Adolphe Muzito fixe les trois batailles du dialogue national : Constitution, développement et défense

Dans sa 37ᵉ tribune, Adolphe Muzito estime que le Dialogue national annoncé en RDC doit dépasser les simples arrangements politiques pour s’attaquer aux fondations mêmes de l’État. L’ancien Premier ministre propose trois priorités : doter le pays d’une Constitution définitive, accélérer la construction des infrastructures pour transformer les ressources de la RDC en puissance économique et renforcer les capacités de défense afin de protéger la souveraineté et l’intégrité territoriale. Pour Muzito, le futur dialogue doit déboucher sur un véritable pacte national autour de ces trois batailles, avec notamment une feuille de route constitutionnelle, un Plan national de construction 2026-2035 et une réforme profonde du financement et de l’organisation des FARDC.

37ᵉ TRIBUNE D’ADOLPHE MUZITO

« RDC, LE TRIPLE OBJECTIF DU DIALOGUE NATIONAL »

Une ambition politique, économique et sécuritaire pour fonder, construire et défendre la patrie.

Trois défis pour la RDC

Selon Adolphe Muzito, la République démocratique du Congo doit répondre simultanément à trois grandes questions : comment se doter d’une Constitution définitive, comment rattraper le retard infrastructurel accumulé depuis plus d’un siècle et comment préserver l’unité ainsi que l’intégrité territoriale du pays.

Dans sa précédente tribune, l’ancien Premier ministre avait fixé une ambition économique consistant à porter le PIB de la RDC à environ 215 milliards de dollars à l’horizon 2035, avec l’objectif de faire du pays la troisième puissance économique d’Afrique subsaharienne. Cette ambition nécessiterait, selon lui, une hausse des ressources budgétaires propres, estimées à 15,2 milliards de dollars en 2026, pour atteindre environ 40 milliards de dollars en 2035.

Pour Adolphe Muzito, cette perspective économique doit reposer sur un nouveau pacte constitutionnel, une cohésion nationale effective et une capacité militaire crédible.

Le Dialogue national devrait ainsi, selon lui, relever un triple défi : politique, économique et sécuritaire.

Une Constitution définitive pour corriger le « péché originel »

Adolphe Muzito considère que les différentes Constitutions appliquées en RDC depuis 1960 ont été, dans leur origine ou leur finalité, des textes de transition.

Il estime notamment que la Constitution du 18 février 2006 a été préparée et adoptée dans le contexte de la transition politique, par une Assemblée constituante issue d’un Parlement de transition.

Le Dialogue national devrait donc créer, selon lui, les conditions d’un processus transparent, inclusif et souverain permettant au peuple congolais de se doter d’une Constitution définitive.

Ce nouveau pacte constitutionnel devrait notamment renforcer l’unité et l’intégrité territoriale, stabiliser les institutions, clarifier la répartition des compétences et des ressources entre les différents niveaux de pouvoir, mieux protéger les ressources naturelles et renforcer les mécanismes de contrôle démocratique et financier.

Adolphe Muzito plaide également pour l’application effective des lois relatives au financement public des partis politiques et au statut de l’opposition, afin de renforcer le pluralisme politique et de décourager le recours aux armes comme moyen de revendication politique.

Construire pour faire de la RDC une puissance économique

Le deuxième défi identifié par Adolphe Muzito concerne la construction du pays.

À ses yeux, la RDC ne pourra devenir une puissance économique qu’en transformant ses ressources naturelles en infrastructures, en capital humain, en industries, en emplois et en recettes publiques durables.

Les ressources supplémentaires à mobiliser d’ici 2035 devraient notamment financer les routes, les chemins de fer, l’électricité, les ports, les aéroports, les infrastructures numériques, l’eau, la santé, l’éducation, l’agriculture, l’industrialisation et la défense.

Pour financer cette transformation, l’ancien Premier ministre propose de diversifier les sources de financement, notamment à travers la dette extérieure, les partenariats public-privé, un fonds souverain ainsi que les investissements étrangers issus de partenariats stratégiques avec les États-Unis, l’Europe, l’Afrique et l’Asie.

Il insiste toutefois sur la nécessité de privilégier une dette destinée à financer la construction et les investissements productifs plutôt qu’une dette de consommation.

Renforcer la capacité défensive

Le troisième pilier de la réflexion porte sur la défense nationale.

Pour Adolphe Muzito, un État incapable de protéger son territoire ne peut durablement financer son développement. La montée des ressources budgétaires devrait donc permettre une modernisation progressive des FARDC.

Cette réforme devrait, selon lui, toucher le commandement, la formation, le renseignement, la logistique, la maintenance et le contrôle des dépenses.

Il préconise notamment une doctrine nationale de défense, un commandement unifié soumis à l’autorité civile, une meilleure maîtrise du renseignement, des frontières, de la cybersécurité, des drones et des communications, ainsi qu’une amélioration des conditions de vie des militaires.

Adolphe Muzito précise que cette puissance militaire ne devrait pas servir à mener des guerres offensives contre les pays voisins, mais à dissuader les agressions, protéger les frontières, sécuriser les échanges économiques et contribuer aux mécanismes africains de paix.

Un pacte national pour fonder, construire et défendre la République

Dans sa conclusion, Adolphe Muzito estime que le Dialogue national ne doit pas devenir un simple espace de partage des postes, mais un cadre destiné à fonder, construire et défendre la République.

Il propose que les assises débouchent notamment sur un pacte républicain de défense de l’intégrité territoriale, une feuille de route pour une nouvelle Constitution, un Plan national de construction 2026-2035, une stratégie de mobilisation des recettes et de financement des infrastructures, ainsi qu’un pacte national de réforme et de financement des FARDC.

Il recommande également l’exécution des lois sur le financement des partis politiques et le statut de l’opposition, ainsi que la création d’un mécanisme chargé de suivre la mise en œuvre des engagements issus du Dialogue national.

Pour le président national de Nouvel Élan, l’objectif est de transmettre aux générations futures une Constitution légitime et définitive, un pays doté d’infrastructures structurantes et une Nation capable de défendre son territoire.

Adolphe MUZITO FUMUTSHI
Vice-Premier Ministre, Ministre du Budget
Président national de Nouvel Élan

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