Programme Jardin scolaire 1 milliard d’arbres à l’horizon 2023, la promesse du Président Tshisekedi est-elle tenue ?

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Le programme Un milliard d’arbres visant à reboiser une partie de la RDC a été lancé en 2019 par le président Tshisekedi. Le programme initialement nommé “jardin scolaire 1 milliard d’arbres à l’horizon 2023” était destiné avant tout à sensibiliser la jeunesse à l’écocitoyenneté. Étant à la fin de l’échange, les initiatives de reboisement en RDC ne permettent pas de vérifier si le programme a été appliqué. À Kinshasa comme partout ailleurs à travers le pays, combien d’arbres ont réellement été plantés, où et quand ?

Institué sur l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo, le projet vise à « réaliser un grand chantier communautaire et écocitoyen, de restauration écologique et à fort bénéfice socio-économique au profit des populations urbaines et rurales », selon les propres termes du Président de la république, prononcés à la tribune de l’ONU en septembre 2020.
Les chiffres officiels du projet
Le projet est exécuté par le Fonds Forestier National (FFN), service technique du ministère de l’environnement. Le mardi 14 novembre 2023, cinq jours avant le lancement de la campagne électorale, Félix Tshisekedi s’est exprimé sur ce qui a constitué son programme environnemental du quinquennat. C’était lors de son discours annuel devant les deux chambres du parlement. Il s’est félicité d’avoir atteint l’objectif.
“Avec les moyens financiers issus entièrement du trésor public, 2122 hectares ont été reboisés dans 15 provinces, en raison d’une moyenne de 100 hectares par province”, a affirmé le chef de l’Etat.
Ce passage du discours de Félix Tshisekedi parle du nombre d’hectares reboisés sans toutefois donner la précision sur le nombre d’arbres plantés.

Le Président Tshisekedi devant le Congrès au Palais du Peuple, le 14 novembre 2023

Cependant, le nombre d’arbres plantés dans le cadre de cette initiative présidentielle avait déjà été donné par la ministre d’Etat en charge de l’environnement, Eve Bazaiba. C’était au cours de la 119ème réunion du conseil des ministres du 10 novembre 2023.
“Avec l’implication des autres parties prenantes, la Ministre d’Etat, Ministre de l’Environnement et Développement Durable a annoncé un résultat de 89,4%, soit 894.082.425 arbres plantés à ce jour sur le 1 milliard d’arbres”, lit-on dans le compte-rendu dudit conseil des ministres.
Mais pour le concepteur de ce projet : « 2122 hectares reboisés constituent deux à trois millions d’arbres plantés ». Junior Tchiteya se pose la question de savoir « où ces arbres ont été réellement plantés dans les 15 provinces évoquées ?».
Bien auparavant, dans un article publié par le site environnemental desknature.cd le 20 septembre 2023, selon une première évaluation faite par le gouvernement en octobre 2022, plus de 351 mille hectares de terre ont été couverts d’arbres plantés à travers le pays. Ce qui équivaut à 355 millions d’arbres plantés soit 35,52% de taux de réalisation.
Des chiffres qui ont suscité un tollé général dans l’opinion nationale, au point que ces chiffres ont été contestés même par le FFN, censé fournir les données statistiques sur les résultats du projet.

Un tweet sur le nombre d’arbres plantés en 2 ans contesté par le Fonds Forestier National (FFN), publié le 26 octobre 2023 par Environews.rdc-org, site dédié à l’actualité environnementale


Engagements internationaux de la RDC sur le plan environnemental
1 milliard d’arbres est un projet stratégique devant accompagner la RDC à réaliser les engagements pris au niveau international en marge de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et les défis de Bonn, où la RDC avait pris la résolution de restaurer 8 millions d’hectares de forêts dégradées. Le programme devrait aider également la RDC à maintenir sa place en tant que leader dans la lutte contre le changement climatique.
La République Démocratique du Congo dispose, selon les estimations, de plus de 155 millions d’hectares de forêts primaires dans le bassin du Congo considéré comme le deuxième poumon forestier du monde après le bassin de l’Amazonie, avec le Brésil. Pour souligner l’importance de ses forêts sur l’échiquier mondial, la RDC ne manque jamais les occasions pour évoquer son massif forestier, indispensable pour l’équilibre écologique planétaire, ses forêts séquestrent quelques milliards de tonnes de dioxyde de carbone chaque année. La RDC est impliqué dans les politiques environnementales internationales comme le montre la présence gouvernementale congolaise au « One Forest Summit », organisé les 1er et 2 mars 2023 à Libreville au Gabon et tout récemment du 26 au 28 octobre 2023 à Brazzaville au Congo au cours du sommet des trois bassins tropicaux du monde.
A chaque occasion, les autorités congolaises vantent le leadership naturel du pays en matière forestière et des services environnementaux rendus à toute la planète.
C’est pour consolider ce leadership naturel comme premier pays forestier dans le bassin du Congo, que le Président Tshisekedi a initié ce projet qui vise à couvrir les 26 provinces sur une superficie totale de 5 millions d’hectares.
Le programme ambitionne de former 20.000 enseignants et un million d’écoliers engagés dans l’action climat ; l’atténuation de la pollution de l’air ; du dérèglement climatique et des risques d’inondations dans près de 20 villes dont Kinshasa, la capitale.
Première tentative de collecte des données
Pour répondre aux nombreuses interrogations sur le manque de chiffres exacts d’arbres plantés la ministère de l’environnement et développement durable a initié un atelier de sensibilisation sur la mission de collecte des données statistiques de reboisement dans le cadre du programme 1 milliard d’arbres. Mais depuis le 16 août 2023 qui a marqué le lancement de cet atelier, aucune restitution n’a été faite pour rendre publiques les conclusions de cette mission.

Un post facebook annonçant la mission de collecte des données du Projet

Contacté à plusieurs reprises par le biais de son service de communication, le Fonds Forestier National n’a pas répondu à la demande d’interview dont le questionnaire est resté lettre morte. Le FFN a affirmé communiquer les chiffres à la fin du projet prévue fin 2023.

Le Directeur Général du FFN plantant un arbre sur le Boulevard du 30 juin à Kinshasa / Limete (photo tirée de l’article de 7sur7.cd)

Sur l’un des principaux axes routiers de la ville, le boulevard du 30 juin à Kinshasa, un des sites retenus, les arbres plantés dans le cadre du projet peinent de croître, faute d’un suivi adéquat.
A Kinshasa, d’après nos recherches 6 sites ont été retenus par le projet. Il s’agit entre autres de l’Université de Kinshasa (Unikin), du Boulevard Lumumba dans la commune de Limete, de la Commune Urbano-rurale de Maluku, de la cité de Kimpoko dans la commune de N’sele, du Camp Lieutenant-Colonel Tshatshi dans la commune de Ngaliema, …
Paulin Lokanda, Président du Cercle des Etudiants en Sciences de l’Environnement (CESEN) de l’Université de Kinshasa, Unikin, a été témoin du lancement du projet 1 milliard d’arbres sur le site de l’université. Mais sa structure n’a pas été contactée par le projet.
Faute d’avoir été contacté, le Cesen a initié son propre projet écolo pour accompagner le programme 1 milliard d’arbres. « 1000 arbres par an, pour accompagner le projet dont 500 arbres plantés le jour du lancement derrière l’École Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux (Eraift) sur une étendue de plus ou moins 3 hectares, avec l’appui financier de la coopération internationale allemande (GIZ)», dit l’étudiant.
Il poursuit : « Il n’y a pas de structure de suivi du projet, pas de moyens techniques et financiers. Il est donc difficile dans ces conditions d’atteindre les résultats attendus, car le constat est amer ». Et d’ajouter : « il faut revoir la mise en œuvre du projet, corriger certaines choses et l’amender », a insisté le président du Cesen.

Les membres du CESEN (Unikin) lors des préparatifs de la journée nationale de l’arbre sur le site de l’Eraift en décembre 2022

Soubassement juridique du projet
Me Félix-Crédo Lilakako, Président du Conseil d’administration de Juristes pour l’Environnement au Congo (JurEC), pense qu’il manque un projet de loi pour accompagner le programme : « la portée aurait été beaucoup plus claire si cet encadrement se manifestait au moyen d’une mesure administrative ou d’un texte juridique », a-t-il fait remarquer.
Toutefois, le juriste évoque l’article 52 du code forestier qui institue l’obligation à toutes personnes de reboiser ce qu’elle a déboisé : « tout déboisement doit être compensé par un reboisement équivalent, en qualité et superficie, au couvert forestier initial réalisé par l’auteur du déboisement ou à ses frais ». D’autres textes comme l’Arrêté de 2008 définissant les normes de suivi de reconstitution du capital forestier et le code minier fait également obligation aux sociétés minières sur leurs activités de compenser les activités de déboisement.
A l’étape actuelle, a-t-il indiqué : « le ministère de l’environnement devrait faire des inventaires, des calculs et tirer les leçons des forces et faiblesses du projet en faisant des évaluations qui définissent la future vision et penser à une rallonge du projet pour 5 ou 7 ans pour arriver en 2030 ».
Soupçon de fraude et détournement
Guy Kajemba, Coordonnateur du Groupe de Travail Climat Redd Rénové (GTCRR) a indiqué que c’était un bon projet accueilli avec satisfaction pour augmenter le couvert forestier et servir aux besoins quotidiens et domestiques de la population et empêcher la dégradation du sol causée par le déboisement.
« Au lancement du projet, souligne Guy Kajemba, il n’y a eu ni planification, ni vision, encore moins de mesures d’encadrement. Ce qui a donné lieu à une mauvaise gestion du programme, car ne sachant pas qui va planter ces arbres, dans quels espaces, qui va les comptabiliser et les contrôler ». Guy Kajemba évoque même « des fonds sortis qui n’ont pas été bien gérés par le Fonds Forestier National (…) ».
La ministre de l’Environnement, Eve Bazaiba, avait même exprimé son mécontentement face au manque de transparence entourant les fonds alloués au projet. Elle a évoqué le refus de ses prédécesseurs de divulguer la liste des banques dans lesquelles les fonds sont déposés ainsi que des ONG qui ont bénéficié de ces fonds. Cela soulignerait l’importance d’une gestion transparente des ressources pour garantir le succès du projet.
D’où, le projet est à « repenser, en donnant un cahier de charges au FFN pour une planification et un suivi de ce qui est planté, en ciblant les espaces à reboiser, comme c’est le cas du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL 145T) », a conclu le Coordonnateur du GTCRR, Guy Kajemba.
Le silence des services spécialisés
Contactée à plusieurs reprises, la direction du reboisement et horticulture (DRHo), service dépendant du secrétariat général à l’environnement et développement durable, qui a également reçu mandat du projet, n’a pas répondu aux appels, encore moins aux messages de demande d’interview. Même le questionnaire lui envoyé n’a pas trouvé de réponse.

Echange de messages avec la responsable de la DRHo et une banderole du projet installée à la direction du reboisement et horticulture

La question qu’on se pose est celle de savoir que cache-t-on réellement en refusant de communiquer sur le projet ? Le travail a-t-il été fait comme il se devait ? Les arbres ont-ils été plantés à travers le pays ?
Des questions restées sans réponse. Aucune statistique n’a été avancée pour la ville de Kinshasa, outre celles avancées et contestées par le FFN, puis les derniers chiffres annoncés par le Président de la République.
Nécessité d’implication des autres parties prenantes
A l’heure actuelle, malgré le satisfecit de la ministre de l’environnement et du Président de la République, le bilan du projet étant négatif, la nécessité s’impose de capitaliser et de renforcer ce qui a été fait et surtout que le projet ne reste pas une affaire d’un seul ministère (de l’environnement).
Mais plutôt intégrer d’autres ministères sectoriels dans le projet en mettant sur pied un cadre de concertation avec les ministères de l’aménagement du territoire, des affaires foncières, des mines, de l’agriculture, … ainsi que les partenaires techniques et financiers, la société civile, le secteur privé et les communautés locales pour définir ensemble des nouvelles stratégies pouvant permettre au projet d’atteindre réellement ses objectifs.
Ruben NS. Mayoni/tremplin-news.net

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