RN1 : taxes, barrières et contrôles multiples, le cri d’alarme d’un opérateur économique

Les nombreuses barrières de contrôle installées sur l’axe Kinshasa-Mbujimayi pèsent lourdement sur les activités des opérateurs économiques et sur le pouvoir d’achat des populations, selon un commerçant de Mbujimayi qui a requis l’anonymat. Ce dernier affirme que les frais imposés aux transporteurs tout au long du trajet finissent par être répercutés sur le prix des marchandises vendues dans les provinces du Grand Kasaï.

Dans un témoignage recueilli par notre rédaction, ce commerçant affirme que les transporteurs et les opérateurs économiques font face à une multiplication des barrières, contrôles et taxes qu’il juge excessifs, avec des répercussions directes sur les coûts du transport et les prix des denrées de première nécessité.

Selon lui, une différence de traitement est observée dans l’application des règles relatives au contrôle du tonnage des véhicules. Il explique que sur le tronçon Matadi-Kinshasa, les services de pesage prendraient essentiellement en compte le poids de la marchandise transportée, tandis que sur l’axe Kinshasa-Mbujimayi, le poids du véhicule serait ajouté à celui de la cargaison.

« Nous sommes tous Congolais et nous devrions être soumis aux mêmes règles. Si le poids du véhicule n’est pas pris en compte sur certains axes, la même mesure devrait s’appliquer partout », a-t-il déclaré.

Le dénonciateur affirme qu’entre Kinshasa et Mbujimayi, les usagers peuvent être confrontés à plus de 200 barrières de contrôle. Une situation qu’il estime incompatible avec les efforts visant à faciliter le commerce intérieur et la libre circulation des personnes et des biens.

Il cite notamment l’intervention répétée de plusieurs services étatiques ou assimilés, parmi lesquels la Police de circulation routière (PCR), Transcom, la Commission nationale de prévention routière (CNPR), les services des Hydrocarbures, de l’Environnement ainsi que certaines structures chargées de la lutte contre les incendies.

Selon lui, certains paiements sont exigés sans délivrance de documents justificatifs, tandis que d’autres taxes demeurent difficilement compréhensibles pour les usagers. Il s’interroge particulièrement sur une taxe dite « d’emballage », dont il affirme ne pas connaître le fondement légal.

Le commerçant déplore également la répétition des mêmes contrôles à plusieurs endroits d’un même parcours. Il cite notamment la ville de Kikwit où, selon ses affirmations, les transporteurs sont amenés à payer des frais similaires à l’entrée, à l’intérieur et à la sortie de la ville avant de subir d’autres contrôles quelques kilomètres plus loin.

Il évoque également les postes de contrôle installés de part et d’autre de certaines limites provinciales, notamment au niveau de la rivière Loange, où les mêmes services exercent des contrôles similaires.

Parmi les pratiques dénoncées, l’opérateur économique évoque l’existence d’une barrière située dans l’espace Bandundu où des agents, qu’il appelle des « sondaires », monteraient dans les camions munis de barres métalliques afin de vérifier le contenu des cargaisons.

« Il y a une barrière dans le Bandundu où l’on monte dans les camions avec des barres de mine. Ils trouent les sacs de maïs et les sacs de haricots à la recherche de l’alcool indigène », affirme-t-il.

Le commerçant s’interroge sur la légalité de ces opérations et sur le statut même de l’alcool traditionnel visé par ces contrôles.

« Je ne sais pas si l’alcool indigène est réellement interdit. S’il était interdit, on devait d’abord interdire sa production au lieu de tracasser les gens qui le transportent », soutient-il.

Selon lui, cette boisson traditionnelle constitue depuis longtemps une source de revenus pour de nombreuses familles congolaises.

« Tout le monde sait que l’alcool indigène a permis de faire étudier de grandes personnes qui sont aujourd’hui responsables dans ce pays. On ne doit pas en faire un objet de tracasserie, car ce n’est pas un produit prohibé », ajoute-t-il.

Contrairement aux multiples contrôles qu’il dénonce, le commerçant estime que les péages officiels supervisés par le Fonds national d’entretien routier (FONER) répondent à une logique d’entretien des infrastructures.

« Lorsque nous payons les péages destinés à la maintenance de la route, nous comprenons leur utilité. Le problème réside dans la multiplication des services et des perceptions qui alourdissent considérablement les coûts du transport », explique-t-il.

Selon lui, les dépenses cumulées liées aux différents contrôles, taxes et paiements imposés sur le parcours peuvent atteindre plusieurs millions de francs congolais pour un camion effectuant la liaison entre Kinshasa et Mbujimayi.

À travers son témoignage, cet opérateur économique sollicite l’intervention du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que celle des autorités compétentes des secteurs de l’Intérieur et des Transports.

Il appelle à une rationalisation des contrôles routiers, à la suppression des barrières jugées illégales et à l’harmonisation des pratiques sur l’ensemble du territoire national.

Pour lui, la libre circulation des personnes et des biens, garantie par la Constitution, ne devrait pas être entravée par une multiplication des prélèvements et des postes de contrôle qui pèsent lourdement sur les activités économiques et le pouvoir d’achat des populations.

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