Alors que l’examen de la reddition des comptes de l’exercice 2025 suscite des interrogations à l’Assemblée nationale, le chiffre de 14 000 % de dépassement budgétaire annoncé à la Présidence de la République interpelle le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), Moussa Kalema Sangolo-Zaku. Dans cette tribune, il réclame la clarification des chiffres, la vérification des dépenses exécutées en procédure d’urgence et l’établissement des responsabilités éventuelles. Pour lui, ces écarts doivent être examinés à la lumière des crédits votés, des autorisations accordées et des règles qui encadrent l’utilisation des deniers publics.
14 000 % DE DÉPASSEMENT À LA PRÉSIDENCE : QUI A AUTORISÉ, QUI A DÉPENSÉ, QUI DOIT RÉPONDRE ?
Tribune de Moussa Kalema
Le chiffre a été avancé devant les députés nationaux : jusqu’à 14 000 % de dépassement budgétaire à la Présidence de la République, selon plusieurs interventions lors de l’examen des comptes de 2025. S’il doit encore être rapproché des lignes budgétaires concernées et des pièces justificatives, il ne saurait être ignoré ni banalisé. Dans une République soumise à la loi, aucun pouvoir ne peut considérer les crédits votés comme une simple formalité. Il faut désormais éclaircir les chiffres, examiner le recours aux procédures d’urgence et déterminer les responsabilités éventuelles. Le silence ne saurait tenir lieu de reddition des comptes.
Tribune Républicaine
REDDITION DES COMPTES 2025 : 14 000 % DE DÉPASSEMENT ANNONCÉ À LA PRÉSIDENCE, QUI DOIT DES COMPTES À LA RÉPUBLIQUE ?
Alors que la République démocratique du Congo fait face à la guerre, aux urgences humanitaires et à la précarité de millions de ses citoyens, les chiffres évoqués à l’Assemblée nationale lors de l’examen de la reddition des comptes de l’exercice 2025 soulèvent une question institutionnelle majeure : comment des dépassements budgétaires annoncés à hauteur de 14 000 % au niveau de la Présidence de la République ont-ils pu être enregistrés ? Qui a autorisé ces dépenses, à quelles fins et sous quel contrôle ? La représentation nationale ne peut se contenter de l’indignation : elle doit obtenir la vérité, et les institutions compétentes doivent établir les responsabilités éventuelles.
Quand les chiffres budgétaires deviennent une question de responsabilité publique
Au cours de la session parlementaire d’octobre 2026, les députés nationaux ont examiné le projet de loi portant reddition des comptes de l’exercice 2025. Les déclarations de plusieurs intervenants, notamment au sein de la commission Écofin, ont fait état de dépassements budgétaires présentés comme exceptionnellement élevés au niveau de la Présidence de la République.
Le chiffre de 14 000 %, évoqué par des députés, a particulièrement retenu l’attention. Il a également été fait état d’un dépassement de 434 % au titre des rémunérations.
Ces chiffres doivent être examinés à partir des lignes budgétaires concernées, des crédits votés, des dépenses effectivement exécutées et des éventuelles autorisations modificatives. Il importe notamment de préciser si les pourcentages annoncés désignent un taux d’exécution ou un dépassement calculé par rapport aux crédits initiaux : ces deux notions ne sont pas équivalentes.
Mais cette nécessaire rigueur ne saurait servir de prétexte pour éluder la question. Au contraire, elle rend indispensable la publication des données détaillées et leur vérification par les organes compétents.
Car un chiffre de cette ampleur, lorsqu’il est avancé à plusieurs reprises devant la représentation nationale, appelle une réponse institutionnelle documentée.
Les données disponibles confirment déjà l’ampleur du problème
Le débat ne repose pas uniquement sur les déclarations prononcées au Parlement.
Dans une publication du 8 avril 2026, le média économique DeskEco, se référant aux états de suivi budgétaire publiés par le ministère du Budget, indiquait que les dépenses de la Présidence de la République pour l’exercice 2025 avaient atteint environ 823,7 millions de dollars, contre des crédits votés équivalant à environ 300,1 millions de dollars. Le dépassement global annoncé était de 174,5 %.
La même publication indiquait que quelque 372 millions de dollars de dépenses présidentielles avaient été exécutés par procédure d’urgence, soit environ 45,18 % du total des dépenses de la Présidence.
Ces données sont consultables dans l’article de DeskEco intitulé « RDC : plus de 45 % des dépenses de la présidence effectuées en mode d’urgence en 2025 », publié le 8 avril 2026.
Ces chiffres, qui portent sur le budget global de la Présidence, ne doivent pas être confondus avec les taux de 14 000 % et de 434 % cités au Parlement, lesquels pourraient concerner des rubriques particulières.
La distinction est essentielle. Mais elle ne diminue en rien la nécessité de comprendre comment les crédits autorisés ont pu être dépassés dans de telles proportions et comment les dépenses concernées ont été contrôlées.
Lorsque les dépenses d’une institution dépassent aussi largement les prévisions budgétaires, la question n’est plus seulement de savoir combien a été dépensé, mais de déterminer sur quelle base légale, suivant quelles procédures et sous quelle responsabilité.
La procédure d’urgence ne peut devenir une voie ordinaire de gestion
L’autre élément préoccupant est la place prise par la procédure d’urgence dans l’exécution des dépenses de la Présidence.
Une procédure dérogatoire peut être nécessaire dans certaines circonstances, notamment pour répondre à des impératifs de sécurité ou à des déplacements urgents des chefs d’institutions. Mais son caractère exceptionnel implique précisément qu’elle soit encadrée, justifiée, traçable et soumise aux contrôles prévus par les textes.
En février 2025, la Première ministre avait rappelé, dans une correspondance adressée aux membres du Gouvernement, que seules les dépenses relatives aux opérations sécuritaires et aux déplacements urgents des chefs d’institutions étaient éligibles à cette procédure, conformément aux règles révisées du circuit de la dépense publique.
Dès lors, une interrogation s’impose : comment expliquer que près de la moitié des dépenses présidentielles de 2025 aient été exécutées par cette voie, selon les chiffres publiés par DeskEco ?
Quelles dépenses précises ont été concernées ? Quels motifs d’urgence ont été invoqués ? Les autorisations requises ont-elles été obtenues ? Les pièces justificatives étaient-elles disponibles ? Les régularisations exigées ont-elles été effectuées dans les délais applicables ? Les organes de contrôle ont-ils vérifié la conformité de ces opérations ?
Il ne s’agit pas de prétendre que toute dépense exécutée en urgence est irrégulière. Il s’agit de rappeler que l’urgence ne saurait dispenser du respect de la loi.
Une procédure exceptionnelle ne doit jamais devenir un mécanisme de contournement de la discipline budgétaire, encore moins un espace où la traçabilité des deniers publics se perd.
La Cour des comptes et le Parlement doivent aller jusqu’au bout
Le 21 octobre 2026, la Cour des comptes a adopté son rapport général sur l’exécution du budget du pouvoir central pour l’exercice 2025, après un débat contradictoire avec le Gouvernement tenu le 19 octobre.
Cette étape, annoncée par la Cour des comptes, devait permettre à l’Assemblée nationale de disposer d’éléments d’appréciation et de recommandations pour l’examen de la reddition des comptes.
Il appartient désormais aux institutions concernées de faire toute la lumière sur les observations relatives à l’exécution du budget de la Présidence.
Nous demandons notamment que les données relatives aux crédits initiaux, aux crédits éventuellement modifiés, aux engagements, aux ordonnancements et aux paiements effectifs soient rendues accessibles dans un format permettant leur vérification.
Nous demandons également que les députés nationaux examinent sérieusement la possibilité d’une commission d’enquête, dans le respect des règles parlementaires, afin de déterminer les causes des dépassements annoncés, les procédures suivies et les responsabilités éventuelles.
La Cour des comptes doit exercer pleinement ses compétences. L’Inspection générale des finances doit intervenir dans les limites de ses attributions. Et si les vérifications font apparaître des faits susceptibles de constituer des infractions, les autorités judiciaires compétentes doivent en être saisies.
La reddition des comptes ne saurait être une formalité destinée à refermer le dossier après quelques débats. Elle doit permettre de confronter les autorisations aux dépenses réalisées, de comprendre les écarts et de tirer les conséquences prévues par la loi.
Le Parlement ne vote pas les crédits pour que l’Exécutif en dispose à sa convenance. Il les autorise dans un cadre légal dont le respect doit pouvoir être vérifié.
La Présidence doit répondre à la hauteur des exigences de sa fonction
La Présidence de la République occupe une place centrale dans les institutions nationales. Cette position commande une exigence particulière d’exemplarité, de transparence et de rigueur.
Il ne s’agit ni de présumer une culpabilité ni de mettre en cause indistinctement tous les agents de cette institution. Il s’agit d’exiger que les dépenses publiques engagées en son nom soient justifiées et conformes aux règles applicables.
Si les dépassements annoncés sont confirmés, les autorités compétentes devront en expliquer les causes. Si des autorisations ont été régulièrement accordées, les documents correspondants devront permettre de le vérifier. Si des irrégularités sont établies, les responsabilités devront être déterminées et les suites prévues par la loi devront être données.
Le Président de la République devrait être le premier à encourager cette démarche de transparence. La crédibilité de la fonction présidentielle ne se renforce pas par l’évitement des questions légitimes, mais par la capacité à démontrer que l’argent public est géré dans le respect de la loi.
Dans un pays éprouvé par la guerre et les difficultés sociales, la rigueur budgétaire n’est pas une exigence secondaire. Elle participe directement à la confiance des citoyens dans l’État.
L’argent de la République appartient au peuple
Derrière les milliards de francs congolais et les millions de dollars évoqués dans les documents budgétaires, il y a les besoins concrets de la population : la sécurité, les routes, les hôpitaux, les écoles, l’eau potable, l’emploi et l’assistance aux familles déplacées.
Chaque dépense publique doit pouvoir être rattachée à une finalité d’intérêt général et justifiée selon les règles applicables. Chaque responsable doit pouvoir rendre compte des actes relevant de sa compétence.
Le budget de l’État n’est ni la propriété d’un individu ni celle d’une famille, d’un parti politique ou d’un cercle de privilégiés. Il est un instrument de solidarité nationale, financé par les ressources de la République et destiné à répondre aux besoins de tous les Congolais.
C’est pourquoi les écarts budgétaires ne peuvent être banalisés, quelle que soit l’institution concernée. Ils doivent être expliqués, contrôlés et, lorsqu’il y a lieu, sanctionnés conformément à la loi.
La transparence ne constitue pas une faveur accordée au peuple par ses dirigeants. Elle est une exigence de bonne gouvernance et une condition de la confiance publique.
Nos exigences sont claires
Au regard des éléments disponibles, le Parti des Vertus Républicaines demande :
- La clarification officielle du chiffre de 14 000 %, cité par plusieurs intervenants lors de l’examen parlementaire, avec identification de la ligne budgétaire concernée, de la base de calcul et des montants correspondants.
- La publication des justifications des dépassements budgétaires de la Présidence, notamment les crédits votés, les éventuelles autorisations modificatives et les dépenses effectivement exécutées.
- Un examen approfondi des dépenses réalisées par procédure d’urgence, afin d’en vérifier les motifs, la conformité aux règles applicables, la traçabilité et les éventuelles régularisations.
- Un contrôle parlementaire effectif, comprenant, si les conditions légales sont réunies, une commission d’enquête dotée des moyens nécessaires pour établir les faits.
- La détermination des responsabilités éventuelles, administratives, financières ou judiciaires, et l’application des mesures prévues par la loi lorsque des manquements sont établis.
- La publication des conclusions et des suites données aux observations des organes de contrôle, afin que la reddition des comptes produise des effets concrets et ne demeure pas un exercice sans lendemain.
Ces demandes ne préjugent pas des conclusions des investigations. Elles visent à garantir que les faits soient établis et que nul ne puisse se soustraire aux règles communes en raison de sa fonction ou de sa proximité avec le pouvoir.
La renaissance nationale commence par la vérité
Pour le Parti des Vertus Républicaines, la renaissance nationale est une exigence de vérité, de responsabilité, de dignité et de justice.
Elle commence lorsque les gouvernants acceptent de rendre compte de leur gestion, lorsque les institutions de contrôle exercent leurs missions sans entrave et lorsque la loi s’applique à tous sans distinction.
La discipline budgétaire n’est pas une contrainte imposée au pouvoir par ses adversaires. Elle est une obligation inhérente à l’exercice même du pouvoir républicain.
Nous ne demandons ni condamnation sans preuve ni procès politique. Nous exigeons que les questions soulevées devant la représentation nationale reçoivent des réponses documentées, que les vérifications nécessaires soient conduites et que les responsabilités soient établies.
Car il serait incompréhensible que les députés puissent dénoncer des dépassements aussi considérables sans que leurs déclarations donnent lieu à des vérifications approfondies. Il serait tout aussi préoccupant que des chiffres de cette ampleur soient publiquement évoqués, puis abandonnés sans explication.
La loi budgétaire ne peut être obligatoire pour le citoyen et facultative pour les dirigeants. La procédure d’urgence ne peut devenir une zone d’ombre. Et la reddition des comptes ne peut se transformer en simple exercice de régularisation politique.
La République appartient au peuple. Ceux qui la dirigent n’en sont que les dépositaires temporaires. Ils ont le devoir de protéger ses ressources, de justifier leur utilisation et de répondre de leurs actes devant les institutions compétentes.
C’est à cette condition que la confiance publique pourra être restaurée et que la refondation nationale cessera d’être une promesse pour devenir une pratique.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC