Dans une tribune, le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC met en garde contre un risque de basculement de la crise politique vers une crise nationale incontrôlable. Rejetant à la fois l’autoritarisme et la logique des armes, Moussa Kalema Sangolo-Zaku appelle le pouvoir comme l’opposition à la retenue et plaide pour un « Pacte congolais » de vérité, de réconciliation, de Renaissance et de Refondation nationale. « Il faut parler avant que les armes ne parlent à notre place », prévient-il.
Ni autoritarisme, ni guerre : l’heure est au dialogue des vérités, à la Renaissance et à la Refondation véritable de la Nation
La République Démocratique du Congo entre dans une zone de très haute tension. Les discours se durcissent, les camps se raidissent, la peur gagne les esprits et les réponses deviennent de plus en plus sécuritaires d’un côté, de plus en plus radicales de l’autre. À ce rythme, le pays risque de basculer d’une crise politique vers une crise nationale incontrôlable. Il est encore temps d’éviter l’irréparable. Mais cela exige du pouvoir comme de l’opposition une chose devenue rare : la responsabilité.
Il faut dire les choses avec gravité.
Le Congo ne peut pas être condamné à choisir entre l’étouffement de la démocratie et la logique des armes.
Il existe encore une voie.
Cette voie s’appelle la République.
QUAND LA POLITIQUE SE FERME, LES EXTRÊMES AVANCENT
Une Nation commence à se mettre en danger lorsque ses citoyens ne croient plus pouvoir être entendus par la parole, protégés par le droit ou départagés par des institutions crédibles.
Chaque fois que l’espace politique se rétrécit, la radicalisation gagne du terrain.
Chaque fois que la justice perd la confiance du citoyen, la tentation de se faire justice soi-même progresse.
Chaque fois qu’un adversaire politique est traité comme un ennemi à éliminer, la République recule.
Mais l’inverse est également vrai.
Chaque fois que les armes remplacent le débat, la politique recule.
Chaque fois qu’un conflit politique se transforme en confrontation militaire, les populations deviennent les premières victimes.
C’est ce cercle dangereux qu’il faut casser maintenant.
COMPRENDRE LA COLÈRE NE SIGNIFIE PAS JUSTIFIER LES ARMES
Il serait intellectuellement malhonnête de nier les frustrations, les accusations d’injustice, la crise de confiance envers certaines institutions ou le sentiment de fermeture de l’espace politique.
Ces réalités existent dans le débat national et doivent être traitées.
Mais comprendre les causes d’une radicalisation ne signifie pas approuver toutes ses méthodes.
De la même manière, condamner le recours aux armes ne peut pas devenir un prétexte pour refuser de regarder les causes politiques qui ont conduit certains acteurs à considérer que le système ne leur laisse plus de voie institutionnelle.
La responsabilité consiste à tenir ensemble ces deux vérités.
LE POUVOIR DOIT COMPRENDRE QU’UNE CRISE POLITIQUE NE SE RÈGLE PAS PAR LA SEULE FORCE
Le pouvoir a le devoir constitutionnel d’assurer la sécurité de l’État, du territoire et des citoyens.
Mais il commettrait une grave erreur s’il transformait cette obligation en permis de fermeture de l’espace politique.
La sécurité ne doit pas devenir synonyme de silence imposé.
L’ordre ne doit pas devenir synonyme de pensée unique.
La justice ne doit pas devenir l’instrument de la lutte politique.
Et l’opposition légale ne doit pas être assimilée collectivement à une entreprise insurrectionnelle.
Une République forte n’a pas peur de ses opposants.
Elle leur oppose la loi, le débat, les institutions et les résultats.
Pas la peur.
L’OPPOSITION DOIT AUSSI REFUSER LE PIÈGE DE LA GUERRE
À ceux qui contestent le pouvoir, il faut parler avec la même franchise.
L’existence de dérives politiques ou institutionnelles ne transforme pas automatiquement la guerre en solution.
Notre pays sait trop bien ce que coûtent les armes.
Elles détruisent plus rapidement qu’elles ne reconstruisent.
Elles déplacent les populations.
Elles fracturent les communautés.
Elles ouvrent des espaces aux influences étrangères.
Elles laissent derrière elles des générations de blessures.
Une victoire militaire peut remplacer des hommes.
Elle ne garantit pas la reconstruction d’un État.
La véritable refondation commence là où finit la logique de conquête.
LE CONGO A BESOIN D’UN DIALOGUE DES VÉRITÉS
Le temps des dialogues décoratifs est terminé.
Le Congo n’a plus besoin d’une conférence de plus où chacun prononce son discours avant de retourner dans son camp.
