Alors que la République démocratique du Congo dispose d’immenses ressources naturelles, une grande partie de sa population continue de vivre dans la précarité. Pour Moussa Kalema Sangolo-Zaku, ce paradoxe pose la question de la souveraineté économique, de la gouvernance des ressources nationales et de la responsabilité des dirigeants comme des citoyens. Dans cette tribune, le président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR) et membre du Bureau politique du FCC invite les Congolais à dépasser l’attente d’un homme providentiel pour engager une véritable refondation nationale.
QUI VA SAUVER LA RDC ? LE SAUVEUR QUE NOUS ATTENDONS EST PEUT-ÊTRE CELUI QUE NOUS REFUSONS ENCORE DE DEVENIR
Tribune de Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC
« Si un homme mange gratuitement à ta table depuis plusieurs générations, pour quelle raison voudrais-tu être celui qui ferme la cuisine ? »
Cette interrogation, brutale dans sa simplicité, résume une partie du drame africain. Elle nous oblige à regarder en face une réalité dérangeante : lorsqu’un système profite durablement à certains intérêts extérieurs et à des réseaux intérieurs, ceux qui en tirent avantage ont rarement intérêt à le transformer en profondeur.
Mais une question demeure : qui défend réellement les intérêts du peuple congolais ?
I. DES RICHESSES IMMENSES, UNE PAUVRETÉ INACCEPTABLE
La République démocratique du Congo possède de l’or, du cobalt, du cuivre, du lithium, du zinc, de l’uranium, du manganèse, des ressources pétrolières, des terres rares, d’immenses forêts, des terres arables et un potentiel hydroélectrique exceptionnel.
Pourtant, une grande partie de sa population continue de vivre dans la précarité, privée d’un accès suffisant à l’eau potable, à l’électricité, aux soins de santé, à une éducation de qualité et à des emplois décents.
Comment expliquer un tel paradoxe ?
Comment comprendre qu’un pays aussi riche en ressources naturelles demeure si dépendant de l’aide extérieure, de l’endettement et des financements internationaux pour répondre à des besoins essentiels de sa population ?
Cette contradiction devrait être au cœur de toutes nos politiques publiques.
Car la véritable question n’est pas seulement de savoir combien de richesses se trouvent sous notre sol. Elle est de comprendre pourquoi ces richesses ne se transforment pas suffisamment en écoles, en hôpitaux, en routes, en industries, en emplois et en sécurité pour les Congolais.
La richesse d’une nation ne se mesure pas uniquement à ce qu’elle possède dans son sous-sol, mais à ce qu’elle construit avec ses ressources et à la dignité qu’elle garantit à ses citoyens.
II. L’INDÉPENDANCE POLITIQUE SUFFIT-ELLE À FAIRE UN PEUPLE SOUVERAIN ?
Depuis 1960, la RDC possède son drapeau, son hymne national, ses institutions, sa monnaie et son siège aux Nations unies. Elle est politiquement indépendante.
Mais l’indépendance juridique et politique suffit-elle à garantir la souveraineté économique, industrielle, technologique et stratégique ?
Une nation peut disposer de tous les attributs formels de l’indépendance tout en demeurant fortement dépendante pour financer son budget, transformer ses minerais, maîtriser ses technologies, assurer sa sécurité ou nourrir sa population.
La souveraineté ne se proclame pas seulement. Elle se construit.
Elle se reconnaît à la capacité d’un État de négocier ses contrats en connaissance de cause, de protéger ses intérêts à long terme, de diversifier ses partenaires, de développer ses propres compétences et de refuser les engagements qui compromettraient l’avenir des générations futures.
La formule souvent attribuée à Thomas Sankara, selon laquelle celui qui vous nourrit peut finir par vous dicter sa volonté, exprime un avertissement essentiel : la dépendance économique peut devenir une contrainte politique.
Il ne s’agit pas de rejeter la coopération internationale. Aucun pays ne se développe dans un isolement absolu. Il s’agit plutôt de comprendre que la coopération n’a de sens que lorsqu’elle sert des intérêts réciproques et renforce progressivement la capacité de chaque partenaire à décider par lui-même.
