Menace rwandaise : Peter Kazadi évoque l’imprévision, Moussa Kalema appelle à gouverner par anticipation

Après les déclarations de Peter Kazadi sur l’évolution de la menace rwandaise, le président national du PVR, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, pose la question de la responsabilité dans la conduite de l’État. Il appelle la RDC à rompre avec une gouvernance fondée sur la réaction aux crises pour privilégier l’anticipation, la planification et une vision stratégique de la sécurité et du développement national.

Moussa Kalema estime qu’affirmant que le pouvoir de Félix Tshisekedi n’avait pas prévu que la menace rwandaise atteindrait le niveau actuel, Peter Kazadi a, sans doute involontairement, posé la vraie question de la gouvernance congolaise : à quoi sert l’État s’il n’anticipe pas les risques connus de la Nation ? Pour le PVR, l’heure n’est plus aux explications successives, mais à la responsabilité. La RDC doit sortir de l’État qui subit pour construire un État souverain, juste, stratège, travailleur et durable.

TRIBUNE

GOUVERNER, C’EST PRÉVOIR : L’IMPRÉVISION NE PEUT PAS DEVENIR UNE EXCUSE D’ÉTAT

GOUVERNER, C’EST PRÉVOIR

Quand l’imprévision devient une crise de l’État

Tribune du Parti des Vertus Républicaines – PVR

Il arrive qu’une phrase prononcée dans un débat politique dépasse celui qui la prononce et révèle, presque involontairement, une conception entière du pouvoir.

Lors d’un débat télévisé consacré notamment à la situation sécuritaire dramatique que traverse la République démocratique du Congo, l’ancien Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Peter Kazadi a développé un argument qui mérite d’être examiné avec sérieux : au moment où le Président Félix Tshisekedi élaborait son programme, il ne pouvait, en substance, prévoir que le Rwanda pousserait son action jusqu’au niveau d’occupation territoriale auquel notre pays est aujourd’hui confronté.

Une telle explication pose un problème fondamental.

Car précisément, gouverner, c’est prévoir.

Et lorsque l’imprévision devient l’explication de l’échec, elle cesse d’être une circonstance atténuante pour devenir elle-même une question de gouvernance.

Le débat dépasse donc Peter Kazadi.

Il dépasse même une émission de télévision.

Il touche à une interrogation fondamentale pour l’avenir de la République démocratique du Congo :

quelle conception de l’État avons-nous ?

I. LE CONGO N’APPARTIENT À PERSONNE

Il faut commencer par rappeler une vérité républicaine élémentaire.

La République démocratique du Congo n’appartient ni au Président de la République, ni à sa famille politique, ni à l’Union sacrée, ni au FCC, ni à l’opposition, ni à quelque individu ou groupe que ce soit.

Le Congo appartient à la Nation congolaise.

Ceux qui exercent le pouvoir n’en sont que les dépositaires temporaires.

Un Président passe.

Un Gouvernement passe.

Une majorité parlementaire passe.

Une opposition passe également.

Mais la République demeure.

Cette distinction paraît élémentaire. Elle constitue pourtant l’un des problèmes centraux de notre culture politique : trop souvent, la conquête du pouvoir se transforme progressivement en appropriation de l’État.

L’administration devient celle du pouvoir.

Les institutions deviennent celles du pouvoir.

Les médias publics deviennent ceux du pouvoir.

Et, à force, la contradiction politique elle-même finit par être considérée comme une hostilité envers la République.

C’est une dangereuse confusion.

Critiquer un gouvernement n’est pas combattre l’État.

Demander des comptes aux dirigeants n’est pas combattre la Nation.

L’alternance, la contradiction et la reddition des comptes sont précisément les mécanismes par lesquels une République protège l’État contre l’appropriation du pouvoir.

II. GOUVERNER, CE N’EST PAS SEULEMENT RÉAGIR

L’argument selon lequel certaines évolutions de la crise sécuritaire n’auraient pas été prévisibles soulève une autre question.

Depuis quand la menace régionale autour de la République démocratique du Congo est-elle inconnue ?

Depuis quand les tensions avec certains de nos voisins sont-elles nouvelles ?

Depuis quand les groupes armés sévissent-ils dans l’Est ?

Depuis quand les ressources naturelles du Congo nourrissent-elles les convoitises internationales ?

Depuis quand savons-nous que notre territoire, immense, exige une armée organisée, équipée, renseignée, disciplinée et stratégiquement déployée ?

Depuis quand savons-nous que la faiblesse de l’État dans certaines parties du territoire constitue une invitation permanente aux aventures militaires, économiques et géopolitiques ?

Toutes ces questions précèdent largement le régime actuel.

Voilà précisément pourquoi elles auraient dû faire l’objet d’une doctrine nationale de sécurité dépassant les mandats présidentiels et les alternances politiques.

La mission d’un gouvernement n’est pas simplement de gérer ce qu’il connaît déjà.

La fonction stratégique de l’État consiste précisément à envisager ce qui peut arriver.

Prévoir les ruptures.

Prévoir les agressions.

Prévoir les retournements d’alliances.

Prévoir les crises alimentaires.

