Kabila et Tshisekedi à Lomé : simple convergence diplomatique ou prélude d’un dialogue ?

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 » Il n’y a que les montagnes qui ne se croisent pas et ne se croiseront jamais », dit l’adage. Joseph Kabila et Felix Tshisekedi, dont les relations politiques ne sont plus de bonne odeur, sont tous les deux annoncés à Lomé, la capitale togolaise.

Pas besoin d’être télépathe pour deviner, sans moindre confusion, que la crise sociopolitique au Congo fera le nœud même du débat. Et alors, le début des tractations politiques autour de la crise congolaise, à l’orée du dialogue inclusif intercongolais, dont la route qui y mène semble bien être balisée.

Tenez! Alors que la Présidence de la République a confirmé le déplacement du président Félix Tshisekedi au Togo, sur invitation de son homologue togolais, des sources proches du Front Commun pour le Congo (FCC) annoncent également la présence de l’ancien président Joseph Kabila sur le sol togolais.

Cette simultanéité des faits survient dans un contexte politique profondément marqué par des tensions extrêmes entre les deux personnalités qui, depuis le divorce du célèbre mariage FCC-CACH, sont à couteau tiré.
D’ailleurs, ces derniers mois, la famille politique de Joseph Kabila a été la cible de plusieurs arrestations, tandis que des perquisitions ont été menées dans certaines propriétés de l’ancien chef de l’État et à ses proches. À cela s’ajoutent des accusations graves, encore non étayées par des preuves judiciaires rendues publiques, le liant au groupe armé M23, actif dans l’Est du pays. Ces accusations aurint été, faut-il le rappeler, à la base d’une poursuite judiciaire à la haute cour militaire, où l’ancien raïs a été condamné.

Malgré ce climat de confrontation, les signaux diplomatiques à l’échelle africaine se multiplient en faveur d’un dialogue politique inclusif. L’annonce de la présence simultanée de Joseph Kabila et de Félix Tshisekedi à Lomé soulève ainsi plus d’une interrogation. Comme celle de savoir comment expliquer cette ouverture politique alors même que la pression judiciaire, sécuritaire et politique contre l’ancien président dont le régime est la manœuvre reste intacte ?

Pour plusieurs observateurs, cette situation traduit une contradiction assumée du pouvoir en place et dénote d’un côté, une stratégie de fermeté à l’égard du camp Kabila ; de l’autre, la reconnaissance implicite de son poids politique dans toute tentative crédible de décrispation nationale, à l’instar d’autres opposants armés ou non (Fayulu, Katumbi, Matata, Sesanga, Nanga’a, Kabund,…) qui sont
du reste aussi costauds qu’influents.

Lomé, possible cadre d’un tête-à-tête historique ?

La possibilité d’un tête-à-tête entre les deux figures majeures de la politique congolaise n’est plus exclue. Si une telle rencontre venait à se tenir, elle marquerait un tournant majeur après des années de rupture, de méfiance et d’affrontements indirects, notamment depuis l’éclatement de la coalition FCC-CACH.

Cette perspective renforce l’idée que, malgré les arrestations ciblées, les perquisitions, les accusations politiques et les campagnes de discrédit, Joseph Kabila demeure un acteur incontournable dans toute dynamique de dialogue national.

Dialogue inclusif ou calcul politique ?

Reste une question fondamentale qui taraude les esprits. Cele de savoirs si ce dialogue annoncé s’inscrit dans une véritable volonté de décrispation politique ou dans une logique de calcul stratégique ? Et puis, Les arrestations d’opposants et la pression exercée sur l’ancien président peuvent-elles servir de leviers dans les négociations à venir ?
À ce stade, les contours du dialogue restent flous, tout comme ses véritables objectifs. Mais une certitude s’impose. Malgré les hostilités politiques, judiciaires et médiatiques, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi semblent désormais évoluer dans un même espace diplomatique, celui de Lomé, où pourrait se jouer une nouvelle séquence de l’histoire politique congolaise. Mais aussi, à Luanda, la capitale angolaise, où les deux politiques ont rencontré, séparément, le président angolais Joá Lourenço.
La suite, c’est pour bientôt…

Fidel Songo

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