Pendant que l’ONU somme Kigali de retirer ses troupes du Congo, Kinshasa et Kigali préparent une conférence trilatérale prévue ce mois d’octobre pour réviser l’ordre d’opérations censé encadrer l’application de leurs engagements sécuritaires. Un rendez-vous suspendu à des positions toujours aussi éloignées sur le terrain.
Le calendrier diplomatique s’annonce chargé pour la RDC et le Rwanda. Une conférence de planification trilatérale doit se tenir courant octobre, sous l’égide des États-Unis, pour réviser l’ordre d’opérations qui encadre la mise en œuvre de l’accord de paix de Washington signé en décembre 2025. Ce document technique doit préciser les étapes concrètes de désengagement militaire et de neutralisation des groupes armés.
La décision avait été actée lors de la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, tenue les 12 et 13 août à Washington entre représentants congolais, rwandais, américains, qataris, togolais et de l’Union africaine. Les deux parties s’y étaient entendues sur deux chantiers prioritaires : renforcer le suivi de l’application des accords sur le terrain et organiser cette fameuse conférence d’octobre.
Une pression onusienne accrue sur Kigali
La conférence intervient dans un climat diplomatique tendu. Le Conseil de sécurité des Nations unies a exigé, le 2 octobre, le retrait immédiat et sans condition des troupes rwandaises du territoire congolais, ainsi que la cessation de tout soutien à l’AFC/M23. L’instance onusienne a par ailleurs pris acte d’une lettre congolaise du 24 septembre détaillant le processus de désarmement, démobilisation, cantonnement et rapatriement visant les FDLR, processus que Kinshasa entend étendre à l’ensemble des groupes armés actifs dans l’Est.
Le Conseil de sécurité a salué, dans la foulée, l’achèvement des deux premières missions du mécanisme conjoint de vérification élargi de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, menées à Minembwe (Sud-Kivu) et à Masisi (Nord-Kivu).
Kigali, de son côté, campe sur sa position. Devant le Conseil de sécurité fin septembre, le Rwanda a réaffirmé son attachement aux accords de Washington tout en plaçant la neutralisation des FDLR au cœur de ses exigences, estimant que la paix durable passe d’abord par la cessation de toute coopération avec ce groupe armé.
Anzuluni multiplie les escales diplomatiques
Sur le volet FDLR, Kinshasa a engagé une offensive diplomatique tous azimuts. Le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, mandaté par le président Félix Tshisekedi, enchaîne les capitales pour défendre les avancées enregistrées depuis la publication, en juillet, du protocole relatif à la reddition volontaire des combattants FDLR. Après des audiences à Luanda et à Lomé, il a martelé que « les avancées constatées démontrent clairement la volonté de la RDC de respecter les engagements qu’elle a souscrits », tout en appelant les autres parties à traduire les gains politiques en résultats concrets pour les populations civiles de l’Est.
Sur le terrain, la situation reste pourtant volatile. Les forces armées congolaises ont intensifié leurs opérations aériennes contre le M23 dans le Nord-Kivu et l’Ituri, sans parvenir à empêcher le groupe rebelle de poursuivre son expansion territoriale. Des redditions de combattants continuent néanmoins d’être enregistrées, signe que le processus de DDR progresse, même lentement.
La conférence d’octobre devra donc trancher une question simple en apparence mais cruciale dans les faits : les engagements pris à Washington peuvent-ils se traduire en mécanismes opérationnels assez précis pour faire reculer, enfin, les violences dans l’Est congolais.
La Rédaction