Si Jeunesse Savait Féministes RDC a organisé, jeudi à Kinshasa, une veillée en mémoire des femmes victimes de féminicides, avec l’appui du Réseau des Jeunes Féministes d’Afrique centrale (REJEFEMAC). Placée sous le thème « Pour elles, contre l’oubli », la rencontre a réuni des militantes féministes, des familles de victimes et des organisations de la société civile autour d’une même revendication : la reconnaissance du féminicide dans la législation congolaise et l’adoption de sanctions spécifiques.
Directrice exécutive de Si Jeunesse Savait en RDC, Evia Yelanga a présenté les objectifs de cette veillée, consacrée à la mémoire des femmes tuées dans des actes de violence, notamment conjugale. Elle a également animé les échanges entre les participantes et les intervenants.

À l’ouverture, Agathe Ngomba, coordonnatrice a.i. du REJEFEMAC, a insisté sur la nécessité de préserver la mémoire des victimes et de ne pas laisser leur histoire se résumer à un fait divers. « Cette rencontre n’est pas seulement un moment de recueillement. Elle est un acte de mémoire, de solidarité et de résistance féministe. Nous voulons redonner un nom, un visage à chaque femme tuée », a-t-elle déclaré.
Pour elle, le féminicide, forme extrême des violences fondées sur le genre, ne saurait être considéré comme une affaire privée. Elle a notamment dénoncé les pressions sociales qui poussent certaines femmes à subir des violences en silence, au nom du mariage, de la famille ou de la réputation.

« Aucune tradition, aucune coutume, aucune croyance, aucune relation amoureuse ne peut justifier la violence faite aux femmes. Les domiciles doivent être un lieu de sécurité et non un espace de peur », a-t-elle insisté.
La responsable du REJEFEMAC a également appelé les autorités congolaises à renforcer les mesures de prévention, la protection des victimes et la lutte contre l’impunité. Au nom de son organisation, elle a plaidé pour un cadre juridique qui reconnaisse et sanctionne spécifiquement le féminicide, mais aussi pour une meilleure prise en charge des survivantes, des mécanismes de signalement accessibles et une protection effective des femmes menacées.

Elle a par ailleurs invité les familles, les responsables religieux et coutumiers, les hommes engagés contre les violences, les médias et les organisations de la société civile à prendre part à ce combat. « La lutte contre le féminicide ne peut reposer uniquement sur les épaules des femmes et des féministes. C’est une responsabilité collective », a-t-elle rappelé.
S’adressant aux femmes victimes de violences, Agathe Ngomba leur a rappelé qu’elles ne devaient pas se sentir coupables des sévices subis et qu’elles avaient droit à la protection. Aux familles endeuillées, elle a assuré que la mémoire de leurs proches devait rester vivante.
Elle a clôturé son intervention par un appel à la justice et à la fin des violences : « Pour elles, contre l’oubli. Pour elles, contre la violence. Pour elles, pour la justice et pour la vie »

Violences domestiques : les formes et les recours juridiques
La première partie des échanges a porté sur la définition des violences et leurs différentes manifestations. Agathe Ngomba a distingué quatre formes : les violences physiques, psychologiques, économiques et sexuelles.
Me Marie Lukusa est ensuite intervenue sur les violences domestiques et les dispositions légales applicables en RDC. Elle a évoqué plusieurs textes, dont la Constitution, qui consacre notamment la protection de la vie humaine et l’égalité entre les femmes et les hommes, le Code pénal, les lois de 2006 et de 2015 relatives aux violences sexuelles, une ordonnance-loi de 2023, ainsi que la loi de 2022 portant sur la protection et la réparation des victimes.

Pour illustrer les difficultés liées à la répression de ces violences, elle a cité des chiffres faisant état de 821 survivantes recensées en 2023, contre seulement 48 condamnations.
De son côté, Grâce Shako, représentante de la Ligue des féministes de la RDC, a encouragé les femmes confrontées aux violences à rompre le silence et à chercher du soutien auprès de personnes de confiance. Elle a ensuite animé une séance de témoignages au cours de laquelle des membres de familles de victimes ont pris la parole.

Ces témoignages ont donné une place aux expériences des familles directement touchées par les féminicides, au-delà des interventions consacrées aux violences faites aux femmes et aux réponses juridiques possibles.
FIDEL SONGO