Alors que le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé un Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du bureau politique du FCC, appelle à revoir la méthode proposée. Dans cette nouvelle tribune, il plaide pour un « Dialogue des vérités » qui réunirait le pouvoir, l’opposition, les anciens dirigeants, les forces sociales ainsi que les acteurs liés à la crise sécuritaire. Il demande notamment des garanties d’indépendance, une participation réellement inclusive et une discussion sans sujets interdits sur la gouvernance, la guerre, les élections, l’armée, la justice et la refondation de l’État.
TRIBUNE DE VÉRITÉ
MONSIEUR LE PRÉSIDENT, N’AYEZ PAS PEUR DU DIALOGUE DES VÉRITÉS
La République n’a pas besoin d’une consultation contrôlée. Elle a besoin que les Congolais se regardent enfin en face.
Le discours présidentiel annonçant le « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État » aurait dû contribuer à apaiser les inquiétudes, rapprocher les positions et ouvrir une espérance.
Il produit malheureusement, dans une partie importante de l’opposition politique et des forces sociales, l’effet inverse.
La méfiance augmente.
Les interrogations se multiplient.
Le sentiment s’installe que ce qui est présenté comme un dialogue risque de devenir un processus organisé par le pouvoir, conduit selon ses propres règles, avec ses propres exclusions et sous son propre contrôle.
Il faut entendre cette inquiétude avant qu’elle ne devienne une nouvelle fracture nationale.
Je le dis avec gravité : la République démocratique du Congo n’a pas besoin d’un dialogue contre Félix Tshisekedi.
Elle ne peut davantage se satisfaire d’un dialogue organisé par Félix Tshisekedi pour conforter Félix Tshisekedi.
Elle a besoin d’un dialogue au-dessus de Félix Tshisekedi, au-dessus de Joseph Kabila, au-dessus de l’AFC/M23, au-dessus du FCC, de l’Union sacrée et de toutes nos appartenances politiques.
Elle a besoin du Dialogue des vérités.
NOUS NE VOULONS PAS D’UNE RÉVOLUTION
Des voix commencent à évoquer un dialogue sans le Président de la République.
Je ne partage pas cette orientation.
En dehors d’une rupture de l’ordre constitutionnel, d’une révolution ou d’une insurrection, dont nous ne voulons pas, le Président de la République reste un acteur incontournable de la recherche d’une solution nationale.
La philosophie du Parti des Vertus Républicaines et de la Renaissance nationale n’est ni celle de l’insurrection ni celle du chaos.
« Notre arme est la parole. Notre arme est la vérité. Notre arme est notre plume. Notre combat est celui de la République. »
Nous voulons restaurer un État souverain, juste, stratège, travailleur et durable.
C’est précisément pour cette raison que nous demandons au Président de la République de ne pas avoir peur du véritable dialogue.
LE DIALOGUE QUI FAIT PEUR
Pourquoi un vrai dialogue paraît-il si difficile ?
Parce qu’un véritable dialogue oblige chacun à entendre ce qu’il ne souhaite pas entendre.
Il obligera la majorité à entendre les critiques sur la gouvernance.
Il obligera l’opposition à répondre de ses propres responsabilités.
Il obligera les anciens dirigeants à expliquer leurs décisions.
Il obligera les responsables actuels à rendre compte des leurs.
Il obligera les acteurs armés à répondre de la guerre.
Il obligera les institutions électorales à répondre des contestations qui pèsent sur les processus électoraux.
Il obligera la justice à s’interroger sur son indépendance.
Il obligera la République à regarder en face le tribalisme, le népotisme, la corruption, l’affaiblissement de l’administration, la destruction de la méritocratie, la crise de l’armée, l’injustice sociale, le chômage, l’économie de prédation et la perte progressive de confiance dans l’État.
Voilà le dialogue dont le Congo a besoin.
Non pas un partage des postes.
Non pas une conférence de circonstance.
Non pas une opération de communication.
Mais une confrontation pacifique avec la vérité nationale.
FÉLIX TSHISEKEDI NE PEUT PAS ÊTRE À LA FOIS CONVOCATEUR, ARBITRE ET MAÎTRE DU RÉSULTAT
Le Chef de l’État annonce des consultations dans les 26 provinces.
Pourquoi pas ?
Mais la question fondamentale demeure : qui choisira les consultants ? Qui déterminera les questions ? Qui recevra les mémorandums ? Qui établira la synthèse ? Qui contrôlera la fidélité entre ce que les populations auront réellement dit et ce qui sera finalement présenté comme leur volonté ?
La confiance ne se décrète pas.
Elle s’organise.
Dans un pays traversé par une profonde crise de confiance institutionnelle, la simple assurance présidentielle que le processus sera indépendant ne suffit plus.
Il faut des garanties vérifiables.
La commission préparatoire doit être pluraliste.
Son mandat doit être négocié.
Ses membres doivent être acceptables pour les principales forces politiques et sociales.
Ses travaux doivent être transparents.
Ses conclusions doivent être traçables.
Et surtout, aucune consultation populaire ne doit être détournée pour fabriquer artificiellement une demande de révision constitutionnelle.
Si le pouvoir affirme que telle n’est pas son intention, qu’il le dise clairement et solennellement.
AFC/M23 : LA CONTRADICTION DOIT ÊTRE RÉSOLUE
Le Président affirme qu’aucune arme ne peut créer une légitimité politique.
Sur le principe, nous sommes d’accord.
Les armes ne doivent jamais constituer un raccourci vers le pouvoir.
Mais la République doit aller jusqu’au bout du raisonnement.
Si l’AFC/M23 constitue une partie militaire au conflit suffisamment importante pour que la République discute avec elle dans des processus internationaux, comment imaginer régler durablement les causes congolaises de la guerre sans qu’à un moment donné toutes les dimensions politiques de cette crise soient abordées ?
« Dialoguer n’est pas absoudre. Dialoguer n’est pas amnistier les crimes. Dialoguer n’est pas donner le pouvoir aux armes. Dialoguer, c’est chercher les voies permettant aux armes de se taire définitivement. »
KABILA ET TSHISEKEDI DOIVENT SE PARLER
Il existe également une vérité que notre pays ne pourra pas éternellement contourner.
La rupture entre le FCC et CACH n’a pas seulement mis fin à une coalition. Elle a ouvert une fracture politique dont les conséquences continuent de traverser les institutions et la vie nationale.
On peut apprécier différemment Joseph Kabila. On peut juger sévèrement ses 18 années au pouvoir. On peut contester Félix Tshisekedi.
Mais aucune République ne se construit durablement sur des vendettas politiques successives.
À un moment de l’histoire, les deux hommes devront accepter de se regarder en face.
Pas pour partager le pouvoir.
Pas pour effacer le passé.
Mais pour empêcher que leurs différends, leurs entourages et leurs héritages politiques ne deviennent une guerre transmise aux générations suivantes.
LA GUERRE NOUS INTERDIT LES ILLUSIONS
Bunagana est tombée aux mains du M23 en juin 2022. Plus de quatre années se sont écoulées. Depuis, la crise militaire a profondément changé de dimension.
Cela devrait suffire à convaincre chacun que la seule proclamation de la victoire militaire ne constitue pas une stratégie.
Notre armée doit être reconstruite, professionnalisée, équipée, disciplinée et replacée au cœur de la souveraineté nationale.
Mais pendant cette reconstruction, la diplomatie et le dialogue politique restent des instruments de puissance nationale.
Les Accords de Washington sont importants. Doha est important. L’Union africaine est importante. Les Nations unies sont importantes.
Mais aucune puissance étrangère ne viendra reconstruire l’État congolais à notre place.
« La paix durable sera d’abord congolaise ou elle ne sera pas. »
NI LES ARMES, NI LES IRRÉGULARITÉS ÉLECTORALES
Le Président a raison lorsqu’il affirme que la conquête militaire ne peut conférer la légitimité politique.
Mais ce principe doit être universel.
La démocratie ne peut fonctionner à géométrie variable.
La force des armes ne doit pas permettre de conquérir le pouvoir.
Mais les irrégularités électorales, la manipulation des institutions, l’utilisation partisane de l’administration ou l’affaiblissement de la transparence électorale ne peuvent davantage produire une légitimité incontestable.
« Ni la légitimité par le fusil. Ni la légitimité par la falsification de la volonté populaire. »
La seule légitimité démocratique durable est celle qui repose sur des institutions crédibles et sur le consentement vérifiable des citoyens.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT, CHANGEZ DE MÉTHODE
L’heure n’est plus aux certitudes solitaires.
Elle est à l’écoute.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku demande notamment une médiation crédible, la participation de toutes les grandes familles politiques, la présence des forces sociales, religieuses, universitaires, économiques, féminines et de la jeunesse, ainsi que des garanties de sécurité et de liberté pour les participants.
Il estime également que le dialogue doit pouvoir aborder sans sujets interdits la paix, la sécurité, l’intégrité territoriale, l’État de droit, la justice, les libertés publiques, la réforme électorale, la CENI, les institutions, la gouvernance, l’armée, l’économie, les mines, l’emploi, la jeunesse, la décentralisation et la souveraineté nationale.
« Vous pouvez écouter ce qui fait mal. C’est peut-être précisément là que commence la véritable grandeur politique. »
LE CONGO N’A PLUS LE TEMPS
Le PVR estime que les fractures actuelles peuvent, si elles ne sont pas traitées, devenir territoriales, communautaires et générationnelles.
Le parti réaffirme ainsi son opposition à toute révolution ou insurrection et privilégie la voie de la parole, de la doctrine et de la proposition.
« Le Congo a besoin d’un Dialogue des vérités. Un dialogue pour restaurer la Nation. Un dialogue pour refonder l’État. Un dialogue pour reconstruire la souveraineté. »
Pour Moussa Kalema Sangolo-Zaku, ce dialogue ne doit appartenir ni à Félix Tshisekedi, ni à Joseph Kabila, ni à une majorité, ni à une opposition, mais à l’ensemble de la Nation congolaise.
« Monsieur le Président, n’ayez pas peur de ce dialogue. L’Histoire pardonne parfois l’erreur. Elle pardonne beaucoup moins le refus obstiné de la corriger. »
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC