À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du PVR et membre du Bureau politique du FCC, a proposé une réflexion profonde sur le parcours de la république démocratique du Congo depuis 1960. Il invite les Congolais à porter un regard lucide sur leur histoire, honnête sur les défis du présent et courageux sur les choix à faire pour bâtir une République plus forte, plus juste et tournée vers l’avenir.
TRIBUNE
66 ans d’indépendance : regarder notre histoire avec lucidité, notre présent avec honnêteté et notre avenir avec courage
Il est des anniversaires qui invitent davantage à la réflexion qu’à la célébration. Les soixante-six ans de l’indépendance de la République démocratique du Congo appartiennent à cette catégorie. Ils nous rappellent que l’indépendance n’est pas seulement un héritage à commémorer ; elle est aussi une responsabilité à renouveler.
Une nation qui aspire à construire son avenir doit d’abord apprendre à regarder son passé avec lucidité, son présent avec honnêteté et son avenir avec courage.
Non pour s’enfermer dans les blessures de l’histoire, ni pour rechercher des prétextes ou raviver les divisions, mais pour y puiser les leçons nécessaires afin d’éclairer le chemin qui reste à parcourir.
L’histoire n’est pas un tribunal où les générations se condamnent mutuellement.
Elle est une école où les peuples apprennent, parfois dans la douleur, les conditions de leur propre grandeur.
Les nations qui refusent d’interroger leur passé sont souvent condamnées à répéter leurs erreurs. Celles qui embellissent leur présent finissent par construire leur avenir sur des illusions.
Et celles qui renoncent à l’espérance cessent progressivement d’écrire leur propre destin.
Le 30 juin 1960 fut l’aboutissement d’une aspiration profonde à la liberté, à la dignité et à la souveraineté. Cette date demeure l’un des plus grands moments de notre mémoire collective.
Elle nous rappelle que des femmes et des hommes ont cru qu’un peuple pouvait prendre en main son destin et construire, par lui-même, les institutions de sa liberté.
Cet héritage demeure vivant. Mais toute indépendance appelle un effort permanent. Elle ne se résume pas à un événement historique ; elle est une œuvre quotidienne.
Regarder notre passé avec lucidité, c’est reconnaître les épreuves comme les accomplissements.
C’est reconnaître que notre pays a connu des périodes de courage, de résilience et de créativité, mais aussi des crises, des fractures et des occasions manquées. Cette lucidité n’a pas pour vocation de nourrir le découragement ; elle constitue la première condition de toute reconstruction durable.
Une nation qui refuse de voir son histoire telle qu’elle est se prive des leçons qui pourraient éclairer son avenir.
Comprendre notre présent avec honnêteté est tout aussi indispensable. Aucune société ne peut se réformer durablement sur la base d’un diagnostic inexact.
L’honnêteté n’est pas une sévérité excessive ; elle est le respect de la vérité. Elle nous invite à reconnaître les défis auxquels notre pays est confronté :
la consolidation de l’État, la sécurité des populations, la cohésion nationale, le développement économique, la qualité des institutions, l’accès aux services essentiels, la confiance entre les citoyens et les pouvoirs publics. Nommer ces défis avec sincérité ne revient pas à renoncer à l’espérance ; c’est créer les conditions d’une action plus juste et plus efficace.
Face aux difficultés, les nations disposent toujours d’un choix. Elles peuvent laisser les incompréhensions s’approfondir ou choisir de renouer le fil du dialogue.
Le dialogue n’est pas un signe de faiblesse ; il est une marque de maturité politique et civique. Lorsqu’il est guidé par la recherche sincère du bien commun, il permet de dépasser les oppositions stériles, de restaurer la confiance et de rechercher des solutions partagées.
Les grandes étapes de l’histoire des peuples montrent que les périodes de reconstruction reposent moins sur la victoire d’un camp que sur la capacité d’une nation à retrouver une ambition commune.
Cette ambition doit être celle de la renaissance. Non une renaissance réduite à un instant ou à une génération, mais une renaissance comprise comme un projet de longue durée.
Les grandes nations ne se bâtissent pas en quelques années ; elles se construisent de génération en génération.
Chaque époque reçoit un héritage inachevé. Elle n’a ni le droit de le dilapider ni celui de le confisquer. Elle a le devoir de l’enrichir avant de le transmettre.
Car nous ne sommes pas propriétaires de la République. Nous en sommes les dépositaires. Ceux qui nous ont précédés nous ont transmis un pays façonné par leurs sacrifices, leurs espérances et leurs efforts. Ceux qui viendront après nous nous demanderont un jour ce que nous avons fait de cet héritage.
Aurons-nous renforcé les institutions ? Aurons-nous consolidé la confiance ? Aurons-nous préparé un avenir plus juste et plus serein ? Ce sont ces questions qui donnent leur véritable sens à la responsabilité publique.
L’avenir ne se construit ni dans le fatalisme ni dans l’illusion. Il se construit avec courage et avec espérance. Le courage de reconnaître les réalités, d’entreprendre les réformes nécessaires, de promouvoir le sens de l’intérêt général et de faire prévaloir la responsabilité sur la facilité. L’espérance, quant à elle, n’est pas une attente passive ; elle est une confiance active dans la capacité des femmes et des hommes à transformer leur société par le travail, la connaissance, la solidarité et le respect de la dignité humaine.
Si la République démocratique du Congo veut pleinement accomplir la promesse de son indépendance, elle devra continuer à avancer vers quatre horizons qui se renforcent mutuellement : la dignité de chaque personne, la sécurité des populations et du territoire, une prospérité fondée sur le travail, la création et l’innovation, et un bien-être qui place l’être humain au cœur de l’action publique. Ces aspirations ne sont pas des privilèges ; elles expriment ce que toute nation recherche lorsqu’elle choisit de construire son avenir dans la paix, la justice et la responsabilité.
Au fond, l’indépendance n’est jamais une œuvre achevée.
Chaque génération est appelée à lui donner un contenu nouveau par son engagement, sa probité et son sens du bien commun.
La République appartient à celles et ceux qui l’ont servie hier, à ceux qui la servent aujourd’hui et à ceux qui la serviront demain. Elle est le patrimoine commun de la Nation.
Voilà pourquoi la véritable question que nous pose ce soixante-sixième anniversaire est peut-être la plus simple et la plus exigeante de toutes : quel pays voulons-nous transmettre ?
Puissions-nous répondre à cette interrogation avec lucidité, honnêteté, courage et espérance. Car les générations qui nous ont précédés nous ont légué l’indépendance. Il appartient à notre génération de préparer, avec humilité et persévérance, les conditions d’une République toujours plus digne, plus forte, plus juste et plus fraternelle, afin que celles qui nous succéderont reçoivent non seulement un territoire, mais aussi une promesse vivante d’avenir.
Fait à Kinshasa le 30/06/26
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC