Le Parti des Vertus Républicaines (PVR) hausse le ton face à des images montrant des élèves en uniforme scolaire participant à une mobilisation aux couleurs de l’UDPS et reprenant des slogans liés au débat politique et constitutionnel. Dans une déclaration signée par son président national, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, le parti estime que l’école ne peut être transformée en espace de propagande ou d’allégeance politique. S’appuyant sur la Constitution, la Loi-cadre de l’enseignement national et la législation relative à la protection de l’enfant, le PVR appelle les autorités à préserver la neutralité de l’administration, la vocation éducative de l’école et la liberté de conscience des enfants.
L’ÉCOLE ET LA RÉPUBLIQUE NE PEUVENT DEVENIR LES PROLONGEMENTS D’UN PARTI
NON À L’INSTRUMENTALISATION POLITIQUE DES ENFANTS — ALERTE RÉPUBLICAINE DU PVR
OÙ ALLONS-NOUS ?
Il arrive un moment dans la vie d’une République où le silence devant certaines pratiques cesse d’être de la prudence et devient une abdication.
Les images montrant des élèves en uniforme scolaire rassemblés sous les couleurs de l’UDPS, chantant à la gloire du Chef de l’État et reprenant des slogans politiques relatifs notamment au changement de la Constitution et à son maintien au pouvoir, soulèvent une question républicaine qui ne peut être banalisée.
Il ne s’agit plus simplement d’une activité de parti.
Il s’agit de savoir si l’école congolaise peut devenir un espace de mobilisation partisane et si des enfants peuvent être utilisés comme instruments de démonstration politique.
Pour le Parti des Vertus Républicaines, la réponse est claire :
non.
L’école appartient à la République.
L’enfant appartient à son avenir.
Et l’État appartient à toute la Nation.
I. LA CONSTITUTION PROTÈGE L’ÉCOLE, L’ENFANT ET LE PLURALISME
La Constitution de la République démocratique du Congo pose plusieurs principes qui doivent être lus ensemble.
Son article 42 oblige les pouvoirs publics à protéger la jeunesse contre toute atteinte à sa santé, à son éducation et à son développement intégral. Son article 43 consacre le droit de toute personne à l’éducation scolaire. Son article 45 garantit l’accès aux établissements d’enseignement sans discrimination fondée notamment sur les opinions politiques ou philosophiques. (Présidence de la RDC)
Cela signifie que l’école nationale n’est pas conçue comme un espace de fidélisation politique.
Elle est un espace de formation.
Elle doit préparer l’enfant à devenir un citoyen capable de penser, de comprendre et, lorsqu’il atteindra l’âge civique, de choisir librement.
La Constitution va plus loin.
Son article 6 reconnaît le pluralisme politique et dispose que les partis concourent notamment à l’éducation civique, mais dans le respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et des principes de démocratie pluraliste.
Son article 7 interdit toute institution d’un parti unique.
Et son article 193 affirme avec une clarté remarquable que :
« L’Administration publique est apolitique, neutre et impartiale. Nul ne peut la détourner à des fins personnelles ou partisanes. » (LegaNet Mail)
Voilà le cœur du problème.
Lorsqu’un parti exerce le pouvoir, il ne devient pas l’État.
Le gouvernement n’est pas le parti.
L’administration n’est pas le parti.
L’école n’est pas le parti.
La République n’est pas le parti.
II. LA LOI-CADRE DE L’ENSEIGNEMENT DÉFINIT UNE TOUT AUTRE MISSION POUR L’ÉCOLE
La Loi-cadre n°14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national fixe précisément la finalité de l’école congolaise.
Son article 4 dispose que l’enseignement doit permettre l’acquisition des compétences et des valeurs humaines, morales, civiques et culturelles nécessaires à la construction d’une société congolaise démocratique, solidaire, prospère, éprise de paix et de justice.
Le même article impose la promotion de l’intelligence et de l’esprit critique. (LegaNet Mail)
L’article 11 précise que l’éducation de base doit notamment apprendre à l’enfant à lire, écrire, calculer, résoudre des problèmes, acquérir le savoir-être, le savoir-faire et le sens civique.