Prévoir les chocs économiques.

Prévoir les bouleversements technologiques.

Prévoir les conflits régionaux.

Prévoir même l’imprévisible autant que cela est humainement possible.

C’est cela, l’État stratège.

III. LA DIPLOMATIE N’INTERDIT JAMAIS LA VIGILANCE

À son arrivée au pouvoir, le Président Félix Tshisekedi avait fait le choix d’une politique de rapprochement régional, notamment avec le Rwanda.

En juin 2021, plusieurs accords de coopération furent conclus entre Kinshasa et Kigali.

Il serait intellectuellement malhonnête d’affirmer que rechercher de bonnes relations avec ses voisins constitue en soi une faute.

La paix avec les voisins doit rester un objectif permanent de tout État responsable.

Mais la diplomatie n’abolit jamais la prudence.

Et l’amitié entre dirigeants ne remplace jamais la doctrine nationale de sécurité.

Un État ne doit jamais construire sa sécurité sur la confiance personnelle existant à un moment donné entre deux chefs d’État.

Les personnes passent.

Les intérêts nationaux demeurent.

Un véritable État stratège coopère avec ses voisins tout en préparant simultanément les hypothèses de rupture.

Il commerce tout en protégeant ses intérêts.

Il dialogue tout en renseignant.

Il signe des accords tout en évaluant les rapports de force.

Il recherche la paix tout en préparant sa défense.

Voilà la différence entre diplomatie et naïveté stratégique.

IV. ON NE PEUT PAS GOUVERNER PAR LES EXPLICATIONS SUCCESSIVES

Depuis plusieurs années, notre pays entend beaucoup d’explications.

Hier, certaines difficultés étaient attribuées à la coalition politique.

Ensuite, elles furent imputées aux résistances institutionnelles.

Puis vinrent les conséquences de la pandémie.

Puis les contraintes économiques internationales.

Puis la guerre en Ukraine.

Puis l’agression rwandaise.

Puis les difficultés budgétaires.

Certaines de ces réalités existent incontestablement.

Mais arrive nécessairement un moment où un gouvernement doit être jugé non plus sur les obstacles rencontrés, mais sur sa capacité à les surmonter.

Car aucun gouvernement au monde ne gouverne dans des circonstances parfaites.

Gouverner signifie précisément affronter les circonstances imparfaites.

Un pouvoir ne peut revendiquer les réussites comme étant exclusivement les siennes et attribuer systématiquement ses échecs aux circonstances, aux prédécesseurs, aux partenaires, aux opposants ou aux événements internationaux.

La responsabilité politique comporte un principe simple :

celui qui demande le pouvoir demande en même temps la responsabilité qui l’accompagne.

V. LA QUESTION N’EST PLUS DE SAVOIR QUI A RAISON : ELLE EST DE SAVOIR COMMENT SAUVER L’ÉTAT

La situation du pays est aujourd’hui trop sérieuse pour être enfermée dans une guerre permanente entre camps politiques.

Le PVR refuse cette logique.

Notre République affronte simultanément une crise sécuritaire, une crise institutionnelle, une crise de confiance, une crise économique, une crise sociale et une crise profonde de projection stratégique.

Nous pouvons continuer à nous accuser mutuellement pendant encore vingt ans.

Ou nous pouvons décider d’affronter collectivement les faiblesses structurelles de notre État.

C’est précisément pourquoi le dialogue national inclusif de vérité que nous défendons ne doit pas devenir une conférence supplémentaire destinée à distribuer des postes ou à négocier des arrangements entre élites.

Il doit aller beaucoup plus loin.

Il doit permettre aux Congolais de se dire certaines vérités.

Des vérités sur notre gouvernance.

Des vérités sur notre sécurité.

Des vérités sur nos élections.

Des vérités sur notre diplomatie.

Des vérités sur notre économie.

Des vérités sur la gestion de nos ressources naturelles.

Des vérités sur notre armée.

Des vérités sur notre justice.

Des vérités sur les responsabilités successives des gouvernements qui ont dirigé la République.

Personne ne doit en être exempté.

Ni le pouvoir actuel.

Ni les pouvoirs précédents.

Ni l’opposition.

Ni les élites économiques.

Ni les élites intellectuelles.

Ni les institutions.

Car un dialogue de vérité commence lorsque chacun accepte de regarder sa propre part de responsabilité.

VI. LE DIALOGUE NE PEUT PAS ÊTRE LA PROPRIÉTÉ DU POUVOIR

Mais précisément parce que la crise concerne toute la Nation, son règlement ne saurait être la propriété exclusive d’une seule famille politique.

Un pouvoir qui est lui-même partie prenante aux contradictions nationales ne peut prétendre être simultanément l’unique organisateur, l’unique arbitre et l’unique garant du processus destiné à résoudre ces contradictions.

Le dialogue national doit appartenir au Congo.

Pas à l’Union sacrée.

Pas à l’opposition.

Pas au FCC.

Pas à une personnalité.

À la Nation.

C’est pourquoi il doit être suffisamment inclusif, crédible et équilibré pour permettre à toutes les composantes significatives de la République de parler sans préalable artificiel et sans scénario écrit d’avance.

