La réaction n’a pas tardé. Après la déclaration des cinq leaders de la C64, ce mardi 27 octobre, à l’issue de leur conclave de Rome, Exodus Lukombo, cadre du Collectif des communicateurs et défenseurs des institutions, leur oppose une réplique incisive. Elle conteste leur dénonciation d’un prétendu « coup d’État constitutionnel », leur reproche le boycott parlementaire et s’interroge sur leur volonté d’associer Joseph Kabila au dialogue national.
Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Augustin Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund accusent le pouvoir de vouloir remettre en cause l’ordre constitutionnel pour favoriser le maintien de Félix Tshisekedi à la tête du pays.
Une accusation que rejette Exodus Lukombo, rappelant que la proposition de loi référendaire a été déposée par le député national Gaspard Ngondankoy. Adopté par 346 députés, après une nouvelle délibération tenant compte des observations de la Cour constitutionnelle, le texte ne saurait, selon elle, être réduit à une initiative personnelle du chef de l’État.
« Le peuple est souverain, vos discours n’y changeront rien. Si vous êtes convaincus que les Congolais rejettent toute modification de la Constitution, pourquoi craindre qu’ils se prononcent ? Vous ne pouvez pas prétendre parler au nom du peuple tout en refusant de lui laisser la possibilité de trancher », estime-t-elle, selon une formulation à valider auprès de l’intéressée.
Le boycott parlementaire dans le viseur
Exodus Lukombo reproche également aux députés de l’opposition d’avoir quitté l’hémicycle lors de l’examen du texte, avant de dénoncer les conditions de son adoption. Elle considère que les élus auraient dû défendre leurs arguments et leurs amendements au sein de l’institution parlementaire.
« Boycotter les travaux, puis dénoncer le résultat, ne suffit pas. Lorsqu’on est élu du peuple, on doit défendre ses convictions là où les décisions se prennent. La contestation ne dispense pas de proposer des solutions », soutient-elle, dans des propos proposés à validation.
La C64 maintient cependant ses réserves. Elle estime que l’article 220 de la Constitution protège le nombre et la durée des mandats présidentiels. Elle redoute également que l’article 8 de la loi référendaire ouvre la voie à une remise en cause de certaines dispositions constitutionnelles. L’opposition conteste par ailleurs l’indépendance de la Cour constitutionnelle et dénonce un « passage en force » de la majorité parlementaire.
Joseph Kabila, une association controversée
L’autre point de friction concerne le dialogue national réclamé par la C64. Les cinq leaders souhaitent une rencontre avec Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de rapprocher les principaux acteurs politiques. Mais cette proposition suscite des interrogations chez Exodus Lukombo, notamment depuis l’annonce de l’implication de l’ancien président dans le Front de résistance nationale (FRN), présenté comme issu de l’AFC/M23.
« Vous réclamez le dialogue au nom de la paix, mais vous devez expliquer aux Congolais la logique qui consiste à vouloir associer Joseph Kabila à ces discussions. Le dialogue ne doit ni entretenir des ambiguïtés ni servir à éluder les responsabilités liées à la crise sécuritaire », estime-t-elle, selon une formulation à faire confirmer.
La C64 affirme, de son côté, condamner la prise du pouvoir par les armes et présente sa démarche comme une tentative de rapprochement, et non comme une légitimation du FRN.
Exodus Lukombo défend plutôt un dialogue ancré dans les provinces et auprès des populations, estimant que les consultations nationales ne doivent pas se limiter à des négociations entre personnalités politiques.
Après son adoption à l’Assemblée nationale, la loi référendaire doit encore être examinée en seconde lecture au Sénat. Entre les craintes de l’opposition concernant les garanties constitutionnelles et les arguments des défenseurs de la consultation populaire, la controverse reste entière.
Pour Exodus Lukombo, une chose demeure essentielle : aucun camp politique ne peut prétendre détenir à lui seul la volonté du peuple congolais.