Les États n’ont pas nécessairement des amis ou des ennemis permanents. Ils poursuivent des intérêts qui évoluent avec leurs priorités, leurs rapports de force et leurs stratégies.
Dès lors, pourquoi les intérêts de nos partenaires seraient-ils permanents et clairement défendus, tandis que les nôtres resteraient si souvent mal définis, insuffisamment négociés ou insuffisamment protégés ?
C’est cette question que nos dirigeants doivent avoir le courage d’affronter.
III. NOS RESSOURCES ENRICHISSENT-ELLES NOTRE AVENIR OU FINANCENT-ELLES NOTRE DÉPENDANCE ?
Un minerai extrait n’est pas encore une richesse pleinement maîtrisée par la nation qui le possède.
La valeur ajoutée se construit également dans les usines qui transforment les matières premières, les laboratoires qui innovent, les entreprises qui créent des emplois, les banques qui financent l’économie productive et les centres de formation qui préparent les compétences de demain.
Lorsque nous exportons principalement des matières premières sans développer suffisamment nos capacités industrielles et technologiques, nous risquons de laisser à d’autres pays une part importante de la valeur créée à partir de nos ressources.
Pourquoi les inventions de nos chercheurs, les compétences de nos ingénieurs et les initiatives de nos entrepreneurs sont-elles parfois davantage reconnues lorsqu’elles ont été validées à l’étranger ?
Pourquoi tant de jeunes Congolais doivent-ils chercher ailleurs les moyens de réaliser des ambitions qui pourraient contribuer au développement de leur propre pays ?
Ce n’est pas une fatalité. C’est un défi politique, économique, éducatif et culturel.
La RDC doit investir dans la recherche, l’enseignement technique, les infrastructures, l’industrialisation, l’agriculture moderne et le financement des entreprises locales.
Elle doit également se doter d’institutions capables de garantir la transparence des contrats, la traçabilité des revenus miniers, la lutte contre la corruption et l’utilisation des recettes publiques au bénéfice de tous.
Car les ressources naturelles appartiennent au patrimoine de la nation. Elles ne peuvent être considérées comme la propriété privée de ceux qui exercent temporairement le pouvoir.
Le bien commun est sacré parce qu’il appartient à tous, y compris à ceux qui ne sont pas encore nés.
IV. LE PREMIER MINERAI STRATÉGIQUE DE L’AFRIQUE, C’EST SA JEUNESSE
Nous parlons souvent de l’or, du pétrole, du cobalt, du lithium et des terres rares. Nous négocions leur exploitation, leur commercialisation et leur place dans les rivalités internationales.
Mais quelle place accordons-nous à la ressource qui peut transformer toutes les autres en progrès durable ?
Notre jeunesse.
Elle constitue l’une des plus grandes forces potentielles de l’Afrique. Pourtant, lorsqu’elle est privée d’une formation adaptée, d’emplois, de perspectives et d’une participation réelle à la vie publique, cette force risque d’être gaspillée.
Un jeune sans emploi n’est pas une richesse mobilisée. Un diplômé sans perspective n’est pas un investissement valorisé. Un chercheur sans laboratoire ne peut déployer pleinement son potentiel. Un entrepreneur sans accès au financement ne peut transformer toutes ses idées en activités productives.
La jeunesse congolaise n’a pas seulement besoin de discours d’encouragement. Elle a besoin d’un État qui lui ouvre des possibilités réelles.
Cela suppose une école qui forme, une université qui innove, une économie qui produit, une justice qui protège, des institutions qui récompensent le mérite et une administration qui ne transforme pas les relations personnelles en condition d’accès aux opportunités.
Un pays qui doute de ses propres enfants finit par financer le développement des autres avec les talents qu’il n’a pas su retenir, accompagner ou valoriser.
V. POURQUOI CERTAINS PAYS ONT-ILS RÉSISTÉ AUX CONTRAINTES EXTÉRIEURES ?
L’expérience internationale montre que certains pays confrontés à des sanctions, à l’isolement ou à des contraintes extérieures ont néanmoins développé des capacités industrielles, scientifiques ou agricoles dans certains secteurs.
Leurs trajectoires sont différentes, leurs résultats sont inégaux et leurs difficultés ne doivent pas être ignorées. Il serait donc imprudent d’en faire des modèles à reproduire mécaniquement.
Mais une leçon mérite notre attention : la capacité à définir des priorités nationales, à investir dans les compétences locales et à organiser la production peut renforcer la résilience d’un pays.
La RDC n’a pas besoin de s’isoler du monde. Elle doit apprendre à y participer sans renoncer à sa capacité de décision.
Elle doit diversifier ses partenaires, négocier des accords équilibrés, évaluer les coûts et les bénéfices de ses engagements, protéger ses intérêts stratégiques et soumettre les décisions majeures à des mécanismes de contrôle crédibles.
La souveraineté ne consiste pas à changer de protecteur. Elle consiste à ne plus dépendre d’un protecteur pour définir son propre avenir.
Et cela commence par la qualité de nos institutions, la compétence de nos négociateurs, la responsabilité de nos dirigeants et la vigilance de nos citoyens.
VI. QUI DOIT SAUVER LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO ?
Voilà la question qui nous ramène à nous-mêmes.
Faut-il attendre un homme providentiel ? Un nouveau dirigeant ? Un partenaire étranger ? Une puissance amie ? Une personnalité capable, à elle seule, de résoudre les problèmes accumulés depuis des décennies ?
L’histoire nous enseigne qu’aucune nation ne peut durablement confier son destin à la seule volonté d’un individu.
Les hommes passent. Les institutions demeurent, lorsqu’elles sont solides. Les dirigeants changent. Les intérêts nationaux doivent survivre aux alternances politiques.
Le salut du Congo ne peut donc reposer exclusivement sur l’apparition d’un homme exceptionnel. Il dépend de la capacité collective à bâtir un système dans lequel le pouvoir est limité par la loi, les ressources publiques sont contrôlées, la justice est indépendante, les compétences sont valorisées et les responsabilités sont effectivement assumées.
Le peuple a, dans cette entreprise, un rôle irremplaçable.
Mais lui demander d’agir ne signifie pas décharger les gouvernants de leurs obligations. Les citoyens doivent s’informer, s’organiser, participer à la vie publique, défendre leurs droits et exiger des comptes. Les dirigeants, quant à eux, doivent rendre compte de leurs décisions, respecter les institutions et administrer les ressources nationales dans l’intérêt général.
La responsabilité est partagée, mais elle n’est pas identique : ceux qui détiennent le pouvoir et les moyens de l’État ont des obligations particulières envers la nation.
Le changement commence lorsque les citoyens cessent de considérer la mauvaise gouvernance comme une fatalité, lorsque les institutions cessent de se soustraire à leur mission et lorsque la responsabilité publique cesse d’être un slogan.
Le visage que nous cherchons dans un sauveur extérieur est peut-être celui d’une nation qui doit retrouver confiance en elle-même.
VII. SE SOUVENIR DE QUI NOUS SOMMES POUR DÉCIDER DE CE QUE NOUS VOULONS DEVENIR
Cheikh Anta Diop a profondément insisté, dans son œuvre, sur l’importance de l’histoire et de la conscience historique dans la construction de l’avenir des peuples.
Un peuple qui méconnaît son histoire risque de perdre les repères nécessaires pour comprendre son présent et orienter son avenir.
Nous devons donc regarder notre passé avec lucidité, expliquer notre présent avec honnêteté, dénoncer avec courage, dialoguer pour rassembler, puis bâtir pour transmettre.
Nous devons surtout sortir d’une conception de la politique réduite à la conquête et à la conservation du pouvoir.
La politique doit redevenir l’organisation du bien commun, la gestion responsable des ressources nationales et la recherche des conditions qui permettent à chaque citoyen de vivre dans la dignité.
