Trente jours après la mort de son garde du corps, Manassé Lomboto, tué lors de la marche de l’opposition à Kinshasa à la mi-septembre dernier, Prince Epenge s’exprime enfin publiquement. Il s’agissait en fait d’une sortie médiatique « de vérités ». Entouré du collectif de ses avocats et de membres de sa famille politique, le porte-parole de Lamuka a « éventré le boa » en retraçant les circonstances de la mort de son homme fort, parti trop tôt, à 25 ans.
Vidéos à l’appui, projetées devant tous les journalistes et invités présents à la conférence de presse, Prince Epenge a d’abord balayé les arguments selon lesquels Manassé Lomboto ne se serait pas trouvé dans le cortège des manifestants le jour de la marche de la C64. Les images projetées sur place montraient pourtant le garde du corps en train d’encadrer son leader politique au milieu de la foule, en pleine manifestation.
Cette précision valait la peine, au vu des versions qui circulent sur la toile et dans certains salons politiques de l’Union sacrée, selon lesquelles il s’agirait d’un montage fabriqué par l’ADDCongo et son président afin de salir le régime en place.
Prince Epenge a également dénoncé des tentatives de subornation de témoins et même de certains membres de la famille biologique du défunt. Il fait allusion aux multiples rencontres et invitations du secrétaire général de l’UDPS-Tshisekedi, Augustin Kabuya, qui a récemment convoqué d’abord des membres de la famille paternelle de Manassé, puis ceux de la famille maternelle.
« Augustin Kabuya a invité séparément certains membres de la famille paternelle et maternelle du défunt : d’abord à son bureau vers Shaumba, puis chez lui à Limete. C’est louche. On connaît ses intentions. Mais la question est de savoir pourquoi toute cette agitation », a questionné le président de l’ADDCongo.
Manassé « tué » une nouvelle fois
Chez les Bantous, une dépouille ne reste pas longtemps sans être enterrée. C’est ce qu’a répondu Prince Epenge à un journaliste qui demandait si les 11 jours séparant le décès de l’enterrement n’étaient pas un délai trop court.
Epenge a toutefois précisé, dans la foulée, que la demande d’enterrement n’émanait pas de la famille politique, mais de la famille biologique. Seulement, le 26 septembre, jour prévu pour l’inhumation, l’intervention « brutale » et « inopinée » des forces de l’ordre pour empêcher la cérémonie a été perçue par le parti, ainsi que par l’ensemble de la coalition C64, comme un sabotage.
« Ils savaient que nous allions enterrer Manassé ce jour-là. Cela nous a tous étonnés que les autorités ne se soient pas saisies de la situation, surtout qu’il s’agissait d’une mort d’homme. Mais qu’elles attendent près de deux semaines pour venir s’interposer en pleine cérémonie des derniers hommages au défunt… Et depuis, rien ne marche dans la fameuse enquête, alors qu’une autopsie ne peut pas durer aussi longtemps », a lâché Epenge, se disant dubitatif quant à la traçabilité et à la transparence de la démarche.
Une attaque préméditée et ciblée
Selon le leader de l’ADDCongo, les échauffourées du 15 septembre, « provoquées par les militants de la Force du progrès » (UDPS), étaient préméditées et avaient pour but son élimination physique. Dans ces attaques, a-t-il déclaré, outre Manassé Lomboto, un autre cadre du parti, également conseiller juridique de l’ADDCongo a été gravement blessé et emmené dans le même hôpital que le défunt. Le porte-voix de Lamuka se dit étonné que de tels actes de violence viennent de l’UDPS-Tshisekedi, ancien parti de l’opposition.
Les avocats de l’ADDCongo ont signalé qu’une plainte a déjà été déposée en justice afin que les auteurs et coauteurs de cette barbarie, qui a coûté la vie à Manassé, répondent de leurs actes. Ils précisent cependant qu’au moindre problème, les instances internationales seront saisies.
Fidel Songo