ET SI L’INNOVATION DE L’OR MONÉTAIRE PROPOSÉE PAR LE PROFESSEUR PATRICK ONOYA TAMBWE ÉTAIT UNE SOLUTION EFFICACE POUR CONSOLIDER L’APPRÉCIATION DU FRANC CONGOLAIS, MAIS NÉGLIGÉE PAR LA BCC ?

Une piste d’innovation financière pour renforcer la souveraineté monétaire et stimuler le financement de l’économie congolaise.

La République démocratique du Congo dispose d’un potentiel aurifère considérable, mais la valorisation de cette richesse demeure un enjeu majeur pour sa souveraineté monétaire et son développement économique. Dans un contexte marqué par la dollarisation de l’économie, la recherche de la stabilité du franc congolais et les difficultés de financement du secteur productif, une proposition du professeur Patrick Onoya Tambwe mérite une attention particulière : la création d’un dépôt à terme en francs congolais à étalon or, adossé aux réserves d’or de la Banque Centrale du Congo (BCC).

Présentée dans l’article scientifique « Vers le développement d’un produit financier innovant résultant de l’accumulation d’un stock d’or par la Banque Centrale du Congo », publié en mai 2026, cette innovation consiste à utiliser l’or non seulement comme instrument de diversification des réserves de change, mais également comme levier de développement de nouveaux produits d’épargne.

L’or au service du franc congolais

Le principe est de proposer aux épargnants un placement à terme libellé en francs congolais, dont la rémunération serait liée à l’évolution du cours de l’or selon des modalités contractuelles clairement définies. Grâce à l’intermédiation des banques commerciales et à une infrastructure numérique sécurisée, ce produit pourrait rendre l’épargne en monnaie nationale plus attractive et encourager les agents économiques à réduire leur dépendance aux placements en devises étrangères.

Cette approche répond à un problème structurel du système bancaire congolais. Selon les données du rapport annuel 2022 de la BCC reprises dans l’étude, les dépôts bancaires sont passés de 431,7 milliards de francs congolais en 2007 à près de 22 994,74 milliards en 2022. Pourtant, les dépôts à vue représentaient en moyenne 81,27 % de l’encours total sur la période étudiée, contre seulement 18,73 % pour les dépôts à terme.

Le développement d’un produit d’épargne à étalon or pourrait contribuer à corriger ce déséquilibre en favorisant la mobilisation de ressources plus stables pour les banques. Celles-ci pourraient alors disposer de meilleures conditions pour financer les entreprises et les activités productives, sous réserve de la solvabilité des emprunteurs et d’une gestion rigoureuse des risques.

Une opportunité pour consolider l’appréciation du franc congolais

L’intérêt de cette innovation réside également dans son potentiel à soutenir la confiance dans la monnaie nationale. En associant l’épargne en francs congolais à un actif reconnu internationalement, la BCC pourrait contribuer à renforcer l’attractivité des placements en monnaie locale et à encourager progressivement la dédollarisation financière.

Toutefois, l’accumulation d’or ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’appréciation durable d’une monnaie. L’évolution du franc congolais dépend également de la politique monétaire, de la discipline budgétaire, de l’inflation, des recettes d’exportation, des besoins d’importation et de la confiance des agents économiques.

L’expérience du Ghana, évoquée dans l’article scientifique, rappelle que l’appréciation d’une monnaie résulte généralement de plusieurs facteurs convergents, parmi lesquels peuvent figurer l’accumulation d’or, l’amélioration des recettes extérieures et la cohérence des politiques économiques.

La BCC devrait-elle examiner cette proposition ?

La question de savoir si cette innovation a été négligée par la BCC mérite d’être posée, mais elle nécessite des éléments vérifiables. L’article scientifique fait état d’une initiative de la Banque centrale visant à acheter de l’or artisanal pour renforcer ses réserves. Il ne démontre cependant pas que le mécanisme de dépôt à terme à étalon or a été officiellement soumis, rejeté ou ignoré par l’institution.

Il serait donc pertinent que la BCC examine cette proposition dans le cadre d’une étude de faisabilité approfondie portant sur sa rentabilité, ses effets sur la liquidité bancaire, la création monétaire, la stabilité financière et la protection des épargnants. La certification des réserves d’or, la transparence des contrats, la sécurité de la plateforme numérique et l’encadrement réglementaire devraient constituer des conditions préalables à toute expérimentation.

Une innovation à évaluer, pas une solution miracle

La proposition du professeur Patrick Onoya Tambwe ouvre une réflexion stratégique sur la manière dont la RDC pourrait mieux valoriser ses ressources aurifères pour développer des instruments financiers adaptés à ses réalités. Son intérêt ne réside pas dans la promesse d’une appréciation automatique du franc congolais, mais dans la possibilité de rapprocher la gestion des réserves d’or, la mobilisation de l’épargne nationale et le financement de l’économie.

La véritable question est donc de savoir si la BCC peut transformer une partie du potentiel aurifère congolais en un levier supplémentaire de souveraineté monétaire et de financement productif. Une évaluation rigoureuse permettrait de déterminer si cette innovation peut produire des résultats mesurables, à quelles conditions et à quel coût.

La RDC ne manque pas de ressources naturelles. Le défi consiste à les transformer en instruments financiers capables de soutenir durablement la stabilité monétaire et le développement économique.

Source : Patrick Tambwe Onoya et Moïse Mabaya Shamba, « Vers le développement d’un produit financier innovant résultant de l’accumulation d’un stock d’or par la Banque Centrale du Congo », Revue Internationale de la Recherche Scientifique, vol. 4, no 3, mai 2026. DOI : https://doi.org/10.5281/zenodo.20309977.

Les plus lus

Ebola en RDC : à Kisangani, les acteurs de la riposte appelés à tirer les leçons...

Les acteurs engagés dans la lutte contre la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo ont ouvert, ce jeudi...

Dialogue national en RDC : la paix à quel prix ? (Tribune de José-Junior OWAWA)

Entre les lignes rouges de Félix Tshisekedi, la condamnation judiciaire de Joseph Kabila, les exigences de l’opposition et la poursuite des combats dans l’Est,...

Reddition des comptes 2025 : Moussa Kalema réclame des explications sur les 14 000 % de...

Alors que l’examen de la reddition des comptes de l’exercice 2025 suscite des interrogations à l’Assemblée nationale, le chiffre de 14 000 % de...

ALIAS JOSEPH KABILA SUR LES TRACES DE CHRISTOPHE GBENYE : QUAND L’HISTOIRE REVIENT RATTRAPER LES AVENTURIERS...

« On ne peut pas faire de la politique si on ne maîtrise pas l’histoire, surtout l’histoire de son propre pays. »Cette conviction de...

Moussa Kalema répond à Félix Tshisekedi : « La Constitution n’a pas à être aimée, elle...

Après la déclaration du Chef de l'État devant sa famille politique (« Cette Constitution, je ne l'aime pas »), Moussa Kalema Sangolo-Zalu, président national...

RDC : Exodus Lukombo met la C64 au pied du mur : « Le peuple est...

La réaction n’a pas tardé. Après la déclaration des cinq leaders de la C64, ce mardi 27 octobre, à l’issue de leur conclave de...

RDC : l’INSP maintient la pression contre Ebola, le choléra et la rougeole

L’Institut national de santé publique (INSP) renforce la coordination de la riposte contre les principales épidémies qui frappent la République démocratique du Congo. Lors de sa réunion stratégique consacrée à la semaine épidémiologique 42, les autorités sanitaires ont relevé une baisse des cas de choléra et de rougeole, tout en appelant à intensifier les interventions contre Ebola dans les zones les plus touchées. À Kinshasa, la détection de trois cas de choléra dans la zone de santé de Kingabwa suscite une vigilance particulière.

Sur le même thème

Économie : la RDC conserve son éligibilité à l’AGOA jusqu’en 2028

La République démocratique du Congo conserve son éligibilité à l’AGOA jusqu’en décembre 2028, permettant aux exportateurs congolais répondant aux conditions requises de continuer à accéder au marché américain avec un régime préférentiel. La décision, communiquée le 24 septembre au ministre du Commerce extérieur Julien Paluku Kahongya, ouvre une nouvelle période pour développer les exportations congolaises, à condition de renforcer la qualité, la certification et la conformité des produits destinés aux États-Unis.

Franc congolais : légère dépréciation face au dollar sur le marché officiel

Le franc congolais s’est légèrement déprécié de 0,12 % face au dollar sur le marché officiel au 21 septembre 2026. Le billet vert s’échangeait à 2 266,65 FC, contre 2 264 FC une semaine auparavant, tout en affichant un recul par rapport au niveau enregistré un mois plus tôt.

Avant-projet de loi de finances 2027 : Adolphe Muzito ouvre le bal des arbitrages avec les ministères

Le Vice-Premier ministre du Budget, Adolphe Muzito, a entamé le mercredi 2 septembre 2026 à Kinshasa les consultations avec les ministères et services publics sur les crédits de l’avant-projet de loi de finances 2027. Plusieurs secteurs, dont les Affaires sociales, l’Éducation nationale, l’Intégration régionale, l’Enseignement supérieur et les Transports, ont défendu des augmentations de leurs enveloppes pour répondre à leurs priorités et aux différents défis du pays. Les arbitrages se poursuivront jusqu’au 4 septembre.

Budget 2027 : les travaux préparatoires franchissent la barre des 90 % à Bibwa

La préparation du projet de loi de finances 2027 entre dans sa phase finale. À Bibwa, où une centaine d’experts sont réunis en session...

Budget 2027 : la RDC vise la barre de 18 milliards USD de recettes

Le Gouvernement congolais lance les conférences budgétaires 2027 avec un objectif de 18 milliards USD de recettes publiques. Adolphe Muzito mise sur une meilleure mobilisation des recettes, la traçabilité des revenus miniers et l'élargissement de l'assiette fiscale.