Un Congolais qui traverse la frontière pour se rendre à Gisenyi doit désormais repartir avant la nuit, à moins de justifier d’un statut de résident au Rwanda. La règle s’applique depuis le samedi 10 octobre aux postes de la Petite et de la Grande Barrière, qui relient Goma à la ville rwandaise. Les Rwandais, eux, peuvent entrer à Goma, mais sans y passer la nuit.
Aucune note officielle n’a été rendue publique pour expliquer ce changement. Des sources locales l’attribuent à la prévention contre Ebola. L’explication paraît plausible, puisque des cas ont été confirmés il y a quelques jours dans la zone de santé de Kayna, au sud du territoire de Lubero. Les autorités sanitaires n’ont toutefois pas encore établi ce lien noir sur blanc.
Sur le terrain, l’application de la mesure a été inégale. Certains voyageurs ont été refoulés dès samedi, alors que d’autres ont dû se plier à des conditions de passage plus strictes. Les humanitaires et une partie des voyageurs restent admis, à condition de présenter les pièces exigées.
Ce durcissement réveille de mauvais souvenirs à Goma. La ville a vécu une première fermeture en mai, le jour même où les autorités ont confirmé un premier cas d’Ebola sur son territoire. La frontière n’a rouvert que le 2 juillet, après 47 jours. Cette période a pesé sur les petits commerçants, sur les familles dont les membres vivent de part et d’autre, et sur les patients qui se faisaient soigner de l’autre côté. Elle a aussi bloqué plus de 600 réfugiés rwandais qui attendaient de rentrer chez eux.
Pour l’instant, la mesure n’est pas une fermeture, mais elle réduit fortement la liberté de mouvement des Congolais. Un étudiant, un commerçant ou un malade qui comptait passer quelques jours à Gisenyi doit revoir ses plans. Beaucoup craignent qu’un renforcement suive si de nouveaux cas apparaissent.
Les habitants attendent maintenant une parole claire des deux côtés de la frontière. Ils veulent savoir pourquoi la règle a été fixée, combien de temps elle durera et quelles pièces permettent de la contourner légalement. En l’absence d’information officielle, la rumeur occupe le terrain, ce qui complique aussi le travail des équipes qui luttent contre l’épidémie.