La vérité ne doit pas être convoquée pour confirmer les conclusions déjà décidées.

VII. NOTRE PROBLÈME FONDAMENTAL : L’ÉTAT QUI SUBIT

Au fond, derrière la polémique née de cette émission télévisée apparaît une réalité que le PVR dénonce depuis longtemps.

Le Congo reste trop souvent un État qui subit.

Il subit les événements.

Il subit les cours internationaux.

Il subit les décisions de ses partenaires.

Il subit les guerres régionales.

Il subit les groupes armés.

Il subit les tensions diplomatiques.

Il subit même parfois l’exploitation de ses propres ressources.

Puis, après avoir subi, il réagit.

La Renaissance nationale exige exactement l’inverse.

Nous devons construire un État qui anticipe.

Un État qui organise.

Un État qui protège.

Un État qui produit.

Un État qui négocie en connaissance de ses intérêts.

Un État capable de transformer ses ressources naturelles en puissance économique.

Un État capable de transformer sa population en capital humain.

Un État capable de transformer son territoire en avantage géopolitique.

Un État capable de transformer son armée en instrument crédible de souveraineté.

VIII. PASSER DE L’ÉTAT DE RÉACTION À L’ÉTAT STRATÈGE

Voilà pourquoi le Parti des Vertus Républicaines inscrit sa réflexion dans une perspective qui dépasse les querelles quotidiennes.

Notre ambition n’est pas seulement de remplacer des dirigeants.

Changer les personnes sans transformer l’État reproduirait demain les mêmes échecs sous d’autres visages.

Nous voulons changer la manière de gouverner.

Changer notre rapport à la responsabilité.

Changer notre rapport au temps.

Changer notre conception de la puissance publique.

Changer le rapport entre le politique et la Nation.

Un pays de la dimension de la République démocratique du Congo doit apprendre à penser en décennies plutôt qu’en mandats.

La défense nationale doit être pensée sur vingt ou trente ans.

Les infrastructures doivent être planifiées sur plusieurs générations.

L’éducation doit préparer les compétences dont le pays aura besoin demain.

L’exploitation des minerais doit être intégrée à une stratégie industrielle.

Notre diplomatie doit devenir une diplomatie d’intérêts nationaux.

L’aménagement du territoire doit anticiper la croissance démographique.

La technologie doit devenir une question de souveraineté.

Voilà ce qu’est gouverner.

IX. LE POUVOIR EST UN DÉPÔT, PAS UNE PROPRIÉTÉ

À ceux qui gouvernent aujourd’hui, comme à ceux qui gouverneront demain, nous devons rappeler une règle éternelle de la République :

le pouvoir est un dépôt confié temporairement par la Nation.

Il ne donne aucun titre de propriété sur le Congo.

Il ne transforme aucun parti en propriétaire des institutions.

Il ne dispense personne de rendre compte.

Et il ne garantit à personne l’éternité politique.

Cette vérité vaut aujourd’hui pour Félix Tshisekedi.

Elle valait hier pour Joseph Kabila.

Elle vaudra demain pour leurs successeurs.

Car notre combat ne doit pas être celui d’un homme contre un autre homme.

Il doit être celui de la République contre toutes les formes d’appropriation de l’État.

CONCLUSION — GOUVERNER, C’EST PRÉVOIR ; REFONDER, C’EST PRÉPARER L’AVENIR

Nous refusons donc de réduire la situation actuelle à une simple polémique télévisée.

La phrase prononcée par Peter Kazadi nous permet de poser une question beaucoup plus grande :

la République démocratique du Congo dispose-t-elle aujourd’hui d’un véritable État stratège ?

Si la réponse est non, alors notre responsabilité collective consiste à le construire.

Le temps des explications permanentes doit laisser place au temps de la responsabilité.

Le temps des improvisations doit laisser place au temps de la planification.

Le temps de l’État-réaction doit laisser place au temps de l’État-stratège.

Le temps de l’appropriation du pouvoir doit laisser place à la République de la loi.

Et le temps des dialogues tactiques doit laisser place à un véritable dialogue national inclusif de vérité, capable de mettre notre pays devant ses responsabilités historiques.

La République démocratique du Congo possède presque tout ce qui permet à une Nation de devenir une grande puissance africaine.

Un immense territoire.

Une population jeune.

Des ressources considérables.

Une position géographique exceptionnelle.

Une histoire.

Une culture.

Une diaspora.

Une capacité humaine remarquable.

Ce qui lui manque encore, c’est l’organisation consciente de sa puissance.

Voilà le sens de la Renaissance nationale.

Passer d’un État qui subit à un État qui prévoit.

D’un État qui réagit à un État qui organise.

D’un État dépendant à un État souverain.

D’un État improvisé à un État stratège.

Notre horizon demeure ainsi celui d’une République démocratique du Congo bâtie autour d’un État souverain, juste, stratège, travailleur et durable.

Car gouverner, c’est prévoir.

Mais refonder une Nation, c’est davantage encore :

c’est préparer l’avenir avant que l’avenir ne nous soit imposé.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC

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