Violences du 15 septembre : Moussa Kalema et le PVR réclament une enquête indépendante et alertent sur la « miliciarisation » de la politique en RDC

Dans une déclaration politique publiée à l’issue de sa réunion du 19 septembre 2026 à Kinshasa, le Parti des Vertus Républicaines (PVR), cher à l’ancien ministre Moussa Kalema, condamne les violences ayant entouré la marche de la Coalition C64 et dénonce la multiplication de groupes violents dans l’espace politique congolais. Le parti exige notamment une enquête judiciaire indépendante sur les incidents du 15 septembre, le décès de Manassé Lomboto Bomengola et les éventuelles connexions entre des structures partisanes, des groupes violents et certains services de sécurité. Il appelle également à une démilitarisation de la compétition politique et à l’application de la loi à tous les acteurs, sans distinction de camp.

PARTI DES VERTUS RÉPUBLICAINES — PVR

DÉCLARATION POLITIQUE DU BUREAU POLITIQUE

Sur les violences ayant entouré la marche du 15 septembre 2026 et la prolifération des groupes violents dans l’espace politique congolais

Le Bureau politique du Parti des Vertus Républicaines, PVR en sigle, réuni à Kinshasa ce 19 septembre 2026, a examiné la situation politique et sécuritaire consécutive à la marche organisée le 15 septembre 2026 par la Coalition C64, ainsi que les violences qui ont marqué son déroulement.

Après examen des informations disponibles, le Bureau politique fait la déclaration suivante.

Le PVR réaffirme, en premier lieu, son attachement indéfectible à la Constitution de la République démocratique du Congo, à l’État de droit, aux libertés publiques et particulièrement à la liberté de manifestation pacifique consacrée par l’article 26 de la Constitution.

Dans une République démocratique, aucune divergence politique, aucune rivalité partisane et aucune opposition d’opinions ne peut justifier le recours à la violence physique, aux armes blanches, aux bandes organisées ou à des structures parallèles destinées à intimider les citoyens.

Les événements du 15 septembre doivent, à cet égard, constituer un sérieux avertissement pour l’ensemble de la Nation.

1. Le PVR condamne sans réserve la violence politique

Le Bureau politique condamne toute agression dirigée contre des manifestants, militants politiques, journalistes, agents publics ou simples citoyens, quelle qu’en soit l’origine.

Il déplore particulièrement le décès de Manassé Lomboto Bomengola, chargé de sécurité de l’opposant Prince Epenge, décédé après avoir été grièvement blessé au cours des violences ayant accompagné la marche du 15 septembre. Plusieurs sources concordantes confirment désormais son décès, tandis que les circonstances précises de l’agression et l’identité des auteurs doivent encore être judiciairement établies.

Le PVR présente ses condoléances à sa famille, à ses proches et à sa formation politique.

Une démocratie dans laquelle un citoyen peut perdre la vie à l’occasion de l’exercice d’une liberté constitutionnelle doit s’interroger profondément sur son fonctionnement.

2. Aucune formation politique ne peut disposer d’une milice

Le PVR rappelle avec la plus grande fermeté les dispositions de l’article 190 de la Constitution :

« Nul ne peut, sous peine de haute trahison, organiser des formations militaires, para-militaires ou des milices privées, ni entretenir une jeunesse armée. »

Cette interdiction constitutionnelle est absolue.

Elle s’impose au pouvoir comme à l’opposition.

Elle s’impose aux partis politiques, aux associations, aux personnalités publiques et à tout citoyen.

La République ne peut tolérer que des formations politiques se constituent progressivement des brigades, groupes d’autodéfense, jeunesses armées ou structures parallèles chargées de « protéger » un parti, ses dirigeants ou son pouvoir.

La protection des institutions appartient aux forces légalement constituées de la République, et non aux militants des partis politiques.

3. Le phénomène « Force du progrès » ne peut plus être traité comme une simple rumeur politique

Le Bureau politique constate que l’existence d’une structure appelée « Force du progrès » est publiquement documentée depuis plusieurs années.

En août 2024, des personnes jugées à Kinshasa sous cette appellation se sont elles-mêmes présentées devant la justice comme appartenant à une structure liée à la jeunesse de l’UDPS. En juin 2026 encore, le gouverneur de Kinshasa a reçu et publiquement recadré des responsables de cette structure, alors que des accusations de violences, de perception illégale de taxes et de substitution à l’autorité publique étaient formulées contre certains de ses membres.

