À travers la présente tribune à découvrir intégralement dans les lignes qui suivent, le Professeur Patrick Onoya proposé, à partir de son analyse pourtant approfondie, des mécanismes de financement susceptibles d’accompagner la mise en œuvre de l’Accord de partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis d’Amérique. S’appuyant sur le concept de « Réserve d’Actifs Stratégiques », ce lobbyiste met présente le recours aux financements adossés à des actifs (Asset Based Lending-ABL) comme une option crédible pour financer les projets structurants de l’État, tout en intégrant les impératifs de solvabilité et de soutenabilité de la dette publique.
Ci-dessous, découvrez inextenso la tribune
TRIBUNE N° 35
« FINANCEMENT ADOSSÉ À DES ACTIFS (ASSET BASED LENDING – ABL) :
MODE DE FINANCEMENT ÉVENTUEL DES PROJETS STRATÉGIQUES DE LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RDC) DANS LE CADRE DE L’ACCORD DE PARTENARIAT STRATÉGIQUE USA-RDC ».
Date : 05 février 2026
Note : lecture un peu longue mais nécessaire !
- Contexte de la réflexion
Ayant lu l’accord de partenariat stratégique USA-RDC, ayant identifié les concepts clés, notamment celui de « réserves d’actifs stratégiques » (RAS), se trouvant au cœur de l’accord dans le cadre de la mise en œuvre, il nous a paru impérieux d’anticiper la réflexion sur les options de financements possibles qui seront à la portée des partenaires américains pour financer les projets stratégiques que le gouvernement de la RDC va présenter aux américains d’ici le mois de mars prochain.
C’est ainsi que, dans le cadre d’une analyse prospective de la mise en œuvre de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC, nous proposons cette tribune de réflexion sur les « Asset Based Lending » en sigle ABL.
- L’Asset Based Lending (ABL), c’est quoi?
L’Asset-Based Lending (ABL) est un mode de financement structuré où une entreprise obtient des liquidités en garantissant son prêt par des actifs tangibles (comptes clients, inventaires, équipements, immobilier) plutôt que sur sa seule capacité de remboursement. Souvent structuré comme une ligne de crédit renouvelable, l’ABL offre flexibilité et liquidité accrue, surtout lors de croissances rapides ou de restructurations. [1]
- Différence entre ABL et prêt bancaire traditionnel
Contrairement aux prêts bancaires conventionnels qui dépendent des performances de l’entreprise et sont limités par des ratios financiers, les prêts ABL transcendent ces contraintes et reposent sur la valeur des actifs donnés en garantie. Le prêteur évalue la qualité et la valeur des actifs de l’entreprise pour déterminer le montant du prêt. Le prêt ABL offre aux entreprises des options de financement flexibles basées sur la valeur de leurs actifs, les aidant ainsi à accéder aux capitaux nécessaires à leur croissance et à leurs initiatives stratégiques.
- Variante des ABL : Les Asset Backed Securities (ABS)
Les Asset-Backed Securities (ABS), ou titres adossés à des actifs, sont des instruments financiers (obligations) garantis par un portefeuille d’actifs financiers générateurs de trésorerie, tels que des prêts immobiliers, automobiles, étudiants ou des créances de cartes de crédit. Créés par titrisation, ils transfèrent le risque des actifs sous-jacents aux investisseurs.
- En quoi l’accord de partenariat stratégique USA-RDC consacre le financement des projets du gouvernement par les ABL ?
L’accord de partenariat stratégique USA-RDC, signé le 04 décembre 2025, établit l’existence d’une « Réserve d’Actifs Stratégiques » (SAR) en RDC.
Il est écrit :
« La RDC désignera une liste initiale des actifs minéraux critiques, des actifs aurifères et des zones d’exploration non autorisées comme faisant partie de la Réserve Stratégie d’actifs (RAS) et fournira cette liste à la JSC établie conformément à l’article IV du présent Accord dans les trente (30) jours suivant l’entrée en vigueur de ce Règlement ».
Ainsi donc, la RDC doit dresser une liste de minerais et zones d’exploration réservés pour des entreprises américaines, incluant des concessions existantes ou non attribuées.
Il s’agit donc de dresser la liste des actifs [2].
- Un actif c’est quoi ?
Un actif financier est un titre ou un contrat, généralement transmissible et négociable (par exemple sur un marché financier), qui est susceptible de produire à son détenteur des revenus ou un gain en capital, en contrepartie d’une certaine prise de risque.
- Il existe deux types d’actifs : Un actif tangible et un actif intangible [3].
o Qu’est-ce qu’un actif tangible ?
Les actifs tangibles sont des actifs physiques figurant au bilan et dans les registres d’une société. Il peut s’agir de machines, d’équipements de bureaux et de locaux utilisés par une société (actifs corporels) et de matériaux utilisés dans la fabrication de produits finis (actifs courants).
o C’est quoi un actif intangible ?