C’est ici que prend tout son sens la renaissance nationale.
La renaissance n’est ni une formule destinée à rassurer les consciences ni une promesse de plus dans le vocabulaire politique. Elle constitue une exigence de vérité, de responsabilité, de dignité et de justice.
Elle exige que nous interrogions nos échecs sans complaisance, que nous identifiions les responsabilités sans condamner sans preuve et que nous transformions nos constats en réformes concrètes.
VIII. LE LIVRE BLEU ET LE LIVRE DE LA RENAISSANCE : PASSER DU CONSTAT À L’ACTION
Le Parti des Vertus Républicaines défend une ambition : faire de la refondation nationale un projet concret, adapté aux réalités congolaises et tourné vers les générations futures.
Le Livre bleu et le Livre de la Renaissance s’inscrivent dans cette perspective. Ils ont vocation à porter une réflexion structurée sur les voies de transformation du pays, à articuler les priorités nationales et à proposer des réponses aux défis institutionnels, économiques, sociaux et stratégiques de la RDC.
Mais un projet doctrinal ne vaut que par la clarté de ses propositions, la cohérence de ses mécanismes et sa capacité à être confronté à la réalité.
Il faut donc traduire cette ambition en objectifs vérifiables : renforcer l’État de droit, consolider la sécurité, améliorer la gouvernance des ressources naturelles, développer les infrastructures, industrialiser progressivement l’économie, moderniser l’agriculture, investir dans la jeunesse et garantir une meilleure répartition des fruits de la croissance.
La vision d’une RDC à l’horizon 2035 doit pouvoir se mesurer à des résultats : davantage d’emplois productifs, une énergie plus accessible, des routes praticables, une éducation de qualité, des services publics efficaces, une justice crédible et une économie moins vulnérable aux décisions prises ailleurs.
C’est ainsi que la doctrine politique devient une responsabilité nationale et que la renaissance cesse d’être une promesse pour devenir un programme d’action.
CONCLUSION LE SAUVEUR EST-IL DÉJÀ NÉ ?
Oui, le Congo possède déjà une ressource essentielle pour construire son avenir : son peuple, son intelligence, sa jeunesse, ses compétences, son courage et son immense potentiel.
Mais cette ressource ne se transformera pas automatiquement en puissance nationale. Elle exige une organisation, une vision, des institutions crédibles, un leadership responsable et une volonté collective de rompre avec les pratiques qui entretiennent la dépendance et la précarité.
Le sauveur que nous attendons n’est donc pas nécessairement un homme providentiel. Il peut être cette conscience citoyenne qui refuse la résignation, cette jeunesse qui choisit de construire, cette institution qui accomplit enfin sa mission, ce dirigeant qui place l’intérêt général au-dessus de ses intérêts particuliers.
Il est dans notre capacité à ne plus attendre que les autres accomplissent ce que nous pouvons commencer à construire nous-mêmes, tout en exigeant de ceux qui gouvernent qu’ils assument pleinement leurs responsabilités.
Depuis 1960, la RDC a traversé des épreuves, connu des espoirs, accumulé des ressources et vu passer des générations de dirigeants. La question n’est donc plus seulement de savoir ce que le Congo aurait pu devenir. Elle est de déterminer ce que nous sommes prêts à faire, dès maintenant, pour qu’il devienne enfin ce qu’il peut être.
Le XXIᵉ siècle ne nous doit pas la grandeur du Congo. C’est à nous de la construire.
Le temps est venu de cesser de chercher un sauveur à notre place, de reprendre possession de notre destin et de faire de nos richesses naturelles les instruments de notre souveraineté, de notre prospérité et de notre dignité.
Le Congo n’a pas besoin d’un miracle. Il a besoin d’une nation qui se réveille, d’institutions qui fonctionnent et d’un peuple qui décide de ne plus abandonner son avenir aux autres.
Telle est l’exigence de la renaissance. Telle est l’ambition de la refondation nationale.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du PVR
Membre du Bureau Politique du FCC