Dans le même temps, la direction de l’UDPS a porté plainte contre des personnes se réclamant de la Force du progrès et impliquées dans des actes de vandalisme, ce qui montre qu’une controverse existe également sur le contrôle effectif de cette structure et sur la responsabilité du parti dans les actes commis sous son appellation.

Face à une telle situation, l’État ne peut plus se contenter d’ambiguïtés.

Il faut établir les faits.

Qui dirige réellement ces groupes ?

Qui les finance ?

Qui les recrute ?

Qui met à leur disposition leurs locaux ?

Qui leur fournit leurs uniformes ou signes distinctifs ?

Qui organise leur encadrement ?

Ont-ils bénéficié d’une formation de nature militaire ou paramilitaire ?

Quels sont leurs rapports réels avec des responsables politiques ou des services de l’État ?

Les réponses à ces questions doivent provenir d’une enquête judiciaire indépendante et non de simples déclarations partisanes.

4. Toute implication de services de sécurité doit être établie et sanctionnée

Le PVR prend acte des images, témoignages et accusations faisant état de possibles relations entre certains groupes de jeunes et des membres de services publics de sécurité.

Ces éléments sont suffisamment graves pour justifier une enquête approfondie, mais ils doivent faire l’objet d’une vérification judiciaire contradictoire.

Si des éléments des Forces armées, de la Police nationale, de la Garde républicaine, du Service national ou de tout autre service public ont entraîné, équipé, protégé ou encadré une structure partisane armée, les responsabilités individuelles et hiérarchiques doivent être établies et les sanctions prévues par la loi appliquées.

La Constitution affirme également que l’administration publique est apolitique, neutre et impartiale et qu’elle ne peut être détournée à des fins personnelles ou partisanes.

L’État ne peut donc devenir l’instrument sécuritaire d’un parti.

5. Le danger dépasse désormais la seule Force du progrès

Le Bureau politique attire l’attention sur une évolution beaucoup plus inquiétante.

La présence de groupes armés ou violents autour de Kinshasa et dans plusieurs provinces crée progressivement un environnement susceptible d’encourager d’autres formations politiques, groupes communautaires ou acteurs privés à constituer leurs propres structures d’autoprotection.

Ce serait une évolution extrêmement dangereuse.

Le phénomène Mobondo lui-même demeure une préoccupation sécuritaire ; les autorités ont encore mené en 2026 des opérations concernant notamment le Grand Bandundu, le Kongo Central et l’Est de Kinshasa.

À cela s’ajoutent les bandes criminelles urbaines communément appelées Kuluna et différentes formes de regroupements violents.

La République doit impérativement empêcher que ces phénomènes convergent un jour vers une miliciarisation générale de la vie politique.

Car lorsqu’un parti possède sa brigade, le parti adverse sera tenté de créer la sienne.

Lorsque chaque leader dispose de ses hommes armés, l’État perd progressivement le monopole de la force légitime.

Et lorsque l’État perd ce monopole, la politique cesse d’être une confrontation d’idées pour devenir une confrontation de forces.

La RDC ne doit jamais emprunter cette voie.

6. Le précédent haïtien doit nous servir d’avertissement, non de prophétie

Le PVR avait déjà attiré l’attention sur le risque qu’une multiplication de groupes armés à coloration politique ou communautaire puisse conduire progressivement à une fragmentation de l’autorité publique.

Il ne s’agit pas d’affirmer que la RDC serait devenue Haïti, ni de comparer mécaniquement deux situations historiques différentes.

Il s’agit de tirer une leçon universelle : lorsque l’État tolère durablement que la violence organisée concurrence ses institutions, il prépare lui-même sa propre fragilisation.

Il faut agir avant que cette dérive ne devienne irréversible.

7. La République ne souffre pas d’abord d’un manque de normes

Les événements du 15 septembre donnent également une leçon institutionnelle majeure.

La Constitution garantit déjà la liberté de manifestation.

Elle interdit déjà les milices privées.

Elle impose déjà la neutralité de l’administration.

Les lois pénales répriment déjà les violences, les coups et blessures, les destructions et les atteintes aux personnes.

Le problème immédiat n’est donc pas l’absence de textes. Il réside dans leur application.

La République démocratique du Congo connaît trop souvent ce paradoxe : des règles existent, mais leur application devient sélective selon la position politique, la proximité avec le pouvoir ou le rapport de forces.

Or l’État de droit commence précisément lorsque la même loi s’applique à tous.

Le PVR considère donc que le débat sur la Constitution ne doit pas masquer une question plus fondamentale :

sommes-nous capables d’appliquer loyalement la Constitution que nous avons déjà ?

Changer les textes ne remplacera jamais la qualité des dirigeants chargés de les appliquer.

Une bonne Constitution entre les mains d’institutions faibles reste impuissante.

Une République forte commence par des dirigeants qui se soumettent eux-mêmes à la règle qu’ils imposent aux citoyens.

8. Le PVR exige une enquête judiciaire indépendante

Le Bureau politique demande :

1. l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante et transparente sur les violences du 15 septembre 2026 ; 2. l’établissement des circonstances exactes du décès de Manassé Lomboto Bomengola et l’identification de ses agresseurs et de leurs éventuels commanditaires ; 3. l’identification de tous les groupes ayant pris part aux affrontements, quelle que soit leur appartenance politique ; 4. l’établissement de la chaîne éventuelle de financement, d’équipement, d’encadrement ou de protection de ces groupes ; 5. la vérification des accusations concernant une éventuelle implication de responsables politiques, administratifs, policiers ou militaires ; 6. la poursuite individuelle de tous les auteurs matériels et intellectuels dont la responsabilité serait établie ; 7. et, si l’entretien, l’organisation ou l’utilisation d’une milice par un parti politique était judiciairement démontré, l’application intégrale des dispositions constitutionnelles et légales correspondantes, sans privilège ni protection politique.

Le PVR ne demande ni justice politique ni justice de vengeance.

Il demande la justice de la République.

9. Désarmer la politique congolaise avant qu’il ne soit trop tard

Au-delà de cette enquête, le PVR estime nécessaire de mettre en œuvre une politique nationale de démilitarisation de l’espace politique.

Toute formation partisane disposant de membres armés, de structures paramilitaires, de camps d’entraînement ou d’unités de coercition doit être identifiée et démantelée conformément à la loi.

Cette politique doit concerner tous les partis et tous les camps sans exception.

Le PVR invite également toutes les formations politiques à renoncer solennellement à constituer des groupes armés ou à encourager leurs militants à se munir d’armes pour « défendre le pouvoir », « défendre leur leader » ou « défendre leur parti ».

Un militant politique doit défendre ses convictions par la parole, le vote, l’organisation civique et le débat démocratique, jamais par la machette, la barre de fer ou une arme à feu.

10. Un appel à la responsabilité nationale

Le PVR appelle le Président de la République, le Gouvernement, le Parlement, la justice, les responsables des forces de défense et de sécurité, les partis politiques, la société civile et les communautés religieuses à mesurer la gravité de cette évolution.

La violence politique commence rarement par une guerre ouverte.

Elle commence souvent par une tolérance.

Puis viennent les brigades.

Puis les représailles.

Puis la logique selon laquelle chacun doit se protéger lui-même.

Et finalement l’État découvre trop tard qu’il a perdu le contrôle de forces qu’il avait laissées prospérer.

La RDC a déjà payé un prix trop élevé aux groupes armés pour permettre que la même logique s’enracine dans ses villes et dans sa compétition politique.

Conclusion

Le PVR lance donc cet avertissement républicain :

aucun pouvoir ne mérite que l’on arme des citoyens pour le défendre. Aucune opposition ne doit constituer une milice pour lui résister. Aucun parti n’est au-dessus de la Constitution. Aucun militant n’est au-dessus de la loi.

La République doit demeurer plus forte que les partis.

La Police doit appartenir à la Nation.

L’Armée doit appartenir à la Nation.

La justice doit appartenir à la République.

Et la politique doit rester le domaine des idées, des programmes, du débat et du suffrage.

Le temps est venu d’arrêter la banalisation de la violence avant qu’elle ne devienne une culture politique.

La RDC n’a pas seulement besoin de bonnes normes. Elle a besoin d’institutions qui les appliquent, de dirigeants qui les respectent et d’une justice qui ne distingue ni majorité ni opposition.

C’est à ce prix que nous préserverons la démocratie, l’ordre constitutionnel, la paix civile et l’avenir de la République démocratique du Congo.

Fait à Kinshasa, le 19 septembre 2026

Pour le Bureau politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Moussa Kalema Sangolo – Zaku
Président National

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