondue avec l’armement incontrôlé de la population ni avec la mobilisation de groupes dont les responsabilités et le commandement ne seraient pas clairement établis.

Notre pays connaît déjà les conséquences dramatiques de la circulation des armes, des violences organisées et de la multiplication des groupes armés. Le peuple congolais n’a pas besoin d’une nouvelle fracture intérieure.

Il a besoin de sécurité, de justice et d’un État capable de protéger chaque citoyen.

3. Lumumba ne saurait servir de prétexte à l’escalade

L’évocation de Patrice Emery Lumumba et de son combat contre la domination coloniale ne saurait exonérer quiconque de ses responsabilités républicaines.

La souveraineté nationale est un principe fondamental. Mais elle ne se mesure ni au volume des menaces ni au nombre d’armes que l’on promet de distribuer. Elle se mesure à la capacité d’un État à défendre ses intérêts, à faire respecter ses lois et à garantir la sécurité de sa population.

Le combat de Lumumba pour l’indépendance ne peut être invoqué pour justifier des menaces collectives contre des ressortissants étrangers présents sur notre territoire.

Les ressortissants occidentaux vivant à Kinshasa, comme tous les étrangers régulièrement présents en RDC, doivent bénéficier de la protection de la loi. Toute infraction éventuelle doit être traitée par les autorités compétentes, sans intimidation collective ni amalgame entre les gouvernements étrangers et leurs ressortissants.

Le Congo peut défendre fermement ses intérêts face à la Belgique ou à toute autre puissance sans renoncer aux principes qui fondent sa propre République.

La souveraineté ne signifie pas l’impunité. Le patriotisme ne signifie pas la violence. Et la défense de la nation ne saurait devenir le prétexte à l’intimidation de populations civiles.

4. Monsieur le Procureur général, le silence judiciaire serait-il de mise ?

Face à la gravité des propos publiquement attribués à Fils Mukoko, une question institutionnelle mérite d’être posée : le ministère public ne devrait-il pas, si la vidéo est authentifiée et si les faits sont susceptibles de constituer une infraction, procéder aux vérifications nécessaires et, le cas échéant, convoquer l’intéressé pour l’entendre ?

L’évocation publique de la distribution d’armes dans les stades, les églises et les universités, ainsi que les menaces rapportées contre les ressortissants occidentaux à Kinshasa, ne saurait être banalisée en raison de l’appartenance politique de leur auteur.

Il ne s’agit ni de préjuger de sa culpabilité ni de réclamer une justice d’exception. Il s’agit de rappeler un principe fondamental : nul n’est au-dessus de la loi, et nul ne doit être soustrait à son application en raison de ses liens avec le pouvoir.

Le ministère public doit apprécier les faits avec impartialité, dans le respect de ses compétences et des garanties légales. Si les éléments le justifient, une enquête devrait permettre d’établir la teneur exacte des déclarations, leur contexte et leurs éventuelles conséquences pénales.

Les parquets territorialement et matériellement compétents peuvent être appelés à examiner les faits. Le procureur général près la Cour de cassation peut également agir dans le cadre des attributions que lui confère la loi. La détermination de la juridiction compétente et des suites à donner doit relever du droit, non des pressions politiques.

Il faut donc poser publiquement cette question : la justice sera-t-elle aussi diligente lorsqu’il s’agit de déclarations attribuées à un acteur de la majorité que lorsqu’elle poursuit des personnes issues de l’opposition ?

Cette interrogation ne préjuge ni des intentions du parquet ni de la culpabilité de l’intéressé. Elle exprime une exigence légitime d’égalité devant la loi.

Une justice crédible ne choisit pas ses justiciables selon leur proximité avec le pouvoir. Elle examine les faits, rassemble les preuves et applique la loi sans favoritisme ni acharnement.

L’État de droit ne peut être une règle pour les opposants et une exception pour les partisans du pouvoir.

5. Monsieur le Président, la responsabilité du pouvoir est engagée

Monsieur Félix Tshisekedi, la question dépasse désormais la seule déclaration d’un acteur politique. Elle concerne la responsabilité des dirigeants, la sécurité publique et la crédibilité de nos institutions.

L’UDPS, comme tout parti politique, a le droit de défendre ses positions, de dénoncer ce qu’il considère comme une injustice et d’organiser des manifestations pacifiques. Mais aucun engagement partisan ne peut placer un individu au-dessus de la loi ni transformer la fidélité politique en autorisation de menacer la population.

Si les déclarations rapportées sont confirmées, les autorités compétentes doivent les examiner avec impartialité et déterminer les suites légalement appropriées.

Nous ne pouvons pas dénoncer les armes lorsqu’elles sont entre les mains de nos adversaires et les banaliser lorsqu’elles sont évoquées par nos partisans. Nous ne pouvons pas réclamer l’État de droit lorsque nous sommes victimes d’une injustice et le récuser lorsqu’une procédure concerne nos proches.

