Moussa Kalema, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR), réagit, dans cette tribune à découvrir intégralement ci-dessous, aux récentes déclarations de Lambert Mende Omalanga sur la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo. Il conteste notamment l’idée d’une prolongation du mandat présidentiel jusqu’à la fin de la guerre ainsi que l’exclusion de certains protagonistes du dialogue national. Pour Moussa Kalema Sangolo-Zaku, la sortie de crise doit plutôt s’appuyer sur le respect de la Constitution, un dialogue véritablement inclusif et un examen sans complaisance des responsabilités dans la crise que traverse le pays.
TRIBUNE
Le Devoir de Vérité Contre les Flatteries du Pouvoir
À Propos des Déclarations de Lambert Mende : le Congo mérite mieux que les Courtisans de Circonstance
Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Il existe, dans toutes les démocraties en crise, une catégorie d’acteurs politiques dont la fonction n’est plus d’éclairer le pouvoir, mais de lui servir de miroir complaisant.
Leur talent consiste moins à dire la vérité qu’à deviner ce que le Prince souhaite entendre.
Lambert Mende Omalanga semble malheureusement s’être installé durablement dans ce rôle.
Son parcours politique est suffisamment connu pour qu’il ne soit plus nécessaire d’en retracer chaque étape.
Il illustre, à lui seul, les métamorphoses d’une certaine classe politique congolaise : opposant sous un régime, ministre sous un autre, allié de ceux qu’elle combattait hier, adversaire de ceux qu’elle glorifiait la veille.
Les fidélités changent, les discours s’inversent, mais une constante demeure : défendre sans réserve le pouvoir en place.
Le problème n’est pas le changement d’alliances.
La démocratie autorise les évolutions politiques. Le véritable problème naît lorsque l’ambition personnelle supplante le devoir de vérité et que la flatterie remplace le conseil.
Quand le courtisan devient un danger pour la République
Les récentes déclarations de Lambert Mende ne sont pas de simples prises de position. Elles révèlent une conception préoccupante de l’État et du pouvoir.
Soutenir que le président de la République devrait demeurer en fonction jusqu’à la fin de la guerre revient à introduire dans notre ordre constitutionnel un principe aussi dangereux qu’imprévisible : celui d’un mandat dont la durée dépendrait d’un conflit dont personne ne maîtrise l’issue.
Or le président Félix Tshisekedi lui-même a reconnu que nul ne connaît la date de la fin de cette guerre.
Comment peut-on alors proposer à la Nation un pouvoir dont l’échéance dépendrait d’un événement que seul Dieu connaît ?
Une République constitutionnelle ne peut être gouvernée par l’incertitude.
La Constitution n’est pas un texte d’opportunité que l’on adapte au gré des intérêts politiques.
Elle est précisément conçue pour protéger la Nation lorsque les circonstances deviennent exceptionnelles.
Les guerres passent.
Les institutions demeurent.
Fragiliser les institutions au nom de la guerre, c’est offrir à toutes les crises futures un précédent dont notre démocratie pourrait ne jamais se relever.
Un Dialogue Inclusif ne s’écrit pas avec des Exclusions
Plus étonnante encore est la volonté affichée d’écarter du dialogue national certaines personnalités au motif qu’elles seraient déjà condamnées ou politiquement disqualifiées.
Mais alors une question fondamentale s’impose.
Si ceux qui sont accusés d’être au cœur de la crise ne participent pas au dialogue, avec qui dialoguera-t-on ?
Un dialogue n’est pas un concours de vertu.
Il n’est pas une réunion entre personnes qui pensent la même chose.
Il est précisément le lieu où la République convoque ceux qui s’opposent afin d’empêcher que les armes continuent de parler.
Nous ne demandons aucun privilège pour qui que ce soit.
Nous ne réclamons ni amnistie ni absolution.
Nous demandons simplement que les principaux protagonistes répondent devant la Nation.
Pourquoi le M23, pourtant défait en 2013, est-il réapparu ?
Quels choix politiques ont conduit à cette nouvelle tragédie ?
Pourquoi des Congolais ont-ils repris les armes contre leur propre État ?
Pourquoi des alliances se sont-elles constituées contre la République ?
Le peuple congolais mérite des réponses.
Le dialogue de renaissance nationale doit être un exercice collectif de vérité, non une cérémonie destinée à distribuer les brevets de patriotisme.
Le Rwanda n’explique pas toutes nos défaillances
Oui, le Rwanda porte une lourde responsabilité dans la tragédie sécuritaire de l’Est.
Oui, l’agression extérieure doit être combattue avec fermeté.
Mais transformer Paul Kagame en explication universelle de toutes les difficultés congolaises constitue une facilité politique qui empêche toute autocritique.
Ce n’est pas Kigali qui prépare le budget de la République.
Ce n’est pas Kigali qui administre nos entreprises publiques.
Ce n’est pas Kigali qui nomme les responsables des institutions nationales.
Ce n’est pas Kigali qui gouverne quotidiennement le Congo.
Une nation grandit lorsqu’elle assume aussi ses propres responsabilités.
L’exigence de souveraineté commence par l’exigence de bonne gouvernance.
Aucun homme n’est propriétaire du destin du Congo
Affirmer que Félix Tshisekedi serait le seul dirigeant capable de faire face à Paul Kagame revient à insulter le génie collectif du peuple congolais.
Notre Nation compte plus de cent dix millions de citoyens.
Elle regorge d’officiers, de diplomates, de magistrats, de chercheurs, d’intellectuels, de responsables politiques et de patriotes capables de défendre la République.
L’histoire d’un grand pays ne peut dépendre d’un seul homme.
Les nations survivent précisément parce que leurs institutions sont plus fortes que les individus.
Le patriotisme commande la vérité
Qualifier notre armée de force en pleine montée en puissance est un objectif que nous partageons tous.
Mais la puissance militaire se mesure aux résultats obtenus sur le terrain.
Tant que des portions importantes du territoire national demeureront hors du contrôle effectif de l’État, tant que des millions de compatriotes vivront sous la menace permanente des groupes armés, le devoir des responsables politiques sera d’encourager les réformes, non de distribuer des satisfecit.
Le patriotisme n’est pas une flatterie adressée au pouvoir.
Le patriotisme est une fidélité à la vérité.
Pour une renaissance nationale
Le Congo traverse un moment décisif de son histoire.
Notre peuple n’attend ni des slogans, ni des déclarations destinées à complaire au pouvoir.
Il attend des dirigeants capables de dire la vérité, d’assumer leurs responsabilités et de bâtir un véritable pacte national.
Le dialogue que nous appelons de nos vœux doit être celui de la renaissance de la République.
Il doit accueillir toutes les forces politiques et sociales, toutes les sensibilités, tous les protagonistes de la crise.
Non pour absoudre.
Non pour humilier.
Mais pour comprendre, établir les responsabilités, restaurer la confiance et reconstruire durablement la paix.
L’heure n’est plus aux courtisans.
Elle est aux hommes d’État.
L’avenir du Congo exige davantage de courage que de flatterie, davantage de vérité que de propagande, davantage de République que de personnalisation du pouvoir.
Conclusion
Les nations ne périssent pas seulement sous les coups de leurs ennemis extérieurs. Elles s’affaiblissent aussi lorsque leurs élites substituent la flatterie au courage, la propagande à la vérité et les intérêts de circonstance à l’intérêt général.
Le Congo n’a pas besoin de courtisans qui justifient l’injustifiable. Il a besoin d’hommes d’État capables de rappeler au pouvoir que la Constitution n’est pas un obstacle à contourner, mais le socle de notre vivre-ensemble.
Le dialogue inclusif ne sera véritablement historique que s’il permet à tous les protagonistes de répondre devant la Nation et de participer, sous le regard du peuple congolais, à l’œuvre de vérité, de réconciliation et de refondation de la République.
La République ne se consolide ni par les exclusions, ni par les anathèmes, ni par les loyautés changeantes. Elle se consolide par la force du droit, la sincérité du dialogue et le courage de regarder l’histoire en face.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré les applaudissements du pouvoir aux exigences de la République.
Mais elle honorera celles et ceux qui, dans les moments décisifs, auront choisi de défendre les institutions plutôt que les hommes, la Nation plutôt que les intérêts partisans, et la vérité plutôt que les facilités du pouvoir.
Fait à Kinshasa le 05/08/26
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR, Membre du Bureau Politique du FCC