Retards de salaires, niveau du franc congolais, recettes budgétaires, La Banque Centrale du Congo (BCC) est désignée par certains économistes comme responsable de déséquilibres qui relèvent en réalité du budget de l’État. L’argument selon lequel un franc « trop fort » réduirait les recettes publiques révèle une confusion qui consiste à transformer les hypothèses budgétaires en objectif monétaire. Une clarification s’impose pour assainir le débat.
La mission légale de la BCC est d’assurer la stabilité des prix et de protéger la valeur de la monnaie. Elle agit via des outils techniques comme le taux directeur ou les réserves obligatoires pour contenir l’inflation et stabiliser les anticipations. La stabilité monétaire est la condition de toute prévisibilité économique.
La mécanique budgétaire n’est pas la monnaie
La confusion prend des proportions lors des retards de paiement des salaires. Si le compte du Trésor est logé à la BCC, celle-ci agit comme banquier de l’État, non comme ordonnateur de la dépense. La chaîne est précise : le ministère du Budget engage, le ministère des Finances ordonne, et la Banque Centrale exécute si les fonds sont disponibles.
Les tensions actuelles, notamment les retards de la paye des agents publics viennent d’une dynamique budgétaire, celle de la progression de la masse salariale avec l’engagement de nouveaux fonctionnaires et la pression des dépenses liées au contexte sécuritaire dans l’est de la RDC. Ces dynamiques ne peuvent être corrigées par la planche à billets sans détruire la stabilité des prix.
Le faux débat du taux de change budgétaire
L’idée qu’un franc autour de 2 200 CDF réduirait les recettes fiscales mérite d’être examinée avec rigueur. Le taux retenu dans la loi de finances est un paramètre comptable, une hypothèse de conversion pour projeter les recettes qui sont souvent perçues en devises. Ce taux budgétaire n’est pas un dogme.
Si le franc est plus ferme que prévu, l’État mobilise en réalité moins de monnaie nationale pour ses dépenses en devises dont la dette extérieure, les infrastructures et les équipements. À enveloppe constante, le pouvoir d’achat réel du Trésor augmente. Soutenir qu’il faut affaiblir le franc pour rencontrer les chiffres du budget revient à privilégier l’apparence comptable au détriment de la réalité économique.
L’argument des coûts à l’exportation
L’argument d’une perte d’attractivité liée à un franc fort ne tient pas face à la structure de notre économie. La RDC n’est pas un exportateur important de produits manufacturés sensibles au change. Nos exportations sont dominées par le secteur minier, dont les prix sont fixés mondialement en dollars et peu sensibles aux variations du franc.
Pour les miniers, l’enjeu est la prévisibilité de leurs coûts locaux (taxes, fournisseurs, salaires). Une monnaie stable ancre ces engagements. Le vrai débat sur la compétitivité doit porter sur la transformation locale des minerais et la diversification de notre production, et non sur la manipulation du taux de change à des fins de trésorerie.
La cohérence institutionnelle
L’enjeu actuel consiste à assurer la cohérence entre la politique du budget et celle de la monnaie. La Banque Centrale sécurise l’environnement pour permettre aux opérateurs économiques de prendre des décisions à long terme ; elle ne fixe ni les effectifs publics à rémunérer, ni l’architecture des dépenses.
La cohérence institutionnelle nécessite de distinguer ces sphères d’action. La politique de stabilité de la monnaie menée par la BCC protège l’économie réelle. La maîtrise des engagements budgétaires relève par contre du niveau de responsabilité gouvernementale.