La séparation des pouvoirs exige que l’exécutif respecte l’indépendance de la justice et que les acteurs politiques s’abstiennent de toute pression susceptible d’entraver son travail.

La fonction présidentielle impose une responsabilité particulière : préserver l’unité nationale, garantir la sécurité de tous et veiller à ce que les institutions demeurent au-dessus des intérêts particuliers.

La République ne peut être gouvernée par les passions partisanes, les menaces ou la peur.

6. Le Congo a besoin d’une renaissance, pas d’une escalade

Notre pays traverse une crise sécuritaire profonde, connaît des fractures politiques persistantes et fait face à une défiance envers ses institutions. Dans ce contexte, les paroles des responsables politiques doivent contribuer à apaiser les tensions, non à ouvrir de nouveaux fronts.

Il faut agir avant que l’irresponsabilité verbale ne se transforme en violences concrètes : faire la lumière sur les déclarations rapportées, vérifier les faits, déterminer les responsabilités éventuelles et garantir la protection des populations civiles.

Il faut également réaffirmer l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs et le respect des procédures diplomatiques.

C’est dans cet esprit que le Parti des Vertus Républicaines (PVR) défend une véritable renaissance et une refondation nationale fondées sur quatre exigences indissociables : la Dignité, la Sécurité, la Prospérité et le Bien-être.

La renaissance nationale ne doit pas être un slogan destiné à endormir le peuple. Elle doit se traduire par des institutions fortes, une gouvernance responsable, une justice indépendante, une sécurité effective et une gestion transparente de la chose publique.

Nous devons regarder le passé avec lucidité, expliquer le présent avec honnêteté, dénoncer les dérives avec courage, dialoguer pour rassembler et bâtir pour transmettre.

La refondation nationale exige précisément que les acteurs politiques renoncent à la logique de confrontation permanente et acceptent de soumettre leurs différends aux institutions et au dialogue.

7. Le dialogue inclusif, ultime exigence de responsabilité nationale

Monsieur Félix Tshisekedi, la RDC ne peut se permettre de voir ses acteurs majeurs s’enfermer dans une confrontation féroce, une radicalisation croissante et une surenchère de déclarations susceptibles d’aggraver les tensions.

Le pays a besoin d’une initiative politique à la hauteur de ses périls. Il faut créer un cadre dans lequel les vérités difficiles pourront être dites, les responsabilités discutées et les solutions nationales construites.

C’est pourquoi nous renouvelons notre appel à un Dialogue inclusif des vérités, de la renaissance et de la refondation nationale.

Ce dialogue doit permettre d’aborder sans tabou les questions de cohésion nationale, de sécurité, de fonctionnement des institutions, d’indépendance de la justice, de respect des libertés fondamentales et de prévention des violences politiques.

Dialoguer ne signifie ni capituler ni effacer les responsabilités. Dialoguer, c’est empêcher que les désaccords politiques deviennent des affrontements destructeurs et que le peuple congolais soit une nouvelle fois contraint de payer le prix des rivalités de ses dirigeants.

La fermeté républicaine exige à la fois la défense de la souveraineté nationale, l’application impartiale de la loi et le refus de toute banalisation de la violence.

Conclusion : La République doit reprendre ses droits

Monsieur le Président de la République, l’heure n’est plus aux démonstrations de force ni aux discours incendiaires. Elle est à la responsabilité, à la retenue et au respect des institutions.

Les faits rapportés doivent être vérifiés. Les éventuelles infractions doivent être appréciées par les autorités judiciaires compétentes. Les personnes mises en cause doivent bénéficier des garanties légales. Et la sécurité de tous doit être assurée, sans distinction d’origine ou d’appartenance politique.

Le Congo n’a pas besoin de milices, de menaces ni d’une escalade qui exposerait davantage ses populations. Il a besoin d’institutions fortes, d’une justice indépendante, d’une diplomatie responsable et d’un dialogue national capable de prévenir les crises avant qu’elles ne deviennent irréversibles.

Car lorsqu’un responsable politique évoque la distribution d’armes pour répondre à un différend judiciaire, ce n’est pas seulement la paix qui est mise à l’épreuve : c’est l’autorité même de la République. Et lorsqu’un État laisse la menace prendre la place du droit, c’est le peuple tout entier qui risque d’en payer le prix.

La République ne doit pas devenir l’otage des passions partisanes. Elle doit redevenir le cadre commun dans lequel la loi protège tous, le pouvoir répond de ses actes et les différends se règlent sans violence.

Le dialogue pour prévenir l’irréparable. Le droit pour protéger la République. La refondation pour rendre au peuple congolais sa dignité, sa sécurité, sa prospérité et son bien-être.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC

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