Les actifs intangibles d’une entreprise sont les éléments immatériels possédés par celle-ci et qui lui permettent de générer des revenus. Ces éléments peuvent être des brevets, des marques, des logiciels, des bases de données, des droits de propriété intellectuelle, etc.
Il est à noter que dans la catégorie des actifs intangibles, on trouve les actifs dits « enfouis ».
Les actifs enfouis sont des actifs se trouvant dans le sous-sol pour lesquels il existe une « certification » (par un cabinet spécialisé international) pouvant, par conséquent, faire office d’actifs financiers.
C’est cette catégorie particulière d’actifs financiers qui est évoquée dans l’accord de partenariat stratégique USA-RDC parlant de la « Réserve d’Actifs Stratégiques ».
- Volume des financements ABL à travers le monde Le marché mondial des prêts garantis par des actifs (Asset-Based Lending – ABL) est en forte croissance, avec une prévision de passer de 891,89 milliards de dollars en 2025 à plus de 1 000 milliards de dollars (1 005,77 Mds$) en 2026, affichant un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 12,8% selon The Business Research Company. [4].
La croissance observée au cours de la période historique peut être attribuée à la demande croissante de financements alternatifs pour les entreprises, au resserrement des conditions de crédit traditionnelles, à la croissance des modèles d’entreprises à forte intensité d’actifs, à l’expansion des besoins de financement des PME et à l’acceptation accrue des prêts garantis par des actifs.
Le marché des prêts adossés à des actifs devrait connaître une croissance rapide dans les prochaines années. Il atteindra 1 583,82 milliards de dollars en 2030, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 12,0 %. Cette croissance, prévue sur la période de prévision, s’explique par l’adoption croissante de l’analyse automatisée du crédit, l’importance accrue accordée à l’optimisation du bilan, le développement des prêts adossés à des actifs sur les marchés émergents, l’intégration croissante des plateformes fintech et la demande accrue de solutions de financement flexibles.
Segmentation du marché mondial du financement adossé à des actifs
1) Par type : Financement des stocks, Financement des créances clients, Financement d’équipements
2) Par type de taux d’intérêt : Taux fixe, Taux variable
3) Par utilisateur final : Gouvernement, Grandes entreprises, PME ( cas qui concerne le gouvernement de la RDC )
Sous-segments :
1) Par type de financement des stocks : Financement des matières premières, Financement des produits finis
2) Par type de financement des créances clients : Financement des factures, Affacturage
3) Par type de financement d’équipements : Financement des machines lourdes, Financement du matériel de bureau.
- Quid de la soutenabilité de la dette dans le cadre du financement des projets stratégiques du gouvernement ?
La soutenabilité de la dette publique est la capacité d’un État à honorer ses obligations de paiement (intérêts et principal) sans faire défaut ni ajuster de façon insoutenable sa politique budgétaire. Elle implique que le ratio dette/PIB se stabilise ou diminue à long terme, grâce à une croissance économique supérieure au taux d’intérêt et à la maîtrise des dépenses [5].
L’un de concept clé et indicateur associé à la soutenabilité de la dette publique, au-delà du ratio dette/PIB est celui de la solvabilité d’un Etat.
Un Etat est considérer solvable si le cumul de ses actifs est supérieur à la dette.
- Etude de cas de la soutenabilité de la dette publique dans le cadre du financement des projets stratégiques du gouvernement de la RDC par les américains : Problématique et Hypothèse
En République Démocratique du Congo, la dette publique est devenue supérieure aux recettes de l’État ces dernières années, avec un encours total dépassant les 13 à 14 milliards USD en 2025 [7].
Le ratio dette publique/PIB de la RDC est relativement modéré, estimé à environ 22,8 % en 2024, contre 24,1 % en 2023, signalant une gestion soutenable malgré les chocs exogènes. La dette extérieure prédomine (16 % du PIB), tandis que la dette intérieure s’élève à environ 6,26 % du PIB.
Le ratio devrait se maintenir en dessous de 20 % ou autour de 20-25 % selon les sources et les réformes de gestion de la dette publique [6].
- Rappel théorique
Tels que présenté ci-haut, la solvabilité est l’un des indicateurs principaux de la soutenabilité de la dette publique.
Par définition : La « solvabilité » est la capacité d’une personne (physique ou moral) de disposer de moyens financiers suffisants lui permettant de s’acquitter de ses dettes certaines, liquides et exigibles. L’adjectif « insolvable » qualifie la situation inverse.
Ainsi, on retiendra qu’une personne (physique ou moral) est solvable à partir du moment ou, le cumul de ses actifs est supérieur à celui de ses dettes (ou de ses engagements)
- Problématique .
