Chapeau
Face aux agressions répétées contre le clergé et les lieux de culte dans le Haut-Katanga, le président de la CENCO, Mgr Fulgence Muteba, a évoqué la possibilité pour l’Église de prendre elle-même des mesures de protection. Une déclaration qui suscite une interpellation politique sur la capacité de l’État à garantir la sécurité des citoyens. Dans une tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC, appelle les autorités à assumer pleinement leurs responsabilités, met en garde contre les risques d’une généralisation de l’autodéfense et plaide pour un Dialogue inclusif des vérités, de la renaissance et de la refondation nationale.
TRIBUNE
I. UN SIGNAL D’ALARME QUE LE POUVOIR NE PEUT IGNORER
La déclaration de Mgr Fulgence Muteba ne saurait être réduite à une réaction d’indignation après une agression de plus. Elle traduit l’exaspération d’une communauté religieuse confrontée à des violences répétées et exprime une inquiétude qui dépasse les frontières des paroisses touchées. À Lubumbashi, l’attaque contre la paroisse Notre-Dame de la Paix, dans la nuit du 26 au 27 octobre 2026, est venue s’ajouter à celle qui avait visé la paroisse Marie Notre Secours au début du même mois. Des religieux ont été agressés et des biens ont été emportés. Ces faits, rapportés par plusieurs médias, appellent des enquêtes sérieuses, l’identification des auteurs et une réponse sécuritaire effective. En déclarant que l’Église pourrait prendre des dispositions pour commencer à se défendre elle-même, le président de la CENCO adresse un avertissement aux autorités. Il rappelle que les responsables politiques et les services de sécurité doivent assumer leur mission de protection de la population. Il ne nous appartient pas de spéculer sur la nature des mesures envisagées par l’Église. Il nous appartient, en revanche, de mesurer la gravité d’une situation dans laquelle une institution religieuse estime nécessaire d’évoquer publiquement sa propre protection face à des agressions répétées. Lorsqu’une communauté commence à douter de la capacité de l’État à la protéger, ce n’est pas seulement un problème de sécurité qui se pose : c’est aussi une question de confiance dans les institutions.
II. PROTÉGER LES CITOYENS : UNE OBLIGATION FONDAMENTALE DE L’ÉTAT
La sécurité des personnes et de leurs biens n’est ni une faveur du pouvoir ni une promesse électorale. Elle constitue l’une des missions essentielles de l’État. Les prêtres, les religieux, les fidèles, les commerçants, les familles et l’ensemble des citoyens ont droit à la protection des pouvoirs publics. Les lieux de culte doivent pouvoir remplir leur mission spirituelle et communautaire sans devenir des cibles pour des individus armés. Que les agressions se multiplient dans les quartiers résidentiels, les domiciles ou les établissements religieux, la question demeure la même : les dispositifs de prévention, de surveillance, d’intervention et d’enquête sont-ils suffisamment efficaces ? Il appartient aux autorités compétentes d’y répondre, non par des déclarations rassurantes, mais par des actes vérifiables. Nous attendons notamment le renforcement de la présence sécuritaire dans les zones exposées, l’amélioration des mécanismes d’alerte, la protection des personnes vulnérables, des enquêtes diligentes et des poursuites judiciaires lorsque les éléments de preuve le justifient. Nous demandons également que les résultats de ces actions soient communiqués à la population dans le respect des enquêtes en cours. La responsabilité de l’État ne se limite pas à réagir après une attaque. Elle consiste aussi à prévenir les violences, à démanteler les réseaux criminels et à garantir que les auteurs répondent de leurs actes devant la justice
III. L’AUTODÉFENSE NE DOIT PAS DEVENIR LE SUBSTITUT DE L’ÉTAT
Nous comprenons l’exaspération des communautés confrontées à la répétition des agressions. Personne ne peut exiger des victimes qu’elles restent indifférentes devant la menace ou qu’elles renoncent à réclamer leur protection. Mais nous devons également mesurer les risques d’une généralisation des initiatives d’autodéfense, particulièrement lorsque celles-ci pourraient prendre une forme armée. Dans un contexte sécuritaire déjà fragile, la multiplication de groupes armés autonomes pourrait entraîner des erreurs d’identification, des affrontements, des représailles et une aggravation de l’insécurité. La protection des communautés doit donc s’organiser dans le respect de la loi, en coordination avec les autorités compétentes et sans encourager la constitution de structures armées échappant au contrôle légal. Il ne s’agit pas de contester le droit des personnes à se protéger dans les limites prévues par la loi. Il s’agit de rappeler qu’une République ne peut durablement fonctionner si chaque communauté est contrainte de rechercher seule les moyens de sa sécurité. L’autodéfense ne saurait devenir la politique sécuritaire d’un pays. La responsabilité de protéger doit rester une obligation effective de l’État. Le gouvernement doit entendre cet avertissement avant que la peur, la défiance et le sentiment d’abandon ne deviennent des facteurs supplémentaires de déstabilisation.