L’article 12 oblige l’État à garantir une éducation de qualité ainsi que l’égalité des chances d’accès et de réussite.
L’article 14 impose l’intégration des valeurs humaines, morales, éthiques, culturelles et civiques dans l’enseignement.
Et l’article 27 rappelle que l’école doit offrir aux élèves la possibilité d’exercer et de développer leur esprit critique et leur créativité. (LegaNet Mail)
Comment concilier cet objectif de formation de l’esprit critique avec l’utilisation d’enfants pour répéter des mots d’ordre politiques décidés par des adultes ?
Comment enseigner le pluralisme tout en exposant des élèves à une seule fidélité partisane ?
Comment prétendre former des citoyens libres si l’école devient un lieu où l’on apprend d’abord à acclamer le pouvoir ?
C’est précisément cette contradiction que le PVR dénonce.
III. LA LOI SUR LA PROTECTION DE L’ENFANT RENFORCE CETTE EXIGENCE
La Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ajoute une protection essentielle.
Son article 26 reconnaît à l’enfant la liberté de pensée et de conscience.
Son article 38 lui garantit le droit à l’éducation.
Son article 39 interdit toute discrimination en matière d’éducation.
Son article 57 affirme le droit de l’enfant à être protégé contre toute forme d’exploitation et de violence.
Plus significatif encore, l’article 59 interdit notamment d’inculquer à l’enfant le fanatisme et la haine. (LegaNet Mail)
Il ne s’agit évidemment pas d’assimiler toute activité politique au fanatisme.
Mais le principe qui se dégage de cette législation est limpide :
la conscience de l’enfant doit être protégée.
Son développement intellectuel, moral et civique ne peut être subordonné aux intérêts politiques des adultes.
IV. UN ENFANT EN UNIFORME N’EST PAS UN MILITANT
Il faut ici revenir à une évidence.
Un enfant en uniforme scolaire n’est pas un cadre politique.
Il n’est pas un électeur.
Il n’est pas un membre d’un comité de parti.
Il est un élève.
Et cette qualité lui confère une protection particulière.
L’enfant doit apprendre l’histoire du Congo.
Il doit apprendre la Constitution.
Il doit apprendre le civisme.
Il doit apprendre à aimer son pays.
Mais aimer le Congo n’est pas apprendre à aimer un parti.
Respecter le Président de la République en tant qu’institution n’est pas devoir chanter à la gloire d’un homme.
Apprendre la citoyenneté n’est pas apprendre l’allégeance.
L’éducation civique est républicaine ; la propagande est partisane.
La frontière doit rester nette.
V. LE DANGER : LE BROUILLAGE ENTRE PARTI, POUVOIR ET ÉTAT
Le problème que nous soulevons est plus large que cette seule vidéo.
Il concerne une dérive institutionnelle possible : la confusion progressive entre le parti qui gouverne et l’État lui-même.
Cette confusion est précisément ce que notre histoire nationale doit nous apprendre à éviter.
La République démocratique du Congo a déjà connu une période au cours de laquelle l’appareil de l’État, la vie publique, l’administration, les organisations sociales et l’éducation furent progressivement absorbés par la logique du parti-État.
Nous savons où conduit cette logique.
Elle commence rarement par la suppression immédiate des institutions.
Elle commence par leur banalisation.
Puis par leur appropriation.
Ensuite par leur mise au service d’une fidélité personnelle ou partisane.
Et, à terme, par l’effacement de la frontière entre la République et ceux qui la dirigent.
C’est précisément cette frontière qu’il faut protéger aujourd’hui.
VI. LE POUVOIR EST TEMPORAIRE, LA RÉPUBLIQUE EST PERMANENTE
Le Président de la République exerce une fonction constitutionnelle.
Un parti politique exerce une activité politique.
Ces deux réalités ne doivent jamais être confondues.
Aujourd’hui, l’UDPS gouverne.
Demain, une autre formation exercera peut-être le pouvoir.
La démocratie exige donc que celui qui gouverne aujourd’hui protège les institutions qu’il devra accepter de remettre demain à d’autres.
C’est cela, l’État de droit.
Les écoles publiques ne doivent pas changer de couleur politique avec l’alternance.
Les fonctionnaires ne doivent pas changer de conscience politique avec le changement de majorité.
Les enfants ne doivent pas être invités à devenir les figurants d’une bataille constitutionnelle menée par des adultes.
La République doit survivre à tous les gouvernements.
VII. LA RENAISSANCE NATIONALE EXIGE UNE CULTURE DE L’ÉTAT
La Renaissance nationale et la Refondation que défend le PVR reposent précisément sur une idée opposée à celle du parti-État :
la République doit être plus forte que les individus, les partis, les réseaux et les intérêts particuliers.
La refondation de la RDC exige donc de savoir distinguer :
l’État du gouvernement ;
la République du parti ;
l’institution de celui qui l’occupe ;
la fidélité nationale de la fidélité personnelle ;
le civisme de la propagande.
L’école constitue le premier laboratoire de cette culture de l’État.
Former la jeunesse aujourd’hui, c’est construire la République de demain.
Mais si nous transformons l’école en espace d’allégeance, nous préparerons non pas des citoyens, mais des clientèles politiques.
Et une Nation organisée autour de clientèles ne peut bâtir un État durable.
VIII. LE PVR DEMANDE UNE RÉACTION INSTITUTIONNELLE CLAIRE
Le Parti des Vertus Républicaines demande :
1. Que le ministère ayant l’enseignement primaire et secondaire dans ses attributions rappelle formellement à tous les établissements publics et privés agréés que les élèves, les enceintes scolaires, les activités pédagogiques et l’autorité scolaire ne peuvent être utilisés à des fins de mobilisation partisane.
2. Que toute implication d’autorités scolaires ou administratives dans l’utilisation organisée d’élèves à des fins de propagande politique fasse l’objet des procédures administratives prévues par les textes.
3. Que les responsables de tous les partis politiques, majorité comme opposition, donnent des instructions claires interdisant l’utilisation d’enfants et d’établissements scolaires dans leurs activités de mobilisation.
4. Que la Commission nationale des droits de l’homme et les structures chargées de la protection de l’enfance accordent une attention particulière à toute utilisation politique organisée d’enfants.
5. Que l’article 193 de la Constitution sur l’apolitisme, la neutralité et l’impartialité de l’administration publique soit effectivement respecté dans l’ensemble des services de l’État. (- .)
IX. NOUS REFUSONS LE RETOUR À LA LOGIQUE DU PARTI-ÉTAT
Notre interpellation n’est pas une hostilité contre des militants.
Elle est une défense des institutions.
Elle ne vise pas à empêcher l’UDPS d’exercer ses droits politiques.
Elle vise à rappeler que les droits d’un parti s’arrêtent là où commencent l’indépendance des institutions, la liberté de conscience de l’enfant et la neutralité de l’État.
La RDC ne doit pas revenir, sous quelque appellation que ce soit, à une culture où le parti gouvernant devient progressivement le centre autour duquel doivent s’aligner l’administration, les institutions, l’école et la société.
Nous avons déjà vécu cette histoire.
La refondation exige que nous sachions en tirer les leçons.
CONCLUSION — LA RÉPUBLIQUE EST PLUS GRANDE QUE TOUS LES PARTIS
Le PVR n’a pas choisi la violence.
Notre arme est la pensée.
Notre arme est la réflexion.
Notre arme est la parole républicaine.
Notre arme est la Constitution.
Notre arme est la loi.
Et nous utiliserons cette arme avec fermeté chaque fois que le pacte républicain paraît menacé.
Nous ne demandons aucun privilège pour le PVR.
Nous demandons une règle pour tous.
Aucun parti ne doit posséder l’État.
Aucun pouvoir ne doit posséder la République.
Aucune majorité ne doit posséder l’école.
Et personne ne doit posséder la conscience d’un enfant.
L’école doit rester le sanctuaire de la connaissance.
L’enfant doit rester libre de construire son jugement.
L’administration doit rester neutre.
L’État doit demeurer au-dessus des partis.
C’est à ce prix que la République démocratique du Congo pourra réellement devenir cet État souverain, juste, stratège, travailleur et durable que réclame la Renaissance nationale.
Servir la République. Organiser la puissance nationale. Préparer l’avenir.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR, Membre du Bureau Politique du FCC