En République Démocratique du Congo (RDC), la dette publique est devenue supérieure aux actifs financiers liquides de l’État, avec un encours dépassant les 10 milliards USD (estimé entre 13,1 et 16 milliards USD en 2025 selon la DGDP). Bien que le ratio dette/PIB reste relativement faible (inférieur à 20%), le passif dépasse largement la trésorerie immédiate [8].
A cette allure, la RDC devra donc gérer une dette croissante, bien que considérée comme soutenable, qui surpasse ses actifs financiers, plaçant la charge de la dette au-dessus de la valeur des actifs disponibles dans le court terme.
Partant de ce qui précède, une question se pose :
Sachant que dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC il est prévu d’injecter 500 milliards de dollars sur 15 ans, soit une moyenne de 33.3 milliards de dollars par an, de quelle manière faciliter ce processus de financement sans se heurter au problème de la soutenabilité de la dette ?
- Hypothèse
L’accord de partenariat stratégique USA-RDC intègre en son sein la réponse à la question de la soutenabilité de la dette à travers la mise en place d’une « Réserve d’Actifs Stratégiques ».
Or, bien que la RDC dispose de ressources naturelles immenses, ses actifs financiers directs et liquides sont nettement inférieurs à l’encours de sa dette totale, rendant la dette plus significative en termes de passif immédiat.
D’où la nécessité pour le gouvernement de la RDC d’initier très rapidement des études visant la certification des actifs miniers afin de les convertir en actifs financiers intangibles.
Enfin, tenant compte du critère de la solvabilité dans le cadre de la soutenabilité de la dette que pourrait contracter la RDC, nous proposons que le minimum d’actifs miniers à certifier afin de les convertir en actifs financiers soit d’une valeur minimum 30 milliards de dollars ; ceci vise à s’assurer que les actifs financiers de la RDC soient supérieurs à la dette publique. (Soit une augmentation du simple au double : d’environ 15 milliards de dollars à 30 milliards de dollars de valeur d’actifs) afin de placer le Gouvernement de la RDC.
- Observations
Partant de ce qui précède, nous constatons aisément que lors de l’élaboration de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC, il a été pris en compte la question de la soutenabilité de la dette à travers l’insertion du concept de « Réserve d’Actifs Stratégiques ».
C’est à travers la constitution des actifs financiers que le gouvernement va, à la fois, s’assurer de la soutenabilité du financement sollicité auprès des américains ainsi se prédisposer à des montages financiers tel que ceux incluant des financements adossés sur des actifs (ABL) tel qu’expliquée ci-haut.
D’où la recommandation suivante :
- Recommandation
Afin de se préparer à des discussions éventuelles sur les besoins financiers concernant les projets stratégiques de la RDC avec les partenaires américains, nous adressons au gouvernement la Recommandation suivante :
Initier en urgence une série d’études préliminaire sur les différents sites miniers positionnés dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique USA-RDC pour avoir des données initiales qui permettront de passer à phase de la certification de ces derniers ; gage de la conversion des actifs miniers en actifs financiers « tradables sur les marchés financiers internationaux » ou encore permettant de négocier des financements adossés sur les actifs (ABL).
- Conclusion
Cette tribune a analysé quelques aspects liés au financement attendus du gouvernement congolais par les américains.
Par ailleurs, nous avons voulu mettre en évidence une option de financement éventuelle qui est en vogue ; à savoir les ABL tout en analysant les questions de soutenabilité de la dette.
À l’issue de la réflexion, il apparaît que l’urgence du côté congolais en ce moment est la certification des actifs miniers de la RDC.
Patrick Onoya Tambwe
Auteur du livre intitulé » 15 raisons pour s’approprier le deal USA-RDC «
Références
- https://www.ec2finance.com/options-de-financement-alternatives-au-dela-des-methodes-de-financement-traditionnelles/#:~:text=Le%20pr%C3%AAt%20ABL%20(Asset%20Based,immobiliers%2C%20offrent%20une%20flexibilit%C3%A9%20in%C3%A9gal%C3%A9e.
- Accord de partenariat stratégique entre le gouvernement des États-Unis d’Amérique et le gouvernement de la République Démocratique du Congo, 4 décembre 2025, site officiel du gouvernement des États-Unis
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Actif_financier
- https://www.thebusinessresearchcompany.com/report/asset-based-lending-global-market-report#:~:text=The%20asset%2Dbased%20lending%20market%20size%20has%20grown%20rapidly%20in,(CAGR)%20of%2012.8%25.
- https://www.aefr.eu/fr/numero/146/the-sustainability-of-public-debts
6.https://www.afdb.org/fr/pays-afrique-centrale-republique-democratique-du-congo/perspectives-economiques-en-republique-democratique-du-congo - https://www.radiookapi.net/2024/04/11/actualite/economie/rdc-la-dette-publique-franchit-la-barre-de-10-milliards-usd-en-5-ans
- https://www.tsieleka.com/2025/09/16/rdc-entre-131-et-16-milliards-usd-ou-se-situe-reellement-la-dette-publique/