IV. LA CRISE SÉCURITAIRE FRAGILISE AUSSI L’ESPOIR DE PAIX
La dégradation de la situation sécuritaire ne concerne pas uniquement le Haut-Katanga. Elle s’inscrit dans un contexte national marqué par les violences armées dans l’Est, les déplacements de populations et les inquiétudes persistantes quant à la capacité des institutions à garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire. Les causes et les formes de ces violences diffèrent selon les régions. Il serait donc imprudent de les confondre. Mais une exigence commune s’impose : chaque Congolais doit pouvoir vivre sans être abandonné à la peur. Pendant que les familles attendent la paix, que les populations déplacées espèrent retrouver leurs foyers et que les communautés réclament la protection de leurs biens, les inquiétudes sécuritaires continuent d’éroder la confiance. La paix ne peut se limiter à la signature d’accords diplomatiques ou à des déclarations officielles. Elle exige des institutions capables de protéger les citoyens, une justice qui combat l’impunité, des forces de sécurité professionnelles et une volonté politique constante. Elle exige également un effort national de vérité, de responsabilité et de réconciliation. C’est pourquoi le PVR continue de défendre la nécessité d’un Dialogue inclusif des vérités, de la renaissance et de la refondation nationale. Un tel dialogue doit permettre d’examiner les causes profondes des crises, de restaurer la confiance entre les acteurs nationaux et de dégager des engagements concrets pour la sécurité, la justice et la cohésion nationale. Un dialogue qui éviterait les questions essentielles ne ferait que repousser les problèmes. Celui dont le Congo a besoin doit pouvoir aborder les responsabilités, les défaillances institutionnelles, les souffrances des populations et les réformes indispensables.
V. LE PVR NE PEUT RESTER SILENCIEUX : UNE ALTERNATIVE DOIT PROUVER SA CRÉDIBILITÉ
Le Parti des Vertus Républicaines ne saurait considérer ces événements comme de simples faits divers sans portée nationale. Notre vocation est de contribuer à la refondation d’un État capable d’assumer ses responsabilités, de garantir les libertés, de protéger les personnes et de faire respecter la loi sur toute l’étendue du territoire. Notre conception de la renaissance nationale repose sur quatre exigences indissociables : la dignité, la sécurité, la prospérité et le bien-être. La sécurité n’est pas un privilège réservé aux centres du pouvoir, aux personnalités influentes ou aux quartiers protégés. Elle doit être un droit effectif pour tous, indépendamment de la condition sociale, de la religion, de l’appartenance politique ou du lieu de résidence. C’est dans cette perspective que nous interpellons les autorités nationales et provinciales. Nous leur demandons : de renforcer immédiatement les mesures de protection des paroisses et des autres lieux de culte exposés aux agressions ; de faire diligenter des enquêtes sérieuses sur les attaques signalées, d’identifier leurs auteurs et d’établir les responsabilités éventuelles ; de renforcer la coordination entre les services de sécurité, les autorités judiciaires et les communautés locales, dans le respect de la loi ; de présenter à la population des mesures concrètes de prévention de la criminalité et d’évaluer publiquement leur efficacité ; de veiller à ce que les dispositifs communautaires de vigilance restent légaux, encadrés et orientés vers la prévention, sans se substituer aux forces publiques. Nous ne formulons pas ces exigences pour exploiter politiquement la peur des citoyens. Nous les formulons parce que la protection de la vie humaine et la restauration de la confiance publique constituent des responsabilités qui dépassent les clivages partisans. Une alternative crédible ne se définit pas seulement par sa capacité à dénoncer les insuffisances du pouvoir en place. Elle doit également démontrer qu’elle sait identifier les problèmes, proposer des solutions réalistes, définir des priorités et soumettre son action à l’évaluation des citoyens. C’est à cette exigence que le PVR entend répondre.
CONCLUSION — AVANT QUE L’ABANDON NE DEVIENNE UNE HABITUDE
Quand un responsable religieux en vient à envisager des mesures d’autodéfense, les autorités doivent comprendre que le problème ne peut plus être traité par de simples formules de circonstance. La sécurité des Congolais ne peut dépendre de leur capacité à se protéger individuellement. Elle doit reposer sur un État présent, des institutions responsables, des services de sécurité efficaces et une justice capable de sanctionner les auteurs de violences conformément à la loi. Nous appelons les autorités à prendre la mesure de cette alerte et à agir sans délai. Nous appelons également les communautés religieuses et l’ensemble des forces vives à privilégier la vigilance citoyenne, la coopération avec les services compétents et les voies légales, afin que la peur ne conduise pas à une escalade des violences. Le Congo ne peut pas se résigner à voir ses citoyens vivre dans l’insécurité, ses communautés s’inquiéter pour leurs lieux de culte et ses responsables religieux envisager de prendre eux-mêmes en charge une protection que la République doit garantir. La renaissance nationale commence aussi par là : rendre à chaque citoyen la certitude que sa vie compte, que ses droits sont protégés et que la loi s’applique à tous. Le PVR ne laissera pas cette alerte sans réponse. Parce qu’une alternative crédible ne se contente pas de dénoncer l’effondrement de la confiance : elle travaille à reconstruire les conditions de la sécurité, de la justice et de la dignité pour tous les Congolais. La République doit redevenir une protection pour son peuple, et non une espérance que chaque citoyen serait contraint de défendre seul.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC