Le crash aérien du 25 septembre 2026 à Kenge, dans le Kwango, qui a fait 17 morts, dont deux hauts responsables de la justice militaire, impose une question qui dépasse les seules causes techniques du drame : l’État congolais contrôle-t-il réellement les moyens de transport auxquels il confie la vie de ses citoyens ?
Une autre question demeure : où sont les deux avions remis aux FARDC en juin 2025 pour assurer notamment la mobilité des officiers supérieurs ?
Plus d’un an après leur acquisition, deux hauts responsables militaires trouvent la mort à bord d’un appareil civil. S’ils sont opérationnels, pourquoi n’ont-ils pas été utilisés ? Où sont-ils ? Qui les entretient et qui en assure l’exploitation ?
Ce sont des questions de transparence et de responsabilité dans la gestion des moyens publics.
La RDC doit sortir de la culture qui consiste à attendre la catastrophe pour agir.
Gouverner, c’est prévoir.
Avant d’accorder une licence à une compagnie aérienne, l’État doit s’assurer que ses appareils sont réellement aptes à voler. Cela suppose des inspections sérieuses, documentées et traçables, et non de simples formalités administratives.
Cette exigence renvoie à un problème plus large que les Congolais connaissent bien : le certificat de contrôle technique acheté sans que le véhicule ne passe réellement au contrôle technique.
Si une telle dérive existe dans le secteur routier, le danger est évident. Mais une question encore plus grave doit être posée pour l’aviation :
Peut-on garantir qu’aucun certificat, aucune autorisation de vol ou aucun document de navigabilité ne puisse être délivré sans que le contrôle technique correspondant ait réellement été effectué sur l’appareil ?
Qui inspecte ? Quand ? Que contrôle-t-on ? Quelles anomalies sont constatées ? Quelles réparations sont exigées ? Qui donne finalement l’autorisation de voler ?
Un certificat ne doit jamais remplacer un contrôle réel.
En aviation, la signature sur un document peut engager la vie de dizaines de personnes.
Le cas de TRACEP mérite une attention particulière. La compagnie figure sur la liste européenne des transporteurs faisant l’objet d’une interdiction d’exploitation dans l’Union européenne. Cela ne permet pas, à lui seul, de conclure qu’un appareil précis était dangereux, mais cette situation rend indispensables des vérifications rigoureuses sur la certification, la maintenance et la surveillance.
Après le crash de Kenge, les activités de TRACEP ont été suspendues dans l’attente des conclusions de l’enquête, alors que la compagnie avait déjà été impliquée dans un autre accident mortel à Walikale en juillet 2026.
La question est donc celle de la prévention : pourquoi attendre l’accident pour renforcer le contrôle ?
Kenge disposait autrefois d’une piste d’environ 900 mètres, aujourd’hui progressivement engloutie par l’urbanisation.
Qui a permis cette occupation ? Qui a autorisé les lotissements sur l’emprise de l’aérodrome ? Sur quelle base légale ? Et pourquoi aucune infrastructure de remplacement n’a-t-elle été prévue ?
L’enquête devra déterminer si l’absence de cette piste a eu une incidence sur les possibilités d’atterrissage d’urgence du vol accidenté. Il serait prématuré de l’affirmer, mais il serait irresponsable de ne pas poser la question.
On ne fait pas disparaître une infrastructure stratégique sans prévoir son remplacement.
Le crash de Kenge doit conduire à un audit national de la sécurité aérienne congolaise : compagnies, appareils, maintenance, contrôles techniques, certifications, infrastructures et moyens aériens de l’État.
La question fondamentale est simple :
Nos avions sont-ils réellement maintenus et contrôlés selon les standards requis, ou sommes-nous en train de transformer la faiblesse de nos infrastructures et de nos mécanismes de contrôle en droit de voler ?
Prévenir vaut mieux que suspendre après un crash.
Inspecter vaut mieux que compter les victimes.
Contrôler réellement vaut mieux que délivrer un certificat.
Les 17 morts de Kenge ne doivent pas être un simple bilan.
Ils doivent être le signal d’un changement de méthode : gouverner, c’est prévoir ; contrôler, c’est vérifier ; et vérifier, c’est aller voir.