« Le Congo s’engage sur la voie du dialogue politique inclusif », a annoncé le prélat catholique, porte-parole des chefs des confessions religieuses, au sortir de l’audience accordée par le Président de la République à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa.
Ce dialogue politique annoncé comme inclusif semble se muer en sujet de joie pour l’opposition. Et c’est là que bien des questions traversent les esprits avertis : ce dialogue serait-il un pain béni pour les politiciens opportunistes ou une bonne occasion de réunir les Congolais autour d’un arbre à palabres pour une décrispation profonde des problèmes sécuritaires et sociopolitiques du moment ? Sera-t-il comme tant d’autres connus dans le passé ? N’est-ce pas là une véritable aubaine lucrative pour les médias congolais ?
Effectivement, le dialogue annoncé donne toute lueur d’être du pain béni pour les acteurs politiques opportunistes. Car, n’étant pas une première, la RDC a connu un nombre incalculable de dialogues au cours desquels les Congolais ont assisté à des scènes de précipitation de politiciens qui se bousculaient au portillon, cherchant un positionnement individuel. C’est donc, pour plusieurs observateurs, du véritable pain pour ceux qui ne sont pas aux affaires, à la mangeoire.
Sans dire qu’un cadre de discussion pacifique entre fils et filles du pays, pour le bien supposé de la Nation, n’est guère une mauvaise initiative, du moment que les discussions augurent la dissipation des tensions, la décrispation des conflits politiques…, le passé récent de l’histoire politique rd-congolaise donne raison à ceux qui estiment qu’au pays de Lumumba, les vieux démons et les antivaleurs reviennent toujours au galop dans pareil forum. Et c’est dans de pareilles circonstances que ressurgissent inopinément, tel dans un film de magie noire, de vieilles expressions égocentriques et idéo-sociologiques : poids politique, débauchage, dédoublement de partis, glissement, partage du gâteau, achat de consciences, agendas cachés, positionnement, « nous, ressortissants de… » vont revenir en force. À cela s’ajoute la fameuse recette politique parcimonieuse de la transhumance. Et ce, au détriment de la population.
Tout cela, par ailleurs, assorti de saillies purement politiques qui vont centupler et saturer le paysage médiatique congolais. Chaque acteur politique ou de la société civile voudra, avec un peu de zèle, s’afficher pour tel ou tel camp, histoire de marquer sa présence.
Par conséquent, cette ruée médiatique s’avère une aubaine pour les organes de presse du pays, qui pourront se refaire une bonne santé financière. Du moins pour les mieux branchés. Comme lors des épisodes les plus mémorables des dialogues connus au Congo, à l’image de celui arbitré par le Togolais Edem Kodjo, le pays s’apprête à être secoué par la multiplicité des activités politiques et des débats télévisés, qui feront, sans nul doute, circuler l’argent en abondance. « Coupages » à gogo.
Hélas, les circonstances laissent présager que les Congolais ne tirent jamais les leçons du passé. C’est la triste réalité qui va bientôt rattraper tout le monde, aussi longtemps que certains préalables ne seront pas tirés au clair : le tamisage ou le profil des participants à ce dialogue, les termes de référence clairs, le calendrier précis et, surtout, l’intérêt général des Congolais. Les médias devraient jouer le rôle de catalyseur, d’éclaireur de l’opinion publique. Mais face aux billets verts, résisteront-ils ? Qui sait ?!
Au final, le peuple congolais risque, comme par le passé, d’être le dindon de la farce, le grand perdant de cette saga politique récurrente.
Pensons-y !
James Mpunga Yende