Selon la tribune publiée par le professeur Patrick Onoya Tambwe, le principal problème dans le financement de la relance des entreprises publiques n’est pas l’absence de ressources, mais la manière dont l’État conçoit le financement de la relance des entreprises publiques.
En effet, ce dernier estime que la « difficulté actuelle que traverse la plupart des entreprises publiques » n’est pas une fatalité, à condition d’opérer un véritable changement de paradigme (paradigm shift).
Selon lui, la plupart des entreprises publiques en RDC sont actuellement « en faillite », mais potentiellement rentables.
D’où la question :
Quelle thérapie appliquer aux entreprises publiques en faillite, mais potentiellement rentables, afin de rendre « effective » la rentabilité de ces dernières ?
Sa pensée peut être résumée autour de sept idées principales :
1. Changer la conception de la finance publique
Pour Patrick Onoya, le gouvernement ne devrait plus considérer que le financement des entreprises publiques dépend exclusivement du budget de l’État ou des recettes fiscales. Il propose d’adopter une logique de finance d’investissement capable de mobiliser des capitaux nationaux et internationaux.
2. Recourir à l’effet de levier financier
Il défend l’utilisation de l’effet de levier (financial leverage), c’est-à-dire la mobilisation de financements par l’endettement lorsque celui-ci permet de créer davantage de valeur que son coût. Selon lui, des entreprises comme la Gécamines ou d’autres sociétés rentables peuvent lever des fonds sur les marchés ou auprès d’investisseurs si leurs projets sont économiquement viables.
3. Privilégier la « bonne dette »
En s’appuyant sur la distinction popularisée par Robert Kiyosaki, il affirme que la dette n’est pas mauvaise en soi. Une bonne dette est celle qui finance un investissement générateur de revenus suffisants pour assurer son propre remboursement. L’endettement destiné à moderniser une entreprise productive constitue donc, selon lui, un instrument de développement plutôt qu’un risque.
4. Innover dans la mobilisation des capitaux
Patrick Onoya plaide pour l’introduction de nouveaux mécanismes de financement afin d’attirer les investisseurs et d’accroître la capacité d’investissement de l’État, au lieu de dépendre uniquement du Trésor public. Cette réflexion s’inscrit dans sa vision plus large de l’investissement stratégique, qu’il a également développée dans ses propositions concernant le partenariat RDC–USA.
5. « L’État doit se décider d’arrêter de tuer l’État »
« L’État doit se décider d’arrêter de tuer l’État » est une expression utilisée par le professeur Patrick Onoya Tambwe pour dire que, si l’État congolais veut voir un jour les entreprises publiques se refaire une santé financière, ce dernier doit prendre une décision courageuse :
« L’effacement des dettes fiscales et parafiscales des entreprises publiques. »
Les dettes fiscales et parafiscales des entreprises publiques plombent les états financiers de ces dernières et les rendent peu attractives auprès d’un investisseur ou d’un financier potentiel.
Pour le professeur Patrick Onoya Tambwe, l’État congolais doit mettre en place un mécanisme qui permettrait d’assurer un « nouveau départ aux entreprises du portefeuille de l’État ».
Cela passe aussi par le nettoyage des états financiers des entreprises publiques, notamment par l’effacement des dettes fiscales et parafiscales.
6. « La justice congolaise doit arrêter de tuer l’État »
« La justice congolaise doit arrêter de tuer l’État » est une expression utilisée par le professeur Patrick Onoya Tambwe pour fustiger cette pratique visant à « condamner par principe » une entreprise publique dans un contentieux judiciaire.
Les directions juridiques des entreprises publiques en RDC savent que « perdre un procès, c’est la règle » et « gagner un procès, c’est l’exception ».
Du coup, la justice congolaise devient un véritable malheur des entreprises du portefeuille de l’État qui se trouvent obligées de perdre fréquemment de l’argent dans des procès, même lorsqu’elles sont dans leurs droits.
La justice congolaise et ces procès iniques contribuent de façon significative à l’endettement (sans raison) des entreprises publiques en RDC.
Cet épineux problème, selon le professeur Patrick Onoya Tambwe, ne devrait pas être négligé dans la problématique de la relance des entreprises publiques.
7. Créer un ministère de l’Investissement
L’une de ses propositions institutionnelles les plus marquantes est la création d’un ministère de l’Investissement, chargé de développer des méthodes alternatives de levée de fonds, de structurer les projets d’investissement et d’améliorer la capacité de l’État à financer les grandes priorités économiques, notamment la relance des entreprises publiques.
Analyse économique
Sur le plan économique, cette approche est cohérente avec les principes de la finance d’entreprise : une entreprise disposant d’actifs solides, de flux de trésorerie prévisibles et d’une gouvernance crédible peut effectivement financer sa modernisation par emprunt ou par partenariat avec des investisseurs.
En revanche, cette stratégie suppose plusieurs conditions indispensables :
- une gouvernance renforcée des entreprises publiques ;
- des états financiers fiables et audités ;
- une rentabilité potentielle démontrable ;
- un cadre juridique protégeant les investisseurs ;
- une discipline dans la gestion de l’endettement afin d’éviter une dette insoutenable.
À défaut de ces conditions, l’effet de levier peut au contraire aggraver les difficultés financières des entreprises. Les préoccupations actuelles du ministère du Portefeuille concernant l’endettement excessif, la faiblesse de la trésorerie et la gouvernance des entreprises publiques montrent que ces prérequis restent essentiels avant toute stratégie de financement ambitieuse.
C’est pourquoi, pour résoudre l’épineux problème de gouvernance des entreprises publiques, l’actuel gouvernement de la RDC vient d’initier une procédure de « recrutement par concours » des mandataires publics ; à savoir que la qualité de la gouvernance constitue un prérequis indispensable à l’approche du financement de la relance des entreprises publiques proposée par le professeur Patrick Onoya Tambwe.