Économie RD-Congolaise : la BCC sereine face aux economistes démagogues (Par Léon Engulu III)

Alors que la République démocratique du Congo a fait face en janvier 2026 à des tensions de trésorerie, une lecture démagogique a tenté d’imputer les retards de paie des fonctionnaires à la politique de stabilisation du change menée par la Banque Centrale du Congo. Entre confusion comptable et raccourcis populistes, certains acteurs feignent d’ignorer les réalités budgétaires documentées par les institutions internationales. Léon Engulu III, Directeur Associé au Cabinet de Conseil LECC, déconstruit ces analyses économiques biaisées et démontre pourquoi la fermeté de l’autorité monétaire est, au contraire, indispensable au maintien du pouvoir d’achat national.

La politique monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC) a fait ces derniers mois l’objet d’un faux procès mené par certains milieux politiques et économiques, affirmant que la défense du franc congolais (CDF) par des ventes de devises aurait « vidé les caisses », provoquant les retards de paiement des salaires publics observés en ce début d’année 2026. Cet argument démagogique mené sous couvert de « rectitude économique » et développé par des personnalités publiques comme l’économiste et député national Gode Mpoy, séduit par sa simplicité apparente, mais il repose sur une confusion profonde entre la sphère monétaire et la sphère budgétaire. À l’examen des faits, ce procès s’avère être un contresens hérétique.

Le diagnostic du FMI

Des critiques démagogiques dont l’Honorable Godé Mpoy est le chef de file ont tenté d’établir une corrélation entre la stabilité du franc et les difficultés de paie connues en janvier 2026. Or, corrélation n’est pas causalité et le député national Godé Mpoy, économiste de son état, ainsi que ses suivistes, tentent d’affirmer le contraire. Les rapports de mission du Fonds Monétaire International (FMI) de décembre 2025 et février 2026 sont pourtant clairs : la tension de trésorerie apparue en janvier 2026 est strictement budgétaire.

Le FMI a récemment qualifié l’explosion de la masse salariale de « risque budgétaire majeur ». Fin 2025, les salaires absorbaient déjà plus de 50 % des recettes fiscales, contre une cible de maîtrise beaucoup plus basse. La cause des retards de paiement est clairement identifiée ; elle réside dans le doublement de la solde des militaires et policiers début 2025, ainsi que dans le recrutement massif de 2 500 magistrats et de milliers d’agents dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Ce sont ces dépenses sécuritaires et salariales non planifiées qui ont « évincé » les autres dépenses, et non la politique de change de la BCC.

La confusion entre Réserves et Trésor public

Les économistes populistes détracteurs de la politique monétaire de la BCC visant la stabilisation et l’appréciation du franc congolais contre le dollar américain doivent se voir rappeler une vérité comptable élémentaire que leur démagogie feint d’ignorer, celle de la distinction de nature entre les réserves de change et le compte général du Trésor. Les réserves de change sont des actifs externes détenus par la Banque Centrale pour assurer la stabilité de la monnaie ; elles ne constituent en aucun cas une épargne budgétaire disponible pour les dépenses courantes comme la paie des salaires publics. Prétendre que les devises injectées sur le marché sont la cause des retards de paie revient à mentir aux Congolais. Les réserves de change n’ont jamais eu vocation à transiter par la ligne de rémunération des fonctionnaires.

Une stabilité monétaire rassurante

Le succès de la politique monétaire menée par le Gouverneur de la BCC, André Wameso, depuis octobre 2025 est un fait chiffré. Après avoir frôlé les 2 900 CDF début 2025, une intervention massive en octobre de la même année a ramené le cours dans une zone de stabilité remarquable. Au 2 mars 2026, le cours indicatif officiel s’établit précisément à 2 217,26 CDF pour 1 USD.

Sur les cinq derniers mois, le taux a oscillé dans une fourchette étroite entre 2 100 et 2 300 CDF, confirmant une rupture nette avec la volatilité antérieure et une réduction de l’hétéroscédasticité du taux (c’est-à-dire une stabilisation de la variance de l’erreur, signifiant que les fluctuations ne sont plus imprévisibles ni désordonnées). Cette stabilité protège le pouvoir d’achat réel.

Le sophisme de la loi de finances

Certains économistes populistes et démagogues avancent un argument technique fallacieux selon lequel le décalage entre le taux actuel (± 2 217), stable depuis plusieurs mois à la suite de la politique monétaire menée par le Gouverneur André Wameso, et le taux moyen budgétisé pour 2026 (2 467 CDF / USD) ferait « perdre » de l’argent au Trésor en diminuant les recettes douanières et fiscales. Le taux fin de période est même projeté à 2 634 CDF / USD dans le Budget 2026, une mesure prudentielle visant à anticiper d’éventuels chocs exogènes.

Ce raisonnement est erroné. Le fait que le franc soit plus fort que les prévisions budgétaires signifie que la BCC préserve la valeur de la monnaie nationale bien au-delà des attentes initiales. Préférer une monnaie faible pour gonfler artificiellement les lignes de recettes nominales est une stratégie inflationniste. Les éventuels ajustements de recettes relèvent d’une loi de finances rectificative et non d’un sabotage de la monnaie en la laissant « filer » pour rencontrer les prévisions budgétaires.

La politique dynamique de la BCC

L’idée que la BCC « asphyxie » l’économie est démentie par les faits. La Banque Centrale pilote la liquidité de manière proactive. Pour preuve, après avoir réduit son taux directeur de 25 % à 17,5 % en octobre 2025, l’autorité monétaire poursuit son accompagnement de l’activité économique en prévoyant les ajustements de ce taux en fonction des évolutions économiques internationales et nationales.

La détente monétaire proposée par la BCC depuis octobre 2025 vise à dynamiser le crédit tout en consolidant les acquis de la stabilité. Parallèlement, maintenir des taux rémunérateurs sur les dépôts en CDF (DAT) renforce l’épargne en monnaie nationale qui ne représentait encore que 12,8 % du total à la fin 2025. Encourager la détention du franc est la seule voie vers une dé-dollarisation progressive.

Relever le niveau du débat

Le véritable enjeu n’est pas de faire croire aux Congolais que la BCC « vide les caisses » et que sa politique monétaire pénaliserait la paie des agents publics. Il est de savoir si la République démocratique du Congo peut encore se permettre l’instabilité monétaire. La réponse évidente est non ; la stabilité du franc n’est pas l’obstacle au paiement des agents publics, elle protège leur pouvoir d’achat et renforce la confiance des opérateurs économiques dans la monnaie nationale.

Imputer à la BCC des tensions de trésorerie nées d’une expansion massive de la masse salariale dues aux contingences de la gestion gouvernementale relève d’une méconnaissance des mécanismes économiques ou d’une volonté démagogique de brouiller les responsabilités institutionnelles. La rigueur monétaire actuelle menée par André Wameso est le socle sur lequel doit se construire la discipline budgétaire, et non le bouc émissaire de ses faiblesses.

Léon ENGULU III
Directeur Associé,
Cabinet de Conseil LECC

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