Le discours prononcé à Luanda par le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, relance le débat sur les causes profondes de la crise congolaise. Pour Moussa Kalema Sangolo-Zaku, la RDC doit certes défendre son territoire face aux agressions et aux ingérences extérieures, mais elle doit également s’attaquer à ses propres faiblesses en matière de gouvernance, d’institutions, de justice et de cohésion nationale. Dans cette tribune, le président du PVR estime que le Dialogue national annoncé par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ne pourra véritablement porter la « refondation » de l’État que s’il permet d’aborder sans détour l’ensemble de ces questions.
Tribune
RDC : le discours de Luanda rappelle qu’une crise ne se règle pas en combattant seulement ses symptômes
Le discours prononcé à Luanda par le président Évariste Ndayishimiye, président de la République du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, mérite, selon Moussa Kalema Sangolo-Zaku, une attention particulière en RDC.
L’auteur de la tribune estime qu’il ne s’agit pas de récupérer les propos du dirigeant burundais au profit d’un camp politique, mais de constater que son diagnostic sur les causes des conflits africains rejoint plusieurs préoccupations exprimées aujourd’hui en RDC.
Pour Moussa Kalema, les conflits ne sont pas uniquement liés à la violence armée. Ils peuvent également trouver leurs racines dans la mauvaise gouvernance, la faiblesse des institutions, l’exclusion politique, les injustices, les inégalités sociales et la mauvaise gestion de la chose publique.
Cette réalité, estime-t-il, devrait interpeller directement les autorités congolaises.
La RDC fait face à une grave crise sécuritaire et à des ingérences extérieures. Son intégrité territoriale doit être défendue et toute présence étrangère illégale doit cesser. Mais, selon le président du PVR, la reconnaissance de l’agression extérieure ne doit pas empêcher le pays d’examiner ses propres faiblesses.
Pour lui, ces fragilités internes peuvent elles-mêmes devenir des portes d’entrée aux ingérences extérieures.
La défense de la souveraineté ne devrait donc pas se limiter au renforcement de l’armée. Elle devrait également passer par des institutions crédibles, une justice équitable, une administration efficace, une économie productive et une véritable cohésion nationale.
Un dialogue qui doit aller au fond des choses
Alors que Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, Moussa Kalema estime que le terme « refondation » doit prendre un contenu concret.
Il plaide pour que les discussions abordent aussi bien la sécurité et les agressions extérieures que la gouvernance, la justice, l’État de droit, les institutions électorales, la corruption, le tribalisme, la représentativité, l’administration publique, l’économie, l’emploi, la jeunesse et la gestion des ressources naturelles.
« Un dialogue qui éviterait ces questions ne serait pas un dialogue de refondation. Il deviendrait une opération politique de plus. Or la RDC n’a plus le temps des dialogues de convenance. Elle a besoin d’un dialogue des vérités. »
Pour le président du PVR, l’expérience burundaise évoquée par Évariste Ndayishimiye rappelle également l’importance de la réconciliation, de l’inclusion et de la capacité des différentes forces sociopolitiques à se retrouver autour d’une même table.
L’inclusivité, précise-t-il, ne signifie toutefois ni la capitulation de l’État devant les armes ni la transformation de la conquête militaire en légitimité politique.
Ni déni de l’agression, ni déni des responsabilités internes
Le PVR rejette ainsi deux lectures qu’il juge dangereuses : celle qui réduirait tous les problèmes congolais aux facteurs internes en minimisant les ingérences étrangères, et celle qui attribuerait toutes les crises à l’extérieur afin d’éviter de questionner la gouvernance nationale.
Pour Moussa Kalema, la RDC doit agir sur les deux fronts : défendre ses frontières tout en réformant son État, combattre l’agression tout en luttant contre l’injustice, renforcer l’armée tout en consolidant la justice et restaurer l’autorité territoriale tout en reconstruisant la confiance des citoyens.
« Voilà le véritable patriotisme républicain », soutient-il.
La refondation ne peut être un slogan
Dans sa tribune, Moussa Kalema appelle également à donner un contenu réel au projet de refondation de l’État.
Il cite notamment la restauration de la primauté de la loi, l’indépendance de la justice, la crédibilité des institutions électorales, la reconstruction d’une administration fondée sur le mérite, la professionnalisation de l’armée, la lutte contre le tribalisme et le népotisme, ainsi que la construction d’une économie productive capable de redonner confiance à la jeunesse.
Pour lui, le débat doit finalement porter sur une question essentielle : pourquoi la RDC devrait-elle craindre d’examiner ses propres vérités ?
« Un pouvoir sûr de sa légitimité ne devrait pas craindre la vérité. Un État fort ne devrait pas redouter le dialogue. Une Nation consciente du péril devrait avoir le courage d’affronter ses propres contradictions. »
Le président du PVR estime ainsi que la souveraineté congolaise impose de combattre les agressions extérieures, tandis que la responsabilité républicaine commande de corriger les injustices et les défaillances internes.
Il considère que le discours de Luanda rappelle une réalité plus large : la paix durable ne repose pas seulement sur le silence des armes, mais également sur la disparition des injustices, des exclusions et des faiblesses institutionnelles susceptibles de faire renaître les conflits.
C’est dans cette perspective que Moussa Kalema Sangolo-Zaku souhaite voir se tenir le Dialogue national annoncé par Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, afin qu’il puisse réellement contribuer à la Renaissance et à la Refondation de la République démocratique du Congo.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du PVR
Membre du Bureau politique du FCC