Face à la guerre dans l’Est, à l’affaiblissement de l’État, aux fragilités institutionnelles, aux fractures sociales et à la dépendance économique, la RDC ne peut plus se contenter de dialogues de circonstance destinés à préserver des équilibres politiques. Elle a besoin d’un Dialogue national inclusif de vérité, capable d’aborder sans complaisance les causes profondes de la crise congolaise et de dégager un nouveau pacte républicain. C’est ce que pense Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC. Pour lui, l’enjeu n’est plus de replâtrer le système, mais de refonder l’État et de préparer une véritable Renaissance nationale.
RDC : L’HEURE DU DIALOGUE NATIONAL INCLUSIF DE VÉRITÉ ET DE LA REFONDATION
TRIBUNE POLITIQUE
La République démocratique du Congo traverse aujourd’hui une crise qui dépasse largement la seule question sécuritaire.
La guerre dans l’Est, l’affaiblissement de l’autorité de l’État, les tensions politiques, les inquiétudes institutionnelles, les fractures sociales, la dépendance économique, la fragilisation de l’armée et la perte progressive de confiance entre gouvernants et gouvernés révèlent un mal beaucoup plus profond : la crise de l’État congolais lui-même.
C’est dans cette perspective qu’il convient de relire certains avertissements formulés au cours des dernières décennies, notamment sous la présidence de Joseph Kabila.
Il ne s’agit ni de transformer un ancien Chef de l’État en prophète, ni de réécrire son bilan.
Il s’agit de reconnaître que plusieurs questions posées hier sont aujourd’hui revenues avec une force inquiétante : la dépendance sécuritaire envers des partenaires extérieurs, la nécessité d’une armée nationale professionnelle, la préservation des équilibres institutionnels, la souveraineté économique et le risque de fragmentation progressive du pays.
LA SÉCURITÉ NE PEUT ÊTRE SOUS-TRAITÉE
La première leçon est simple : aucun pays étranger ne défendra durablement le Congo à la place des Congolais.
Les alliances régionales et internationales peuvent accompagner notre effort de défense, mais elles ne remplaceront jamais une armée nationale forte, disciplinée, républicaine et stratégiquement organisée.
La souveraineté commence par la capacité d’un État à protéger lui-même son territoire et sa population.
La RDC doit donc sortir de la dépendance sécuritaire et reconstruire méthodiquement son outil de défense.
UNE ARMÉE RÉPUBLICAINE, ET NON POLITISÉE
La deuxième leçon concerne la gouvernance de nos forces armées.
Une armée dans laquelle le mérite, la discipline et la compétence sont remplacés par le clientélisme, les réseaux politiques et les équilibres de circonstance devient progressivement vulnérable.
L’armée ne doit appartenir à aucun parti, aucune province, aucun clan et aucun individu.
Elle appartient à la République.
La Refondation nationale devra remettre l’armée, le renseignement, la sécurité intérieure et la protection des frontières au cœur de la doctrine de l’État.
LE CONGO NE SE DÉVELOPPERA PAS PAR DES SLOGANS
La troisième leçon est économique.
Une Nation ne devient pas prospère par les proclamations.
Elle devient prospère lorsqu’elle produit, transforme, travaille, innove, investit et protège intelligemment ses intérêts.
Depuis trop longtemps, la RDC demeure enfermée dans une économie d’extraction et d’exportation de matières premières.
Nous devons passer de l’économie de rente à une économie de production et de transformation.
Nos minerais doivent produire davantage d’industries au Congo.
Nos terres doivent produire davantage de nourriture.
Nos investissements publics doivent produire des infrastructures.
Et la croissance doit produire du travail et du bien-être pour les Congolais.
C’est cela, le patriotisme productif.
LA CONSTITUTION DOIT RESTER UN PACTE DE LA NATION
Toute réflexion sur les institutions ou la Constitution doit être conduite dans la transparence, dans le respect de la légalité et dans l’intérêt supérieur de la République.
Une Constitution n’est pas la propriété d’une majorité politique.
Elle appartient à la Nation.
On ne modifie pas les règles fondamentales de l’État pour résoudre les difficultés politiques momentanées de ceux qui gouvernent.
