Un sol très fertile qui peut tout faire pousser. Un sous-sol à la richesse paradisiaque mais la population gémi dans la misère la plus indescriptible. La RDC, puisqu’il s’agit d’elle, est un pays riche mais les gens qui vivent, ses propres filles et fils meurent de pauvreté. C’est ainsi que dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku interroge sur ces paradoxes les plus frappants de la République démocratique du Congo. La coexistence d’immenses richesses naturelles, humaines et écologiques avec une pauvreté persistante qui touche une grande partie de la population, alors que le pays dispose d’atouts considérables ; ressources minières stratégiques, potentiel hydraulique exceptionnel, vastes terres agricoles et l’une des plus grandes forêts tropicales du monde.
Moussa Kalema questionne la relative passivité de la société congolaise, première victime dans toute cette histoire, face aux inégalités et aux dérives de gouvernance.
Au-delà de la critique politique, le leader de PVR lance une interpellation directe aux citoyens, à la société civile et aux leaders d’opinion sur la nécessité de reconstruire une véritable culture d’exigence démocratique.
CI-DESSOUS, L’INTÉGRALITÉ DE LA TRIBUNE
Il existe dans le monde des pays pauvres. Il existe aussi des pays riches. Mais il y a quelque chose de plus troublant encore : un pays immensément riche dont le peuple reste dramatiquement pauvre — et qui semble s’habituer à cette contradiction.
La République démocratique du Congo incarne peut-être aujourd’hui l’un des paradoxes les plus saisissants de notre époque.
On évoque souvent les richesses minières du pays : cobalt, cuivre, coltan, or, diamants et tant d’autres minerais stratégiques qui alimentent les industries du monde entier.
Mais réduire la richesse du Congo à ses seules mines serait une erreur.
Le Congo est également :
l’un des plus grands réservoirs hydrauliques de la planète, grâce notamment au fleuve Congo et à son potentiel énergétique gigantesque ;
un territoire où la pluviométrie exceptionnelle offre des conditions idéales pour l’agriculture ;
un pays disposant de millions d’hectares de terres arables, capables de nourrir une grande partie du continent africain ;
le détenteur de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde, véritable poumon écologique de la planète dans la lutte contre le réchauffement climatique ;
et enfin une nation de plus de 100 millions d’habitants, dont une population majoritairement jeune, dynamique et pleine d’énergie.
Peu de nations au monde cumulent autant d’atouts.
Et pourtant, la majorité du peuple congolais vit encore dans des conditions extrêmement difficiles.
Cette contradiction n’est pas seulement économique.
Elle est politique, morale et historique.
Une question qui dérange
Face à cette réalité, une interrogation s’impose :
comment un peuple plongé dans une telle pauvreté peut-il tolérer que ses dirigeants vivent parfois dans une opulence qui contraste violemment avec la vie quotidienne des citoyens ?
Plus troublant encore : pourquoi cette situation ne suscite-t-elle pas une indignation nationale permanente ?
La question est devenue si évidente que même le président de la République, Félix Tshisekedi, s’est lui-même étonné publiquement de la passivité du peuple face à certaines dérives de la classe dirigeante.
Cet étonnement mérite réflexion.
Car au-delà des responsabilités évidentes des gouvernants, il révèle aussi un problème plus profond : la faiblesse de la culture d’exigence citoyenne dans notre société.
La banalisation de l’inacceptable
Dans de nombreuses démocraties, l’écart indécent entre la misère populaire et le luxe des élites déclenche immédiatement des réactions :
enquêtes journalistiques,
mobilisation de la société civile,
pressions des organisations de défense des droits humains,
débats publics vigoureux.
Au Congo, ce scandale semble progressivement se banaliser.
La pauvreté devient un paysage.
Le luxe du pouvoir devient une habitude.
Et la résignation collective s’installe.
Comme si l’injustice avait fini par devenir normale.
Le silence organisé
Il serait toutefois naïf de croire que ce silence est entièrement spontané.
Depuis plusieurs décennies, une véritable culture politique de la manipulation s’est installée dans notre pays.
Elle repose notamment sur :
le culte de la personnalité autour des dirigeants ;
l’instrumentalisation des appartenances politiques ou identitaires ;
l’usage permanent de la propagande ;
et parfois même la participation de certaines églises dites de réveil qui transforment la résignation sociale en fatalité spirituelle.
Dans ce système, le peuple n’est plus encouragé à questionner le pouvoir.
On lui demande de croire.
De patienter.
D’espérer.
Mais rarement d’exiger des comptes.
Où sont les vigies de la nation ?
Cette situation pose une autre question fondamentale :
où sont passées les vigies morales de notre société ?
Où sont :
les intellectuels,
les universitaires,
les journalistes d’investigation,
les organisations de défense des droits humains,
les leaders d’opinion,
et même certaines figures religieuses qui devraient être les gardiennes de l’éthique publique ?
Une nation ne meurt pas seulement de la mauvaise gouvernance.
Elle peut aussi mourir du silence de ceux qui devraient alerter.
Une responsabilité collective
Le Congo n’a pas seulement besoin de nouveaux discours politiques.
Il a besoin d’un réveil citoyen profond.
Pas une rébellion.
Pas une violence.
Mais une exigence.
Une exigence simple et légitime :
que les dirigeants rendent des comptes au peuple.
Car dans toute démocratie digne de ce nom, les citoyens ne sont pas des spectateurs passifs.
Ils sont les véritables détenteurs de la souveraineté.
L’heure du réveil
Le peuple congolais possède une richesse immense.
Pas seulement dans son sol, ses rivières ou ses forêts.
Mais aussi dans sa jeunesse, sa créativité et sa capacité de résilience.
Un peuple aussi grand ne peut pas se contenter éternellement de survivre dans un pays aussi riche.
Il doit apprendre à poser les bonnes questions :
Pourquoi notre pays reste-t-il pauvre ?
Où va réellement l’argent public ?
Pourquoi les richesses nationales ne profitent-elles pas d’abord aux citoyens ?
Pourquoi les conditions de vie stagnent-elles malgré les immenses potentialités du pays ?
Ces questions ne sont pas des attaques contre l’État.
Elles sont le fondement même de la démocratie.
Car au fond, le véritable scandale congolais n’est pas seulement la richesse d’un pays où le peuple reste pauvre ; le véritable scandale est peut-être le silence qui entoure encore cette injustice.
Fait à Kinshasa le 13/03/26
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC