Procès assassinat de LUMUMBA : Le décès d’Étienne Davignon referme une page judiciaire de l’histoire coloniale

La disparition d’Étienne Davignon, survenue lundi à Bruxelles à l’âge de 93 ans, marque la fin de l’un des derniers parcours liés aux heures les plus sombres de la décolonisation congolaise. Ancien diplomate et figure centrale de l’appareil d’État belge, le défunt emporte avec lui une partie des secrets entourant l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, le 17 janvier 1961. Son décès intervient à un moment charnière, alors que la justice belge venait de confirmer son renvoi devant le tribunal correctionnel pour son implication présumée dans le calvaire du premier Premier ministre du Congo indépendant.

Le 17 mars 2026, le parquet fédéral belge a engagé des poursuites officielles contre Étienne Davignon. En poste à Kinshasa au début des années 1960, l’ancien diplomate était accusé d’avoir eu connaissance et d’avoir facilité l’arrestation, le transfert illicite et l’exécution de Patrice Lumumba.

Les charges pesant contre lui sont notamment détention illégale, traitements inhumains et violation flagrante du droit à un procès équitable. Elles constituaient un réquisitoire accablant contre une certaine diplomatie de l’ombre. Sa disparition, qualifiée par certains observateurs d’« impunité biologique », laisse un goût d’inachevé pour les partisans de la vérité historique.

Alors que le dossier Lumumba demeure une blessure ouverte dans les relations entre Kinshasa et Bruxelles, le décès de l’un de ses acteurs clés complique davantage l’aboutissement d’une procédure judiciaire attendue depuis plus de six décennies.

L’assassinat de Patrice Emery Lumumba, perpétré dans le Katanga sécessionniste avec la complicité avérée de plusieurs puissances occidentales, reste le traumatisme fondateur de l’histoire politique africaine contemporaine.

Le jeune leader congolais, symbole de l’aspiration à une souveraineté totale, avait été sacrifié sur l’autel de la guerre froide et des intérêts miniers. Si la Belgique a reconnu, en 2001, une « responsabilité morale » dans ce crime d’État, la quête de justice pénale s’est toujours heurtée au mur du temps et des silences diplomatiques.

Étienne Davignon, qui a par la suite mené une carrière fulgurante comme commissaire européen et figure de proue du patronat belge, incarnait cette continuité d’un système qui peine à solder ses comptes avec son passé colonial.

Étienne Davignon restera, au-delà de l’homme de réseaux et du bâtisseur de l’Europe économique, pour la mémoire congolaise, l’un des visages de la tragédie de 1961.

FIDEL SONGO 

Les plus lus

105 ans du PCC : Pékin réaffirme son engagement à accompagner la modernisation de la RDC...

À l'occasion du 105ᵉ anniversaire de la fondation du Parti communiste chinois (PCC), l'ambassadeur de Chine en République démocratique du Congo, Zhao Bin, réaffirme...

Crise politico-sécuritaire en RDC : Moussa Kalema appelle à une mobilisation citoyenne pour éviter « l’effondrement...

Dans une déclaration rendue publique depuis hier jeudi,  le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), également membre du bureau politique du FCC,...

RDC : « L’opposition doit comprendre qu’elle n’est pas en position de force pour imposer ses...

La condition posée par la coalition C64 pour participer à un éventuel dialogue politique continue de susciter des réactions au sein de la majorité...

Loi référendaire : Moussa Kalema prévient Dieudonné Kamuleta : « L’Histoire jugera votre décision » [Lettre...

Alors que la République démocratique du Congo traverse l'une des périodes les plus sensibles de son histoire récente, la Cour constitutionnelle se retrouve au...

RDC : ALERTE-RDC plaide pour un dialogue inclusif et juge inopportun le débat sur la Constitution

La coalition citoyenne ALERTE-RDC a appelé à l'organisation d'un dialogue national inclusif pour favoriser le retour de la paix et renforcer la cohésion nationale...

RDC : Au-delà du rapport de l’ONU, les questions que la guerre continue de poser (...

À mesure que la crise en République démocratique du Congo s’aggrave, les rapports internationaux se multiplient tandis que la paix semble toujours plus lointaine....

51ᵉ Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie : Aimé BOJI SANGARA prend part aux travaux...

Le Président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, Aimé BOJI SANGARA, participe depuis ce mardi 7 juillet aux travaux de la...

Sur le même thème

Justice internationale : la RDC porte plainte contre le Rwanda devant la CIJ pour des violations du droit international

  Le gouvernement congolais a officiellement saisi, ce vendredi, la Cour internationale de Justice (CIJ), principal organe judiciaire des Nations unies, afin de faire reconnaître...

Affaire du meurtre de deux assaillants du Palais de la Nation : la Haute Cour militaire acquitte quatre militaires condamnés à mort

La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a acquitté quatre des cinq militaires qui avaient été condamnés à la peine de...

Dieudonné Kamuleta donne son feu vert aux 2500 nouveaux  magistrats de la promotion « Etat de droit 2025 !

Le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) a procédé, samedi dernier à Kinshasa, avec la solennité requise, à la remise des toges et d’un...

Justice : les recours de Constant Mutamba jugés « non fondés » par la Cour constitutionnelle

La Cour constitutionnelle s’est prononcée ce vendredi 19 décembre sur les recours introduites par Constant Mutamba, qu’elle a admises sur la forme mais rejetées...

RDC : le projet de loi sur la justice transitionnelle déclaré recevable à l’Assemblée nationale

La séance plénière du jeudi 4 décembre a marqué une avancée majeure dans l’agenda législatif national, avec la déclaration de recevabilité de quatre projets...