Il faut un dialogue où les vérités qui dérangent soient enfin dites.
Le pouvoir doit pouvoir être interrogé sur la gouvernance, les libertés publiques, la justice, les institutions, la sécurité, la cohésion nationale, l’économie et l’utilisation des ressources nationales.
L’opposition doit également répondre sur sa vision du pays, ses méthodes, son rapport aux institutions, à la souveraineté nationale et à l’usage de la force.
Personne ne doit bénéficier d’une immunité morale dans ce dialogue.
Ni le pouvoir.
Ni l’opposition.
Ni les anciens dirigeants.
Ni les dirigeants actuels.
Le Congo a besoin d’un dialogue où chacun accepte d’être confronté à sa part de responsabilité.
Voilà le véritable dialogue des vérités.
NE CONFONDONS PAS REFONDATION ET CHANGEMENT DE CAMP
Le mot « refondation » est désormais dans toutes les bouches.
Mais il doit être protégé contre sa banalisation.
Refonder la République ne signifie pas seulement changer de dirigeants.
Refonder signifie reconstruire ses fondations.
Reconstruire la justice.
Reconstruire l’armée.
Reconstruire l’administration.
Reconstruire la citoyenneté.
Reconstruire la confiance.
Reconstruire la production nationale.
Reconstruire l’éducation.
Reconstruire l’autorité de l’État.
Et surtout reconstruire le lien entre le citoyen et la République.
Remplacer une clientèle politique par une autre n’est pas une refondation.
Changer de camp dominant n’est pas une refondation.
Changer les visages sans changer les institutions n’est pas une refondation.
LA RENAISSANCE NATIONALE DOIT ÊTRE PLUS GRANDE QUE NOS QUERELLES
La République Démocratique du Congo a besoin d’une ambition qui dépasse les personnes.
La Renaissance nationale signifie le réveil de la conscience d’un peuple qui refuse de continuer à subir son propre désordre.
Elle signifie construire un État souverain, juste, travailleur, stratège et durable.
Un État qui protège.
Un État qui prévoit.
Un État qui produit.
Un État qui rend justice.
Un État qui ne confond pas puissance publique et puissance partisane.
Un État dans lequel le pouvoir n’est pas une propriété privée et l’opposition n’est pas un crime.
Voilà le véritable enjeu.
DANS LES PROCHAINS JOURS, CHAQUE PAROLE PEUT DEVENIR UNE ÉTINCELLE
C’est pourquoi j’appelle tous les acteurs à la retenue.
Au pouvoir : retenue dans les paroles, les arrestations et les mesures sécuritaires.
À l’opposition : retenue dans les appels, les mobilisations et les mots susceptibles d’encourager l’affrontement.
Aux médias : retenue dans le traitement sensationnaliste.
Aux militants : retenue dans les discours de haine.
Aux services de sécurité : professionnalisme, légalité et neutralité.
À tous : responsabilité.
La retenue n’est pas la faiblesse des indécis.
Elle est parfois le courage de ceux qui comprennent les conséquences avant les autres.
UN PACTE CONGOLAIS AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD
Le Congo doit maintenant viser plus haut qu’une simple désescalade momentanée.
Il faut un Pacte congolais de vérité, de responsabilité, de réconciliation, de Renaissance et de Refondation nationale.
Un pacte qui réaffirme :
le respect de la Constitution ;
les libertés politiques ;
l’indépendance de la justice ;
l’unité et l’intégrité territoriale ;
la professionnalisation de l’armée ;
la protection de toutes les communautés ;
la lutte contre la corruption ;
la réforme des institutions ;
la reconstruction économique ;
et la restauration de la confiance nationale.
PERSONNE NE GAGNERA SI LE CONGO PERD
C’est cela qu’il faut désormais comprendre.
Le pouvoir peut croire qu’il triomphera en neutralisant ses adversaires.
L’opposition peut croire qu’elle triomphera en faisant tomber le pouvoir.
Mais si, entre-temps, l’État se désagrège, si la société se fracture et si la violence devient le langage normal de la compétition politique, alors personne n’aura gagné.
Nous aurons simplement perdu le Congo.
Il est encore temps de l’éviter.
Il faut sauver la paix sans sauver les injustices.
Il faut défendre la République sans étouffer la démocratie.
Il faut combattre la violence sans criminaliser toute opposition.
Il faut rechercher la vérité sans transformer la justice en vengeance.
Il faut refonder la Nation sans détruire l’État.
Et surtout :
Il faut parler avant que les armes ne parlent à notre place.
Le Congo n’a plus besoin d’une victoire d’un camp.
Il a besoin d’une victoire de la Nation.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC