Un collectif d’organisations de la société civile congolaise a adressé une requête au Président de la République, Félix Tshisekedi, pour demander la révocation immédiate de Ève Bazaiba, Ministre d’État, Ministre des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale. Cette démarche fait suite à l’arrestation de José Rashidi, défenseure des droits humains, actuellement détenue à la prison centrale de Makala.
Les organisations signataires, s’appuyant sur les articles 27, 23 et 60 de la Constitution du 18 février 2006, estiment que les faits reprochés à la ministre justifient une action ferme du chef de l’État. Dans leur lettre, elles rappellent également au Président Félix Tshisekedi le pouvoir de nomination et de révocation que lui confère l’article 90 de la Loi fondamentale.
Au-delà de la révocation, le collectif demande l’ouverture de deux enquêtes distinctes. La première, confiée à l’Inspection Générale des Finances (IGF), porterait sur la gestion des fonds publics au sein du ministère dirigé par Ève Bazaiba. La seconde, conduite par le Parquet Général près la Cour de cassation, viserait à faire la lumière sur les allégations de torture, de séquestration et de voies de fait.
Libération de José Rashidi et protection des lanceurs d’alerte
Les organisations réclament également la libération immédiate de José Rashidi. Elles invoquent notamment l’article 25 de la Constitution relatif à la liberté d’expression, ainsi que le principe de gouvernance démocratique et de recevabilité.
Elles demandent par ailleurs que les lanceurs d’alerte bénéficient d’une protection effective dans l’exercice de leurs activités.
L’arrestation de José Rashidi, présentée comme une figure engagée dans la défense des droits humains, constitue l’élément déclencheur de cette démarche. Selon les informations avancées par les organisations, elle aurait été interpellée à la suite d’une invitation émanant du cabinet de la ministre Ève Bazaiba.
Ève Bazaiba au centre de plusieurs dossiers humanitaires
Cette requête intervient alors que Ève Bazaiba est régulièrement sollicitée sur plusieurs dossiers liés à la situation humanitaire en RDC.
Ces derniers mois, la ministre a notamment mené des actions en faveur des déplacés internes et des victimes des conflits armés dans l’Est du pays. Elle a également appelé à plusieurs reprises à la transparence dans la gestion des fonds miniers destinés aux communautés locales.
Son ministère intervient dans un contexte humanitaire particulièrement difficile, marqué par d’importants besoins parmi les populations affectées par les conflits, les déplacements et les différentes crises sociales.
Les organisations de la société civile contestent néanmoins certains aspects de la gestion de la ministre et dénoncent des pratiques qu’elles considèrent comme contraires à l’éthique et à la loi.
La balle se trouve désormais dans le camp de la Présidence de la République, appelée à examiner les différentes demandes formulées par le collectif. L’évolution de cette affaire pourrait avoir des implications importantes aussi bien sur le plan politique que sur celui de la gouvernance du secteur humanitaire en RDC.
Lionel Kibuluku