FDLR : les contradictions de la communication officielle mettent à l’épreuve la parole de l’État ( Moussa Kalema)

La communication officielle de la République démocratique du Congo est au cœur d’une réflexion portée par Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du PVR et membre du Bureau politique du FCC. Dans cette première chronique consacrée aux « contradictions », l’auteur s’interroge sur la cohérence du discours des institutions congolaises, notamment autour de la question des FDLR, et appelle à une parole d’État plus claire, constante et coordonnée. Pour lui, la crédibilité de la République passe aussi par la maîtrise de sa communication, particulièrement sur les enjeux liés à la sécurité nationale et aux relations internationales.

Tribune

La parole de l’État est un patrimoine national

La crédibilité d’un État ne se mesure pas uniquement à la puissance de son armée, à l’étendue de son territoire ou à l’abondance de ses ressources naturelles. Elle se mesure également à la force de sa parole.

Lorsqu’un chef de l’État, un gouvernement ou un porte-parole s’exprime, ce n’est pas une opinion personnelle qui est entendue. C’est la République qui parle. Chaque déclaration officielle engage l’État devant son peuple, ses partenaires et la communauté internationale.

Dans les relations internationales, la parole officielle est une composante de la puissance. Elle inspire confiance lorsqu’elle est cohérente, constante et vérifiable. À l’inverse, lorsqu’elle varie fréquemment, elle nourrit le doute, affaiblit la position diplomatique du pays et ouvre un espace aux interprétations contradictoires, voire à la désinformation.

La République démocratique du Congo traverse une période où les défis sécuritaires, diplomatiques, économiques et géopolitiques exigent une communication publique d’une rigueur irréprochable. Dans un tel contexte, chaque mot compte. Chaque silence également.

Les textes qui suivent ne constituent ni un procès d’intention ni une entreprise de dénigrement. Ils procèdent d’une conviction républicaine : les citoyens ont le droit d’attendre de leurs institutions une parole claire, cohérente et responsable.

Cette série est une invitation à réfléchir sur un principe fondamental de la gouvernance : la communication de l’État n’est pas un instrument de circonstance ; elle est une responsabilité constitutionnelle et un impératif stratégique.

Au-delà des divergences politiques, c’est la crédibilité de la République qui est en jeu. Une Nation respectée est d’abord une Nation dont la parole est respectée. Et une parole n’est respectée que lorsqu’elle demeure fidèle aux faits, cohérente dans le temps et guidée par le seul intérêt supérieur de l’État.

C’est dans cet esprit que sont proposées Les Chroniques des contradictions, avec l’espoir qu’elles contribueront à enrichir le débat public et à promouvoir une culture de responsabilité, de cohérence et de vérité au service de la République.

FDLR : La série (Épisode 1)

La communication de l’État : qui parle au nom de la République ?

Il m’est de plus en plus difficile de comprendre le fonctionnement de la communication de notre gouvernement.

À certains moments, je me sens véritablement perdu.

Qui définit la ligne officielle de communication de l’État ?

Qui décide de ce que le ministre de la Communication et des Médias, présenté comme porte-parole du gouvernement, doit dire ou ne pas dire ?

Existe-t-il une doctrine de communication, une cellule stratégique ou une coordination entre la Présidence et le Gouvernement ?

Ces interrogations sont légitimes, car les contradictions répétées dans les déclarations des plus hautes autorités de l’État finissent par semer le doute, tant au sein de la population que chez les partenaires internationaux.

Le cas des FDLR en est une parfaite illustration.

Au fil des mois, les Congolais ont entendu plusieurs versions successives sur une question pourtant centrale dans le conflit qui oppose la République démocratique du Congo au Rwanda.

La première version consistait à nier l’existence même des FDLR sur le territoire national.

Ensuite, le discours a évolué en affirmant que « les FDLR, c’est juste une histoire de minerais », laissant entendre que cette question servait principalement de prétexte.

Quelques temps plus tard, une nouvelle version est apparue : « Les FDLR sont trop vieux », reconnaissant implicitement leur existence tout en minimisant leur capacité opérationnelle.

Puis est venue une autre explication : « Les FDLR se trouvent dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 », ce qui constituait encore une évolution du discours officiel.

Enfin, une déclaration affirmant « Nous avons signé un accord avec les FDLR » est venue ajouter une nouvelle couche de complexité à cette communication.

Au-delà de la véracité ou non de chacune de ces affirmations, une question fondamentale demeure : quelle est, au juste, la position officielle de l’État congolais ?

Cette situation rappelle un autre épisode.

Interrogé sur la présence à Kinshasa de responsables du M23 en 2019, le Président de la République avait d’abord nié leur présence sur invitation du gouvernement.

Par la suite, il a reconnu qu’ils étaient venus à leur demande.

Enfin, une troisième version a été avancée, attribuant cette invitation à l’ancien ministre de l’Intérieur, M. Gilbert Kankonde, tout en précisant que le Président ne les avait pas personnellement reçus.

Ces changements successifs de version nourrissent inévitablement les interrogations.

La communication d’un État n’est pas une affaire anodine. Elle participe à la crédibilité des institutions, à la confiance des citoyens, à la diplomatie et même à la sécurité nationale.

La République démocratique du Congo n’est pas un pays quelconque.

C’est un État-continent, au cœur de l’Afrique, doté de ressources stratégiques convoitées par le monde entier et confronté à de multiples défis sécuritaires, diplomatiques, économiques et géopolitiques.

Dans un tel contexte, chaque déclaration officielle est analysée par les partenaires étrangers, les organisations internationales, les investisseurs et les adversaires du pays.

Les contradictions répétées fragilisent la parole publique. Elles donnent l’impression d’une absence de coordination, brouillent le message diplomatique et offrent des arguments à ceux qui contestent la crédibilité de notre pays.

Cette réflexion ne vise ni la polémique ni la controverse. Elle constitue une interpellation républicaine.

Les dirigeants ont le devoir de parler d’une seule voix sur les questions touchant à la souveraineté, à la sécurité nationale et aux relations internationales.

Les citoyens ont besoin d’une parole claire, constante et cohérente. C’est à ce prix que se construit la confiance entre l’État et la Nation.

La communication gouvernementale ne peut changer au gré des circonstances.

Elle doit être guidée par la vérité, la cohérence et le sens de l’État.

C’est une exigence de gouvernance. C’est surtout une exigence de responsabilité envers le peuple congolais.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR, Membre du Bureau Politique du FCC

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