Toute réforme institutionnelle éventuelle doit donc procéder d’un consensus suffisamment large, et non d’une volonté de circonstance.
LE PLUS GRAND RISQUE : LA FRAGMENTATION DE L’ÉTAT
Le danger le plus préoccupant demeure cependant la perte progressive de l’autorité publique.
Lorsqu’une partie du territoire échappe durablement au contrôle de l’État ;
lorsque plusieurs forces armées ou groupes organisés y exercent des pouvoirs concurrents ;
lorsque les tensions communautaires progressent ;
lorsque la confiance politique disparaît ;
lorsque la crise sécuritaire rejoint la crise économique, sociale et institutionnelle ;
nous ne sommes plus devant une crise sectorielle.
Nous sommes devant une crise existentielle de l’État.
C’est précisément à ce moment qu’une Nation doit avoir le courage de s’arrêter, de se regarder en face et de décider collectivement de sa nouvelle trajectoire.
LE DIALOGUE NE DOIT PAS SAUVER UN RÉGIME : IL DOIT SAUVER LA RÉPUBLIQUE
La RDC a besoin d’un dialogue.
Mais pas d’un dialogue supplémentaire destiné à répartir les postes, à prolonger un pouvoir ou à préparer une nouvelle coalition politique.
Le pays a besoin d’un Dialogue national inclusif de vérité, de Renaissance et de Refondation.
Un dialogue suffisamment souverain pour dire toutes les vérités.
La vérité sur la guerre.
La vérité sur la gouvernance.
La vérité sur l’armée.
La vérité sur les institutions.
La vérité sur les élections.
La vérité sur la justice.
La vérité sur la corruption.
La vérité sur le tribalisme.
La vérité sur l’économie et les ressources naturelles.
La vérité sur les responsabilités extérieures.
Mais également la vérité sur nos propres responsabilités congolaises.
Personne ne doit être dispensé de cet examen.
Ni le pouvoir actuel.
Ni les anciens pouvoirs.
Ni la majorité.
Ni l’opposition.
Ni les institutions.
Car il ne s’agit pas d’organiser le procès d’un homme.
Il s’agit de faire le diagnostic d’un système.
IL FAUT CHANGER DE LOGICIEL
Depuis trop longtemps, nous tentons de réparer les conséquences sans transformer les causes.
Nous changeons les gouvernements.
Nous changeons les alliances.
Nous changeons les responsables.
Mais nous ne changeons pas suffisamment la nature et la culture de l’État.
C’est précisément cette rupture que propose la Renaissance nationale.
Nous devons quitter progressivement l’État faible, dépendant, improductif et souvent aliéné pour construire un État :
souverain,
juste,
stratège,
travailleur,
et durable.
Un État souverain qui maîtrise ses choix.
Un État juste qui rétablit la République de la loi.
Un État stratège qui pense en décennies plutôt qu’en mandats.
Un État travailleur qui produit, transforme et crée le bien-être collectif.
Un État durable qui prépare l’avenir des générations futures.
L’URGENCE EST MAINTENANT
Nous devons dialoguer avant que la fragmentation ne devienne une normalité.
Dialoguer avant que la violence ne devienne le principal moyen d’expression politique.
Dialoguer avant que les appartenances ethniques ou régionales ne l’emportent sur la citoyenneté congolaise.
Dialoguer avant que la méfiance entre Congolais ne devienne irréversible.
Mais surtout, nous devons dialoguer pour refonder.
Le Dialogue national inclusif de vérité ne doit donc être ni une faveur du pouvoir à l’opposition, ni une victoire de l’opposition sur le pouvoir.
Il doit être une initiative de sauvegarde de la Nation.
La République est plus grande que Félix Tshisekedi.
Elle est plus grande que Joseph Kabila.
Elle est plus grande que l’Union sacrée.
Elle est plus grande que le FCC.
Elle est plus grande que chacune de nos formations politiques.
Ce qui est désormais en jeu, c’est le Congo.
Il ne faut pas organiser un dialogue pour sauver un pouvoir.
Il faut organiser un dialogue pour sauver l’État, refonder la République et préparer la Renaissance de la Nation.
L’histoire nous regarde.
Et notre génération n’a plus le droit de différer les décisions que commande l’urgence nationale.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau Politique du FCC