Au lendemain de la décision de la Cour constitutionnelle déclarant conforme à la Constitution la loi référendaire, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC, invite le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à ne pas promulguer le texte dans le contexte actuel. Dans la tribune ci-dessous, il estime que la priorité doit être accordée à la paix, à la restauration de l’autorité de l’État, à la récupération de l’intégrité territoriale et à un dialogue national inclusif, afin de préserver l’unité de la République.
TRIBUNE
La République au bord du précipice : pourquoi le Président de la République doit renoncer à promulguer la loi référendaire
« Les Constitutions ne sont pas faites pour servir les ambitions des hommes. Elles sont faites pour protéger la Nation contre les ambitions des hommes. »
Lorsqu’une Nation est confrontée simultanément à la guerre, à une crise institutionnelle et à une fracture politique profonde, la première responsabilité des dirigeants est de préserver l’unité nationale. Toute décision susceptible d’accroître les tensions mérite d’être réexaminée à la lumière de l’intérêt supérieur de la République.
La décision rendue par la Cour constitutionnelle validant la loi référendaire marque un tournant majeur dans la vie politique de la République démocratique du Congo.
Au-delà de son aspect juridique, cet arrêt soulève des interrogations profondes sur l’avenir de notre démocratie, sur la solidité de nos institutions et sur la capacité de notre État à préserver la paix civile dans une période d’une extrême fragilité.
Notre pays traverse aujourd’hui l’une des crises les plus graves de son histoire contemporaine.
À l’Est, la guerre continue de ravager des provinces entières.
À l’Ouest, les violences qui frappent plusieurs territoires alimentent une insécurité persistante.
Sur une grande partie du territoire national, les populations vivent sous la menace permanente des groupes armés, de la criminalité ou des conflits communautaires.
À cette crise sécuritaire s’ajoutent une précarité sociale croissante, les difficultés économiques, la perte de confiance dans les institutions publiques et une polarisation politique de plus en plus inquiétante.
Dans un tel contexte, la priorité nationale devrait être la restauration de la paix, de l’autorité de l’État et de l’unité nationale.
Or le choix d’engager un processus référendaire risque, selon moi, d’approfondir les fractures existantes plutôt que de les résorber.
Je respecte les institutions de la République ainsi que les décisions rendues par la Cour constitutionnelle. Toutefois, comme citoyen, homme politique et républicain, j’estime que cette décision appelle un débat juridique et politique approfondi sur sa conformité avec l’esprit de notre Constitution et avec les exigences de la stabilité nationale.
La Constitution n’est pas un simple texte juridique.
Elle constitue le pacte fondamental qui unit le peuple congolais.
Toute réforme constitutionnelle doit donc intervenir dans un climat de sérénité, d’inclusion, de sécurité et de confiance nationale.
Peut-on raisonnablement organiser un référendum lorsque des portions importantes du territoire connaissent encore de graves difficultés sécuritaires ?
Peut-on consulter pleinement la souveraineté populaire lorsque tous les citoyens ne sont pas placés dans des conditions comparables pour participer librement au processus démocratique ?
Ces questions méritent des réponses responsables.
Le Président de la République détient aujourd’hui une responsabilité historique.
Avant de promulguer cette loi, il lui appartient de mesurer non seulement sa portée juridique, mais surtout ses conséquences politiques, sociales et nationales.
Il ne s’agit plus uniquement d’un débat entre majorité et opposition.
Il s’agit de l’avenir même de la cohésion de la République.
Le Chef de l’État a prêté serment devant Dieu, devant la Nation et devant l’Histoire de respecter et de faire respecter la Constitution.
Ce serment lui impose d’agir en garant de l’unité nationale, de la paix civile et de la continuité de l’État.
L’Histoire retiendra moins la capacité d’un dirigeant à imposer une réforme que sa capacité à préserver son peuple des divisions.
Au moment où il prendra toute décision concernant cette loi, qu’il se souvienne également de cette parole devenue un héritage politique de Mzee Laurent-Désiré Kabila :
« Ne jamais trahir la République démocratique du Congo. »
La RDC n’est pas un État comme les autres.
Elle est un pays-continent.
Sa stabilité conditionne largement celle de l’Afrique centrale et influence l’équilibre de tout le continent.
Une aggravation de la crise congolaise dépasserait nos frontières.
Elle affecterait les équilibres sécuritaires, économiques et humanitaires de l’ensemble de la région.
C’est pourquoi j’en appelle également à l’Union africaine, à la SADC, à la Communauté d’Afrique de l’Est, à la CEEAC ainsi qu’à tous les partenaires de la RDC afin qu’ils encouragent prioritairement le dialogue, la désescalade politique et la recherche d’un consensus national durable.
L’avenir du Congo ne peut être construit contre une partie du peuple congolais.
Il doit être construit avec lui.
J’appelle également les organisations de la société civile, les confessions religieuses, les intellectuels, les universitaires, la jeunesse, les forces sociales et l’ensemble des acteurs politiques à défendre, par des moyens exclusivement pacifiques, légaux et démocratiques, les principes de l’État de droit, de l’unité nationale et du respect de la Constitution.
L’heure n’est pas à la confrontation.
Elle est au sursaut patriotique.
La véritable priorité du moment n’est pas un référendum.
La véritable priorité est la paix.
La véritable priorité est la récupération de chaque centimètre du territoire national.
La véritable priorité est la reconstruction de l’autorité de l’État.
La véritable priorité est le dialogue national de la Renaissance et de la Refondation de la République, afin de restaurer la confiance entre les Congolais et de préparer ensemble l’avenir de notre Nation.
L’Histoire jugera chacun de nous.
Puissions-nous être du côté de ceux qui auront choisi la République plutôt que les divisions, la Constitution plutôt que les intérêts du moment, et la Nation plutôt que les ambitions politiques.
Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC