Réforme constitutionnelle en RDC :  tout en appelant au Dialogue nationalm inclusif, Moussa Kalema apporte son soutien à la CENCO et  dénonce toute tentative de tripatouillage de la Loi fondamentale

Alors que la République démocratique du Congo demeure confrontée à une guerre persistante, à l’occupation d’une partie de son territoire et à une crise profonde de gouvernance, le débat sur un éventuel changement de la Constitution apparaît, aux yeux de nombreux Congolais, comme une dangereuse diversion. Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC, apporte son soutien à la position de la CENCO, dénonce toute tentative de tripatouillage de la Loi fondamentale et plaide pour un Dialogue national inclusif de refondation. Il défend l’idée que le véritable défi du Congo n’est pas de modifier la Constitution, mais de restaurer la souveraineté de l’État, de reconstruire les institutions et de redonner une perspective historique à la Nation.

TRIBUNE 

TRIPATOUILLER LA CONSTITUTION PENDANT QUE LE CONGO SAIGNE : L’INDÉCENCE DE TROP

Il y a des moments dans la vie d’une Nation où le débat politique cesse d’être une simple confrontation d’opinions pour devenir une épreuve de conscience.

 La République Démocratique du Congo est entrée dans l’un de ces moments. Pendant que le pays saigne, pendant qu’une partie du territoire national demeure exposée à l’agression, à l’occupation, à la terreur et à l’humiliation, pendant que l’autorité de l’État se fissure, que les populations de l’Est survivent dans l’angoisse, que la misère s’étend et que la confiance nationale s’effondre, le pouvoir en place a cru bon d’ouvrir un débat sur le changement de la Constitution et sur une loi référendaire à l’arrière-goût de manœuvre politique.

Ce seul fait devrait suffire à alerter toutes les consciences républicaines. Car enfin, de quoi le Congo a-t-il besoin aujourd’hui ? D’un nouveau débat de pouvoir ou d’un sursaut d’État ? D’un chantier constitutionnel ou d’une stratégie de reconquête nationale ? 

D’une reconfiguration des règles du jeu ou d’une mobilisation générale pour sauver la souveraineté, restaurer l’autorité publique et rendre à la République sa dignité blessée ?

À ces questions, la CENCO a répondu avec la clarté que donnent l’expérience historique, la hauteur morale et le sens du bien commun. En s’opposant à toute révision ou à tout changement de la Constitution dans le contexte actuel, les évêques catholiques n’ont pas pris une posture partisane ; ils ont rappelé une évidence républicaine : on ne joue pas avec les fondements de l’État pendant que la maison brûle. On ne tripatouille pas la Constitution pendant que le pays saigne. On ne convoque pas une bataille institutionnelle quand la Nation a besoin d’unité, de sécurité, de vérité et de direction.

Le mérite de la CENCO est d’avoir dit tout haut ce que beaucoup savent déjà tout bas : ce débat n’est ni prioritaire, ni opportun, ni moralement défendable. Il ne correspond ni aux urgences du peuple ni aux exigences du moment. Il correspond, au contraire, à une vieille tentation du pouvoir africain : déplacer le centre de gravité du débat national lorsqu’il devient trop lourd de ses propres échecs. 

Quand la sécurité échappe, quand la promesse sociale se dissout, quand la parole publique perd en crédibilité, quand la gouvernance accumule les défaillances, il devient tentant de déplacer la conversation. Non plus parler du territoire perdu, mais des institutions à remodeler ; non plus parler des déplacés, mais des procédures ; non plus parler de la souveraineté blessée, mais d’un référendum présenté comme une modernisation. En réalité, il s’agit moins de moderniser la République que de redessiner, à l’avantage du pouvoir, les conditions de sa propre reproduction.

C’est là que le débat cesse d’être technique pour devenir moral. Car une Constitution n’est pas un règlement intérieur de majorité. Elle n’est pas un instrument de survie politique. Elle n’est pas un vêtement que l’on ajuste à la taille de ses ambitions.

 Elle est la parole fondamentale du peuple, le socle de la paix civile, la garantie de l’alternance, le rempart contre l’arbitraire et le cadre de légitimité des institutions. La toucher à la légère, la contourner par des artifices, l’user comme un outil de stratégie personnelle, c’est porter atteinte au dernier espace de stabilité dont dispose encore un pays éprouvé.

Plus grave encore : le débat sur le changement de la Constitution se déroule dans un contexte où le pays n’exerce pas pleinement, sereinement et effectivement sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Voilà le scandale politique majeur.

 Comment prétendre consulter paisiblement le souverain primaire sur l’architecture institutionnelle de l’État alors que, dans plusieurs zones du pays, ce même souverain primaire vit sous la menace des armes, sous le poids du déplacement forcé, sous la peur des massacres et dans l’incertitude du lendemain ? Comment parler de référendum quand l’intégrité territoriale elle-même est contestée, quand l’État est défié, quand la sécurité nationale est trouée, quand les frontières politiques de l’autorité publique se rétrécissent ?

Il faut le dire avec gravité : un référendum organisé dans un pays blessé, fracturé, amputé de fait d’une partie de sa souveraineté et politiquement polarisé n’aurait rien d’un grand moment démocratique. Il ressemblerait davantage à une instrumentalisation d’un peuple vulnérable au service d’un agenda de pouvoir. Et l’Histoire est sans indulgence pour les dirigeants qui, au lieu de consolider leur pays en temps de péril, choisissent d’ouvrir des fronts internes inutiles, de disperser les énergies nationales et d’exposer davantage les institutions à la contestation.

Le plus inquiétant, dans cette affaire, n’est pas seulement l’idée d’un changement de Constitution. C’est aussi la méthode de gouvernement qui l’accompagne : le mensonge politique, la manipulation des perceptions, la confusion volontaire entre communication et vérité, la fabrication de récits, la désignation de boucs émissaires, la criminalisation des voix dissonantes. 

Au lieu de répondre sur le fond à la CENCO, au lieu d’argumenter en droit, en politique, en histoire, certains segments de la majorité ont choisi l’injure, la suspicion et la menace. Faute de convaincre, ils tentent de salir. Faute de démontrer, ils accusent. Faute de gouverner, ils désignent des ennemis.

Et quels ennemis ! Des évêques catholiques, des opposants, des patriotes, des forces sociales, accusés plus ou moins explicitement d’être au service de l’étranger ou d’entretenir une forme d’intelligence avec l’ennemi. Voilà jusqu’où peut descendre une parole publique en décomposition : faire porter le soupçon sur ceux qui défendent la Constitution pendant qu’on banalise soi-même un débat de nature à fracturer davantage la République. Il faut renverser ce procès. Qui sert objectivement les intérêts de ceux qui rêvent d’un Congo faible, divisé, manipulable et disponible pour les prédations extérieures ? Celui qui appelle à la cohésion nationale, à la défense de la Constitution, au dialogue et à la lucidité ? Ou celui qui, pendant que le pays subit la guerre et l’occupation, choisit de l’entraîner dans une aventure institutionnelle porteuse de tensions, de soupçons et de nouvelles déchirures ?

La CENCO, qu’on tente aujourd’hui de salir, mérite au contraire le respect de la République. Son histoire parle pour elle. Dans les heures de fermeture autoritaire, elle a souvent été l’une des rares voix à défendre les libertés. Dans les périodes de crise, elle a porté la parole du peuple quand beaucoup se taisaient. Dans les transitions, elle a contribué à maintenir vivante l’exigence démocratique. Que des acteurs du régime actuel se permettent aujourd’hui de l’insulter, de la menacer ou de la présenter comme une force hostile à la Nation n’est pas seulement une faute politique ; c’est un symptôme de dégradation du sens de l’État.

La vérité est que le Congo n’a pas besoin, en ce moment, d’un changement de Constitution. Il a besoin d’un changement de cap. Il n’a pas besoin d’un référendum de diversion ; il a besoin d’un leadership de vérité. Il n’a pas besoin d’une majorité qui transforme l’injure en programme ; il a besoin d’un pouvoir qui protège la Nation. Il n’a pas besoin d’un débat de pouvoir pendant qu’il saigne ; il a besoin d’un sursaut d’État pendant qu’il souffre.

C’est pourquoi l’heure n’appelle pas une fuite en avant institutionnelle, mais une refondation politique. Le véritable débat à ouvrir n’est pas celui de la Constitution, mais celui de la survie même de l’État congolais et de sa renaissance. Il faut un Dialogue national inclusif de refondation, non pour se partager des postes, non pour recycler des élites fatiguées, non pour organiser une réconciliation de façade, mais pour regarder en face les causes profondes du mal congolais : la fragilité structurelle de l’État, la crise sécuritaire permanente, la dépendance stratégique, la tribalisation de la vie publique, la captation patrimoniale de l’appareil d’État, la crise morale des élites, l’absence d’une vision économique souveraine et la démission progressive de la puissance publique devant les grands défis du siècle.

Le Congo doit choisir. Ou bien il continue de dériver au gré des improvisations, des calculs de survie, des manipulations de circonstance et des reconfigurations opportunistes. Ou bien il décide enfin de se regarder avec lucidité, de se réorganiser avec sérieux, de se redresser avec courage et de se refonder autour d’un projet national digne de son histoire et de ses ressources.

Dans cette épreuve, chacun devra répondre à une question simple : qu’a-t-il fait de la République quand elle vacillait ?

  • A-t-il aidé à la protéger, ou a-t-il contribué à la fragiliser ?
  • A-t-il choisi la Constitution, ou la tentation ?
  • A-t-il choisi la vérité, ou la propagande ?
  • A-t-il choisi le Congo, ou le calcul ?

Pour notre part, le choix est fait. Il est net. Il est assumé. Il est irrévocable.

  • Nous choisissons la Constitution contre l’arbitraire.
  • Nous choisissons la République contre l’aventure.
  • Nous choisissons la vérité contre la manipulation.
  • Nous choisissons la refondation contre le pourrissement.
  • Nous choisissons, tout simplement, le Congo.

Parce qu’au fond, la question est là : un peuple en danger a-t-il besoin d’un tripatouillage de plus ou d’un relèvement national ?

La réponse est connue.

Et elle engage désormais l’Histoire.

Fait à Kinshasa le 26/06/26

Moussa Kalema Sangolo-Zaku.          Président National du PVR,

Membre du Bureau Politique du FCC

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