Forum national des affaires coutumières : Cheffes traditionnelles et Princesses absentes, que s’est-il passé ? Le cas préoccupant de la Princesse Nana Manda Kabengele

Le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a procédé à l’ouverture solennelle du Forum national des affaires coutumières avec un objectif clairement affirmé : consolider l’autorité coutumière comme pilier de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion communautaire en République Démocratique du Congo.

L’ambition est élevée.
Les mots sont forts.
La vision se veut structurante.

Mais l’image renvoyée à l’ouverture des travaux soulève de profondes interrogations.

Le Chef de l’État est aujourd’hui reconnu comme champion de la masculinité positive, ayant fait de l’égalité du genre un axe central de son action. Il a d’ailleurs marqué l’histoire de la RDC en nommant, pour la première fois depuis l’indépendance, une femme à la Primature.

Parmi ses attentes vis-à-vis de ce Forum, il a insisté sur :
• L’intégration des peuples autochtones ;
• La participation accrue des femmes et des jeunes ;
• La clarification et la structuration des autorités coutumières légitimes.

Pourtant, au Centre culturel et artistique des pays d’Afrique centrale, un constat s’impose : les Cheffes traditionnelles et les Princesses étaient presque invisibles.

Et parmi ces absences, une interpelle particulièrement : celle de la Princesse Nana Manda Kabengele.

Fille du Grand Chef Kabengele Dibwe, de son nom de règne Mutombo Katshi V, Chef suprême de la dynastie Mutombo Katshi, la Princesse Nana Manda Kabengele n’est ni un symbole folklorique ni une figure décorative.

Elle est :
• Membre de l’Alliance Nationale des Autorités Coutumières du Congo (ANATC) ;
• Défenseure constante de la légitimité coutumière ;
• Militante infatigable de la valorisation des traditions ;
• Engagée depuis plus de dix-sept ans dans la défense de sa famille au sein de la Chefferie de Bakwa Kalonji.

Depuis le décès de son père, elle a pris à bras-le-corps la mission de préserver l’héritage ancestral, en portant haut les valeurs de vérité, de dignité et de paix.

Ce combat n’a pas été sans sacrifice : il lui a coûté stabilité, santé et sérénité.

Avant le Forum, elle en assurait la promotion, encourageant la jeunesse à renouer avec l’authenticité congolaise et à se libérer des préjugés en rappelant que servir nos ancêtres n’est ni archaïque ni diabolique.

Mais lorsque les travaux débutent… elle n’est pas là.

Pourquoi ?
Qui a jugé opportun d’écarter une princesse engagée, reconnue et active sur le terrain ?

Cette question mérite une réponse.
Et elle mérite d’être portée à la connaissance du Président de la République.

Dans nos sociétés, la femme est bien plus qu’un rôle secondaire : elle est la matrice de la culture.

Dans plusieurs traditions, la transmission du pouvoir aristocratique passe par la lignée maternelle. Au sein du foyer, elle occupe une place centrale : épouse, éducatrice, gestionnaire, bâtisseuse de générations.

Interroger la place des Cheffes traditionnelles et des Princesses dans les crises que traverse notre pays ne relève pas d’une simple revendication de visibilité.

C’est rappeler un principe fondamental :

Leur autorité émane des ancêtres au même titre que celle des chefs hommes.

Les royaumes n’ont pas prospéré par hasard. Ils ont existé parce qu’une Reine, une mère, a donné naissance à des héritiers appelés à perpétuer la royauté.

Éduquer une femme, c’est élever une nation.
La femme demeure le socle de toute société.

Ce Forum se tient dans un contexte sécuritaire préoccupant, marqué par des tentatives d’ingérence et de substitution d’autorités coutumières légitimes. Le Chef de l’État a lui-même rappelé qu’aucune puissance étrangère ne peut effacer nos lignages.

Mais comment défendre nos lignages si nous marginalisons nos propres héritières ?

Comment renforcer la cohésion communautaire sans intégrer pleinement celles qui incarnent naturellement la médiation et le dialogue ?

La Cheffe traditionnelle protège ses sujets.
La Princesse rassemble.
La Femme apaise.

Elle possède cette capacité singulière à comprendre, à désamorcer les tensions et à restaurer l’unité.

Nos traditions, tout comme les Écritures saintes, reconnaissent cette puissance féminine capable de rétablir l’équilibre. L’histoire du Royaume Kongo en offre l’illustration à travers la figure de Kimpa Vita, qui sut mobiliser et rassembler face aux divisions et aux ingérences.

L’invisibilisation des Cheffes traditionnelles et des Princesses ne relève pas d’un simple détail protocolaire.

Elle révèle un malaise plus profond.

Avons-nous rompu avec les valeurs authentiques qui fondent notre identité ?

Les autorités coutumières sont les ponts entre les ancêtres et les vivants. En marginalisant les femmes gardiennes de cette mémoire, nous fragilisons notre socle culturel et spirituel.

Un peuple qui néglige ses héritières affaiblit sa propre continuité.

Nous sommes dans le mois dédié aux droits de la femme.

Les discours sur l’intégration féminine abondent.
Les engagements sont proclamés.

Mais l’image renvoyée par ce Forum contraste avec ces déclarations.

Il ne s’agit pas d’exiger un privilège.
Il s’agit de réclamer l’équité et la cohérence.

La Princesse Nana Manda Kabengele ne peut être réduite à une figure de communication mise en avant avant les assises, puis écartée au moment des décisions.

Elle est une héritière légitime.
Une combattante de la vérité coutumière.
Une actrice incontournable de l’authenticité congolaise.

À Monsieur le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo

Si l’autorité coutumière est réellement stratégique pour la gouvernance nationale,
Si la stabilité repose sur la reconnaissance des lignages légitimes,
Si la masculinité positive dépasse le simple slogan,

Alors l’équilibre et l’équité doivent être visibles et effectifs dans ce secteur essentiel.

Une République digne ne laisse aucune composante au bord du chemin.

Encore moins ses Princesses.
Surtout celles qui ont consacré leur existence à défendre l’héritage ancestral du Congo.

La femme est l’arbre au centre du village.
L’abattre, c’est priver le village de son ombre.
La respecter, c’est garantir l’avenir de la nation.

Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba

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